Être payé pour protéger sa biodiversité

Le parc national Yasuni est une zone de près de 10 000 km² en Amazonie équatorienne.
Photo: Newscom Le parc national Yasuni est une zone de près de 10 000 km² en Amazonie équatorienne.

Même si le pétrole pèse très lourd dans l’économie du pays, le gouvernement équatorien a accepté de mettre une croix sur l’exploitation d’un important gisement d’or noir afin de protéger une réserve de biodiversité exceptionnelle de l’Amazonie. Un exemple qui pourrait être repris ailleurs dans le monde. Mais pour que le projet se concrétise, la communauté internationale devra débourser 3,6 milliards de dollars afin de compenser les pertes de revenus pour Quito.

L’initiative Yasuni-ITT, lancée en 2009, vise à protéger le parc national Yasuni, une zone de près de 10 000 km2 située dans le nord-est du pays. Cette région a été désignée réserve de la biosphère par l’UNESCO en 1989. Elle fait aussi partie des 19 zones mondiales de « mégadiversité » biologique.


Les inventaires d’espèces animales et végétales parlent d’ailleurs d’eux-mêmes. Selon des données scientifiques que les spécialistes qualifient eux-mêmes d’incomplètes, le parc abrite plus de 150 espèces d’amphibiens, 200 espèces de mammifères, 250 espèces de poissons et au moins 4000 espèces de plantes à fleurs et d’arbres. Plusieurs de ces représentants de la faune et de la flore ne se retrouvent nulle part ailleurs dans le monde.

 

Réserves d’hydrocarbures


Le sous-sol de la région, comme c’est le cas à plusieurs autres endroits du pays, recèle d’importantes réserves d’hydrocarbures. En fait, selon l’évaluation la plus précise, le secteur convoité par les pétrolières contiendrait plus de 850 millions de barils d’or noir. Le gisement rapporterait des milliards de dollars, mais enverrait plus de 400 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère - l’équivalent de la production annuelle de la France - et menacerait encore davantage les populations autochtones de la région.


Le président de gauche Rafael Correa Delgado, économiste de formation, a finalement tranché en faveur de la protection de la biodiversité. Dans un discours prononcé devant les Nations unies en 2007, il a affirmé que ce projet est « un exemple extraordinaire d’action collective mondiale, qui permet non seulement de réduire le réchauffement global au bénéfice de toute la planète, mais aussi d’inaugurer une nouvelle logique économique pour le XXIe siècle ».


Selon les plus récentes prévisions de l’Agence internationale de l’énergie, il faudrait laisser sous terre les deux tiers des combustibles fossiles encore disponibles pour ralentir les effets des changements climatiques.


Une facture de 3,6 milliards


Cette décision de Quito a un prix pour la communauté internationale : 3,6 milliards de dollars. Ce montant équivaudrait à la moitié de la valeur des hydrocarbures laissés dans le sous-sol, selon l’évaluation équatorienne. D’où une invitation faite aux États à mettre la main à la poche. Les dons ne doivent toutefois pas être versés au gouvernement, mais plutôt au Programme des Nations unies pour le développement. Celui-ci doit par la suite financer des projets d’énergies propres, des initiatives en matière de protection, des programmes de reforestation et des développements communautaires.


Le hic, c’est que l’initiative Yasuni-ITT manque toujours de fonds. Deux ans après la signature d’une entente avec l’ONU, un peu moins de 300 millions de dollars ont été réunis. Au point où on a cru un certain temps que tout le projet était menacé. L’Allemagne a annoncé en février, dans la foulée de la réélection de M. Correa, qu’elle fournira 45 millions de dollars. L’Italie, le Luxembourg, l’Espagne, la Turquie, l’Australie, la Corée du Sud, le Japon, la Russie, le Chili, la Colombie et le Pérou ont jusqu’ici contribué au fonds. Et il semble que le modèle de préservation du parc Yasuni soit étudié par d’autres pays de la région.

 

Payer ou détruire


Le projet a toutefois essuyé de nombreuses critiques. « Payez-moi ou je détruis tout », ont résumé des représentants des Amis de la Terre. L’Institut du développement durable et des relations internationales, un think tank basé à Paris, a fait valoir qu’il s’agit d’une « fausse bonne idée ». Il estime que l’impact sur les changements climatiques « relève de l’illusion » et que cette initiative est assimilable à une forme de « chantage écologique ».


Surtout qu’au-delà de cette initiative en apparence vertueuse, le président Correa poursuit la politique d’exploitation intensive des ressources minières et pétrolières du pays. Le plus petit membre de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole produit 500 000 barils de brut par jour. Fortement dépendant des pétrodollars, Quito a lancé l’an dernier un nouvel appel d’offres pour l’exploration pétrolière dans diverses zones de la région amazonienne. Et plusieurs entreprises étrangères, notamment chinoises, sont en lice pour l’exploitation du cuivre.


« Pourquoi un pays riche se priverait-il des ressources qui vont lui permettre de rapidement sortir de la pauvreté ? », a d’ailleurs dit M. Correa immédiatement après avoir été réélu, qualifiant les opposants à l’industrie pétrolière « d’écologistes infantiles ».

1 commentaire
  • Jean Francois - Inscrit 1 avril 2013 20 h 39

    Belle exemple a suivre.

    On pourrait faire la même chose en Anticostie.