Marine Stewardship Council - Des pêches pas si durables

Des pêcheurs relèvent leurs filets au large de Terre-Neuve. Environ 10 % des pêcheries mondiales sont certifiées MSC.
Photo: La Presse canadienne (photo) Andrew Vaughan Des pêcheurs relèvent leurs filets au large de Terre-Neuve. Environ 10 % des pêcheries mondiales sont certifiées MSC.

Plusieurs pêcheries certifiées durables par l’étiquette Marine Stewardship Council (MSC) ne le sont absolument pas, concluent les auteurs d’une étude qui critique de nouveau cette norme de plus en plus utilisée par les grandes chaînes d’épiceries pour soigner leur image, notamment au Québec. Dans l’ensemble, les ressources halieutiques mondiales s’effondrent à un rythme tel qu’elles devraient être anéanties d’ici 40 ans.

« Notre étude indique que, même si elles ont reçu leur certification, de nombreuses pêcheries ne respectent pas les principes de la certification du MSC », font valoir les chercheurs qui ont produit cette nouvelle étude diffusée dans la revue scientifique Biological Conservation. Elle « est trop clémente et discrétionnaire », résument-ils.


En théorie, pour recevoir le sceau MSC, les entreprises doivent souscrire à trois grands principes. En premier lieu, les campagnes de pêche doivent être conduites « de manière à ne pas entraîner de surpêche ou d’épuisement des stocks ». Ensuite, « la structure, la productivité et la diversité » des écosystèmes doivent être maintenues. Et enfin, la pêcherie doit s’engager à « mettre en place une gestion durable en accord avec les lois locales, nationales et internationales ».

 

Certifications laxistes


Mais les auteurs de l’étude jugent qu’il est aisé de passer au travers des mailles du filet de critères. Ils se sont ainsi penchés sur 19 « objections » formulées par des organisations non gouvernementales à des certifications MSC. Les étiquettes contestées représentaient 35 % de la totalité des produits de la mer certifiés. Évaluées par un arbitre indépendant désigné par le MSC, 18 des certifications ont été maintenues.


Pour Claire Nouvian, coauteure de l’étude, « toutes les objections étaient justifiées ». « On montre qu’en fait, il y a un vrai problème avec la biomasse des poissons [durabilité des pêches], les incidences sur les écosystèmes ou des prises accidentelles », a-t-elle fait valoir vendredi à l’Agence France-Presse. Tous ces éléments font partie des trois grands principes retenus pour accorder le sceau MSC. Dans tous les cas d’objections, « au moins un des trois aspects » était mis en cause, a-t-elle souligné.


L’étude donne l’exemple de la pêche à la palangre ciblant l’espadon au Canada. Selon les données avancées, pour 20 000 espadons capturés par an, 100 000 requins, 1200 tortues caouannes menacées et 170 tortues luth en voie de disparition sont capturés.


Le MSC, lancé en 1997, a souvent fait l’objet de vives critiques de la part de groupes environnementaux et de spécialistes des ressources halieutiques. Le biologiste français Daniel Pauly, une sommité mondiale dans le domaine, a dit que le système aurait besoin d’être « radicalement réformé ». « Les incitations du marché ont détourné le MSC de ses buts originels, en encourageant la certification d’entreprises toujours plus grandes », a-t-il déjà affirmé avec d’autres chercheurs dans un texte paru dans la revue Nature.


L’organisme a ainsi certifié des entreprises qui capturent le colin d’Alaska, deuxième espèce animale aquatique la plus pêchée dans le monde. Or, les stocks ont diminué de 64 % entre 2004 et 2009. Le MSC a aussi délivré des certifications pour diverses espèces de poissons, dont les populations sont faibles ou difficilement évaluables, comme la morue antarctique, le thon, le saumon, l’espadon et le merlu du Pacifique. La pêche à la crevette du golfe du Saint-Laurent a aussi reçu cette certification. Les filets que les pêcheurs utilisent auraient des impacts significatifs sur les fonds marins.


Le MSC s’est défendu dans un long communiqué vendredi. Les conclusions de cette étude « se basent sur des critiques déjà formulées par des ONG de défense de l’environnement qui se sont avérées être fausses », a-t-il insisté.


Environ 10 % des pêcheries mondiales sont certifiées MSC. Dans l’ensemble, le rythme des captures de poissons dans le monde n’est tout simplement pas viable, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement. L’organisation estime que les ressources halieutiques mondiales seront épuisées d’ici 2050.