La création du premier parc national, Yellowstone, en 1872 - Sortir Anticosti des aires protégées

Le nombre d'aires protégées dépasse aujourd'hui les 100 000 sur la planète, révèle une compilation récente de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) et du Centre mondial de surveillance continue de la conservation de la nature, affilié au Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE).

Plus de 90 % des nouvelles aires protégées datent de moins de 40 ans, ce qui montre l'énormité de l'effort obtenu de la part des gouvernements par le mouvement conservationniste international. Mais cet effort est probablement aussi un réflexe de survie de l'espèce humaine qu'a canalisé la création du premier parc national, Yellowstone, en 1872, devant la détérioration croissante des milieux naturels. C'est sans doute en partie ce qui explique qu'aux États-Unis le nombre d'aires protégées dépasse aujourd'hui les 10 000. Là comme ailleurs, on compte par milliers les petites aires de moins de 10 km2 et, fait notable souligné par ce rapport, il s'agit pour la plupart de terrains appartenant à des individus.

Le rapport précise cependant que de 10 à 30 % des éléments caractéristiques fondamentaux d'écosystèmes majeurs, tels la forêt amazonienne, la toundra arctique ou les prairies de la savane tropicale, sont encore insuffisamment protégés. Or ces maillons de la biodiversité terrestre risquent fort d'être irrémédiablement altérés s'ils ne font pas l'objet d'une protection particulière. Le problème est encore plus critique pour les écosystèmes marins, où la logique de conservation commence à peine à s'appliquer: ce qu'on ne voit pas nous inquiète tellement moins... Un peu comme ce chenal maritime qui lacère le fond du Saint-Laurent, un méga-ouvrage invisible dont on découvre année après année les impacts sur l'écosystème fluvial. Moins de 0,5 % des mers et océans sont protégés contre la dévastation des forêts et des fonds marins par les chalutiers et leurs gigantesques filets, souvent montés sur des roues de camion! Heureusement, la communauté internationale a convenu au Sommet de Johannesburg de créer un réseau d'aires marines protégées d'ici 2012. Mais au rythme où vont les choses, le PNUE doute de l'atteinte de cet objectif, dont dépendent pourtant la sécurité alimentaire de plusieurs pays et des millions d'emplois à travers le monde.

Et le Québec ?

Mais dans tout ce débat au niveau international, où en sommes-nous au Québec? Selon quatre grands groupes écologistes, nous ne sommes pas rendus très loin. Or ce sont ces mêmes groupes qui viennent de demander au gouvernement provincial de retirer du bassin d'aires officiellement protégées du Québec les deux tiers de l'île d'Anticosti, où on va procéder à des coupes régénératrices de la forêt afin de maintenir les réserves alimentaires de la population de chevreuils et de restaurer une biodiversité déclinante en raison de l'appétit insatiable du cheptel d'ongulés.

Les quatre groupes en cause sont le Fonds mondial pour la nature (WWF), le Réseau québécois des groupes écologistes (RQGE), la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP) et l'Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN). En fait, ces quatre groupes vont encore plus loin: ils accusent Québec d'avoir artificiellement gonflé la superficie protégée au Québec en incluant «injustement» les immenses aires désertiques de mises à bas du caribou sur les hauts plateaux du fleuve George, au nord du Québec, faisant ainsi passer d'un seul coup de 2,9 à 5,3 % la superficie protégée de la province.

L'action conjuguée de ces groupes a été et demeure fondamentale si on veut arriver à protéger 8 % du territoire québécois d'ici 2005, ce à quoi le gouvernement Charest s'est engagé. Mais on peut douter sérieusement du bien-fondé de leur position en ce qui a trait à Anticosti et aux hauts plateaux de la rivière George même si, sur un aspect, ils ont raison, en ce sens que Québec cible de vastes territoires inutilisés par ses industriels au lieu de protéger des portions représentatives de chaque écosystème québécois, ce qui est l'objectif implicite derrière la cible de 8 %. Mais la valeur des hauts plateaux de la rivière George est réelle, et on voit mal des groupes écologistes en contester la pertinence et y ouvrir la porte à diverses formes d'exploration et d'exploitation, ce qui aurait des conséquences incalculables sur le troupeau de caribous.

D'autre part, pour les quatre groupes écologistes, la stratégie d'aménagement d'Anticosti à des fins fauniques, annoncée la semaine dernière par Québec au Congrès mondial de la foresterie, justifie de retirer cette partie de l'île du réseau d'aires protégées parce qu'on y effectuera une coupe forestière commerciale et que le terrain demeure ouvert à l'exploitation pétrolière et gazière. Toute activité industrielle d'exploitation des ressources, disent-ils, est interdite dans une aire protégée, ce qui est exact et devrait conduire Québec à y interdire l'exploration et l'exploitation du pétrole et du gaz. Sans la moindre concession. Cependant, ajoutent les quatre groupes, la coupe forestière qui couvrira progressivement l'île au cours des 80 prochaines années afin d'y recréer l'ancienne forêt de sapins à la place des épinettes blanches, peu comestibles pour les cerfs, «n'est pas compatible avec l'objectif prioritaire de conservation de la biodiversité d'une aire protégée».

Voilà une position fragile car l'objectif des coupes forestières est précisément de recréer une diversité végétale, disparue en raison du broutage intensif des cerfs. La coupe qu'on pratiquera à Anticosti n'est pas une coupe ordinaire. Elle exigera des aménagements hors du commun, comme l'installation de clôtures sur de vastes surfaces pour protéger les plantes du broutage. On doit l'assimiler à ces vastes coupes à blanc — écologiques! — de type biological legacy qu'on fait dans l'Ouest canadien sur des surfaces de 100 à 1000 fois plus étendues qu'ici pour recréer des habitats fauniques inaccessibles aux humains pour de grands gibiers comme le grizzli ou le cougar.

Ce n'est pas parce que des sociétés commerciales vont tirer profit du bois coupé à Anticosti que le projet d'aménagement devient mauvais en soi, ce qui équivaudrait à dire qu'il faudrait le brûler pour rendre la coupe écologique... D'autre part, nier la pertinence de restaurer un milieu pour mieux le protéger, comme on veut le faire à Anticosti, équivaut à nier la capacité des humains d'intervenir intelligemment dans l'environnement. On peut se demander si les quatre groupes suggèrent implicitement qu'on extermine ou réduise la population de cerfs d'Anticosti ou qu'on y introduise des loups, qui n'y ont historiquement jamais mis les pieds, ce qui n'empêcherait pas les épinettes blanches de remplacer l'écosystème forestier d'origine.

Dans ce débat, les quatre groupes en question doivent dire comment ils entrevoient l'avenir d'Anticosti pour qu'on voie sans ambiguïté comment ils géreraient le problème alimentaire et de biodiversité que Québec veut régler par une solution compatible avec le concept de développement durable. De toute évidence, la balle est désormais dans leur camp.

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- Clinique: aujourd'hui même, de 9h30 à 18h, clinique d'inspection gratuite des véhicules automobiles à l'École des métiers de l'équipement motorisé, 5455, rue Saint-Denis (entrée par la rue Saint-Grégoire), dans le cadre du programme «Roulons vert» mis sur pied par l'AQLPA.

- Oies blanches: le Centre des migrations de Montmagny présente à ses visiteurs dix belles oies blanches, choisies pour leur bon caractère, que le public peut approcher avec gentillesse en plus d'admirer le gigantesque troupeau au quai local. La migration commence et atteindra son pic dans deux semaines. L'épicentre pour l'observation et la chasse: toute la région de cap Tourmente-Montmagny.

- Ultramar: cette pétrolière a acquis un terrain sylvestre de 65,5 hectares, situé face à sa raffinerie de Lévis, qu'elle met à la disposition de cette municipalité pour qu'elle le transforme en parc urbain, ce qui isolera sa raffinerie des quartiers résidentiels voisins pour longtemps. Voilà un exemple de bon comportement d'entreprise qui devrait faire réfléchir les p.-d.g. d'autres sociétés industrielles et commerciales.