Sites toxiques: Ottawa doit revoir ses priorités de décontamination

Les dépenses liées au nettoyage d’une seule mine située en bordure du Grand lac des Esclaves augmentent à un rythme tel qu’Ottawa doit revoir son programme de décontamination pour des milliers d’autres sites à travers le pays.

Selon des documents obtenus par des écologistes du nord du pays, le gouvernement estime que le coût de décontamination de l’ancienne mine d’or Giant, située près de Yellowknife, approchera un milliard de dollars - probablement les plus importants travaux de décontamination au Canada, et qui seront payés en totalité par les contribuables.


Les estimations d’origine pour s’attaquer de façon sécuritaire à ce site, qui inclut un éventail toxique d’édifices, de bassins de résidus et un quart de million de tonnes d’arsenic emmagasinées sous terre, s’élevaient d’abord à environ 488 millions de dollars.


Mesures d’urgence


Un rapport du gouvernement fédéral sur l’évolution de la situation précise que les coûts ont augmenté au fur et à mesure que les responsables découvraient l’ampleur du problème. « L’augmentation de l’estimation des coûts est le résultat d’une progression normale des phases préliminaires de l’opération de restauration [information accrue sur le site et autres détails obtenus au fil du temps] », indique le rapport.


Des dépenses plus élevées liées à la main-d’oeuvre et à l’équipement s’ajoutent au problème. Il en va de même de l’état actuel de la mine, si précaire que des mesures d’urgence devront être adoptées cet été avant que de grandes quantités d’arsenic ne commencent à s’échapper d’édifices sur le point de s’effondrer.


La facture officielle, qui s’établit maintenant à 903 millions, pourrait être plus élevée encore. « Il est possible que le coût total du projet augmente au fil du temps », note le rapport, qui utilise des données de mars 2012.


Les coûts estimés viennent ainsi menacer le financement d’autres projets fédéraux de décontamination.

 

6765 sites toxiques


Le projet de restauration de la mine Giant est financé à même un programme fédéral portant sur les sites contaminés. À partir de 2005, et pour une période de 15 ans, une somme totale de 3,6 milliards a été prévue aux fins de ce programme.


Ce montant devait être suffisant pour les quelque 6765 sites toxiques connus, dont 2709 sites « prioritaires ». La liste inclut le phare de l’île Lennard, le long de la côte de l’île de Vancouver, la base aérienne de Happy Valley-Goose Bay, au Labrador, et Rock Bay, dans le port de Victoria. À elle seule, la décontamination de la mine Faro, au Yukon, devrait coûter 590 millions.


Les agents de contamination décelés sur les sites sont très variés, mais les plus communs sont des résidus de pétrole, des métaux, de l’hydrocarbure aromatique polycyclique (HAP) et du biphényle polychloré (BPC).


Mark Johnson, un porte-parole d’Environnement Canada, affirme qu’il y a assez de fonds pour procéder aux travaux immédiats. « Il y a en ce moment suffisamment de fonds pour couvrir les coûts de projets de restauration sur des sites hautement prioritaires », a-t-il déclaré dans un courriel. Mais d’autres sites pourraient devoir attendre. « Le gouvernement du Canada réexaminera son approche pour l’identification des sites prioritaires à des fins de financement. »


La situation est si mauvaise à la mine Giant que le gouvernement fédéral a demandé aux régulateurs environnementaux des Territoires du Nord-Ouest d’accorder des approbations d’urgence pour nettoyer le site en décrépitude.


Environ 3600 mètres cubes d’arsenic et de matériaux contaminés à l’arsenic demeurent dans les structures de surface.

4 commentaires
  • marc andre - Inscrit 2 avril 2013 06 h 19

    Profit

    Est-ce possible de savoir si l exploitation de cette mine à été aussi rentable que le coût de la décontamination ?

    Marc andre

    • Maxime Benoit - Inscrit 2 avril 2013 11 h 46

      Vous avez de l'humour, vous.

  • Pierre Rousseau - Abonné 2 avril 2013 10 h 54

    Désastre

    La situation de la mine Giant à Yellowknife n'est pas nouvelle - le gouvernement fédéral savait déjà vers la fin des années 90 que les coûts de décontamination de la mine seraient astronomiques. C'est d'autant plus déplorable que cette minière avait connu une des grèves les plus difficiles de l'histoire canadienne, en particulier compte tenu de l'attitude hostile et extrêmement agressive de la présidente de la compagnie (Royal Oak Mine) de l'époque, Mme Witty. Le syndicat lui non plus ne négociait pas de bonne foi et entretenait une agressivité parmi ses membres sur les lignes de piquetage qui a culminé en septembre 1992 avec un des grévistes, Roger Warren (qui purge maintenant une peine d'emprisonnement à perpétuité) qui a mis une bombe dans une des galeries de la mine où les « briseurs de grève » passaient pour aller travailler, tuant 9 personnes.

    Peu après, la mine a réouvert mais pas pour longtemps, cessant ses opérations en 2004. Le gouvernement fédéral a laissé la situation pourrir autant en matière de relations de travail que pour la protection de l'environnement, laissant la ville de Yellowknife divisée et dévastée non seulement par le meurtre de tant de ses citoyens mais aussi par ce désastre environnemental. Ce sont maintenant les contribuables du pays en entier qui vont devoir payer pour le nettoyage de la mine alors que les administrateurs de la mine de cette époque s'en sont mis plein les poches et sont allés sévir ailleurs...

    • Sylvain Auclair - Abonné 2 avril 2013 16 h 21

      Merci de nous fournir du contexte.