Barrick Gold: la Cour d’appel de Santiago bloque le projet de mine entre le Chili et l'Argentine

Petite victoire pour les communautés locales qui redoutent les impacts de l’exploitation d’une énorme mine d’or par la multinationale Barrick Gold, à la frontière entre le Chili et l’Argentine: la Cour d’appel de Santiago a annoncé mercredi avoir bloqué temporairement le projet.

Les travaux de Pascua-Lama portaient sur les opérations de déblaiement et de creusement de l’énorme fosse de cette mine à ciel ouvert. Il semble que certaines questions liées aux normes environnementales doivent toujours être réglées pour que cette mine, qui doit produire de l’or et de l’argent pendant plus de 25 ans, puisse poursuivre ses opérations. Mais ce n’est pas tout le projet qui est désormais gelé. La multinationale canadienne Barrick Gold a tenu à rappeler que les activités se poursuivent du côté argentin.

«Nous ne sommes pas du tout surpris et trouvons satisfaisant le fait d’avoir pu, par le biais d’une instance judiciaire, suspendre les travaux en attendant que Pascua-Lama satisfasse aux normes de protection de l’Environnement», a indiqué le ministre chilien de l’Intérieur Andrés Chadwick, sur les ondes de Radio Cooperativa. «Il vaut mieux suspendre, et que maintenant ils se consacrent à régler» les questions non résolues du projet, a-t-il ajouté, cité par l’Agence France-Presse.

Le gel a été ordonné à la suite d’un recours déposé par des communautés locales contre le projet. De nombreux groupes écologistes et des citoyens s’opposent depuis des années à ce projet, de peur qu’il n’affecte l’eau des glaciers de la zone. «Je crois que dans ce cas, le degré de manquement [aux normes] est tellement important que le ministre de l’Intérieur est conscient» du problème, a indiqué l’avocat représentant les communautés indigènes, Lorenzo Soto. La contestation de ce projet piloté par des intérêts canadiens a eu de nombreux échos sur la scène internationale et a fait l’objet d’un documentaire primé, Mirages d’un eldorado.
 
30 milliards de dollars d’or
 
Le gigantesque gisement Pascua-Lama contiendrait des réserves de 17,8 millions d’onces d’or selon Barrick Gold, ce qui signifie que la valeur des ressources non renouvelables qui se trouvent sur le site dépasserait les 30 milliards de dollars. L’entreprise a lancé en 2009 le projet et espérait produire à partir du second semestre 2014 environ 750 000 à 800 000 onces d’or et 35 millions d’onces d’argent par an, durant les cinq premières années.

La mine à ciel ouvert se situe près de glaciers millénaires, à 5000 mètres d’altitude, à cheval sur les régions de San Juan en Argentine et d’Atacama au Chili, dans le nord des deux pays. Ces glaciers représentent une portion significative des réserves hydriques de l’Argentine. Écologistes et citoyens de la région estiment que l’exploitation intensive de l’or — un minerai qui doit être traité avec du cyanure — aura des conséquences irréparables pour les ressources en eau. En cas de déversement de cyanure, c’est toute l’activité agricole de la région qui pourrait être menacée.

Barrick Gold a réagi mercredi matin par un communiqué laconique. Le groupe «est au courant d’informations de presse portant sur une injonction préliminaire rendue en attendant une audience complète», indique la multinationale. Le groupe n’a pas encore reçu de notification officielle de l’injonction et évaluera ses implications potentielles seulement quand elle lui parviendra.

La plus grosse entreprise du secteur aurifère de la planète s’est fait davantage connaître au Québec dans la foulée de la poursuite de six millions de dollars intentée en 2008 contre la maison d’édition Écosociété. Celle-ci avait en effet publié le livre Noir Canada: pillage, corruption et criminalité en Afrique. Cet ouvrage fait état de nombreux abus qu’auraient commis des sociétés minières canadiennes en Afrique.

Après plusieurs mois d’une saga judiciaire coûteuse pour Écosociété et les auteurs de Noir Canada, les deux parties ont finalement signé une entente à l’amiable en 2011. La maison d’édition a dû verser un montant «significatif» à Barrick, montant qui n’a jamais été divulgué. L’ouvrage a été interdit de vente, mais est toujours disponible dans plusieurs bibliothèques.
 
Avec l’Agence France-Presse

Ce texte a été modifié après publication.
3 commentaires
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 10 avril 2013 20 h 51

    Barrick Gold et Osisko font encore en Amerique du Sur

    et en Afrique ce qu ils ont fait ici et veulent continuer a faire au detriment des populations locales et du simple bon sens ecologique.Veau d or quand tu nous tiens,tu aveugles comme le pouvoir,min...able et pitoyable. JP.Grise

  • Jean-François Thibaud - Inscrit 10 avril 2013 22 h 47

    Barrick gold est un bandit corporatif

    Peut-être le pire au Canada,. Probablement la pire minière au monde.

    Dans le pluss beau pays du Canada

  • Alexandre Kampouris - Abonné 11 avril 2013 14 h 15

    Pendant ce temps en Grèce...

    ... la lutte continue contre le projet de Skouries de la vancouveroise Eldorado Gold, ou plutôt sa filiale détenue à 95%, si on veut être précis.

    De pauvres idiots attardés, égoïstes, et irresponsables s'opposent au progrès radieux de l'humanité, en refusant la transformation de leur minable forêt en mine d'or. Heureusement que la police veille au maintien de l'état de droit [du plus fort].

    Topo analogue à Roșia Montană en Roumanie, avec comme promoteur une minière junior cotée à la bourse de Toronto...