Cinq espèces de requin seront protégées

Les 178 pays membres de la Convention sur le commerce international des espèces menacées (CITES) ont finalement décidé lundi d’accorder un statut de protection à cinq espèces de requins très menacées en raison de la surpêche dont ils sont victimes pour satisfaire l’appétit des consommateurs. Une décision saluée par plusieurs groupes environnementaux.

Réunis à Bangkok, en Thaïlande, les pays membres de la CITES ont ajouté le requin océanique à pointe blanche, trois espèces de requins-marteaux et le requin-taupe à l’annexe II de la CITES, qui permet de réguler le commerce d’une espèce pour empêcher sa surexploitation. Les pays exportateurs devraient donc être tenus de délivrer des permis d’exportation pour les cinq espèces, tout en assurant la survie de chacune, et s’exposeront à des sanctions dans le cas contraire.

Les votes, qui doivent être confirmés en réunion plénière d’ici jeudi, ont été immédiatement salués par les défenseurs de l’environnement, qui plaidaient en vain depuis des années pour une meilleure protection de ces prédateurs des océans. «Nous sommes ravis que les gouvernements aient saisi cette importante opportunité de protéger ces animaux majestueux», s’est félicitée Elizabeth Wilson, de l’ONG Pew, notant que les requins-marteaux, les plus menacés, allaient peut-être ainsi être sauvés d’un «effondrement total».

Une telle mesure constitue en effet une étape importante dans la protection des espèces halieutiques, puisque seuls quelques poissons font actuellement partie des 35 000 espèces protégées par la Convention. Chez les requins, depuis l’entrée en vigueur de la CITES en 1975, seuls le grand requin blanc, le requin-baleine, le requin-pèlerin et le poisson-scie ont été placés sous sa protection.

Opposition de l’Asie

Mais cette protection d’espèces menacées ne fait pas l’affaire de tous. Plusieurs pays d’Asie, Japon en tête, se sont à nouveau opposés à l’élargissement de la protection des squales, estimant par principe que les espèces marines commerciales ne devraient pas être gérées par la CITES, mais par les organisations de pêche. Lors de la précédente conférence en 2010, des propositions similaires de protection des squales avaient d’ailleurs échoué de justesse face à un front de capitales inquiètes pour l’industrie de la pêche.

Le continent asiatique est aussi pointé du doigt comme commanditaire de l’abattage des requins. Selon Pew, Hong Kong est « le plus grand marché mondial des ailerons de requin», avec plus de la moitié du commerce planétaire. Celui-ci est encouragé par les demandes du marché de luxe, que ce soit la soupe d’ailerons de requins dans les banquets en Chine, ou encore la viande de requin-taupe en Europe, où elle est considérée comme un met fin.

«Toutes ces espèces sont très vulnérables à la surpêche», a souligné Colman O’Criodain, du Fonds mondial pour la nature, insistant sur leur faible fertilité, contrairement à beaucoup d’autres poissons. Plusieurs espèces mettent des années à atteindre leur maturité sexuelle. La femelle requin blanc prend entre 12 et 18 ans pour y parvenir.

Leurs défenseurs ont par ailleurs mis en avant le potentiel que représentent ces géants des mers pour l’écotourisme lié à la plongée, un moyen de compenser des pertes éventuelles du secteur de la pêche.

Environ 100 millions de requins sont tués chaque année dans le monde, selon l’organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture, qui estime que 90 % des populations de l’animal ont disparu en un siècle.

Selon plusieurs spécialistes de ces animaux, des films tels que Les Dents de la mer ont donné une fausse image des requins, les présentant en bêtes assoiffées de sang. Il y a certes des attaques contre les humains: 78 recensées en 2012 dans le monde, dont 8 mortelles. Mais les abeilles tuent beaucoup plus chaque année, a fait remarquer un porte-parole d’une ONG présente à la réunion de la CITES.

Les scientifiques avancent des hypothèses pour expliquer les attaques de requins : problème de territoire avec les surfeurs, nourriture insuffisante, planche de surf ressemblant à une tortue de mer.



Avec l'Agence France-Presse

 
5 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 11 mars 2013 14 h 36

    Non seulement la surpêche

    Aussi et surtout la façon dégeulasse dont on capture ces requins, qu'on leur coupe à froid les ailerons, et qu'on les renvoie à la mer.

    Mais si ça peut être efficace, il audra sans relâche faire la guerre aux braconnniers. Le fera-t-on?

  • Louise Lefebvre - Inscrite 11 mars 2013 16 h 00

    La bêtise humaine!!!

    Effectivement cette façon dégueulasse de couper les ailerons des requins et de les rejeter à l'eau est inacceptable. Les requins meurent lentement au fond de l'eau, incapables de remonter à la surface pour s'oxigéner.
    Pauvre planète bien des humains ne méritent pas d'y vivre!

  • André Savary - Abonné 12 mars 2013 08 h 14

    Ici pour commencer!

    Déjà quelques villes, interdisent la vente d'ailerons de requins dans les restaurant. Montréal attends quoi...des enveloppes brunes des ecologiste?

    Une bonne façon de réduire la consommation d'un produit est simplement d'en reglementer la vente, d'en réduire l'offre!

    • Louise Lefebvre - Inscrite 12 mars 2013 10 h 08

      Vous avez bien raison, avec des amendes salées imposées au restaurateur ce serait sûrement très efficace pour stopper cette pêche.

  • Carroll Roy - Inscrit 12 mars 2013 20 h 22

    Quel contrôle...

    On a beau vouloir les protèger mais existe-t-il un contrôle efficace.
    On devrait interdire au Canada la vente d'ailerons de requins.
    Heureusement les sénateurs et les conservateurs ne figurent pas sur la liste des espèces menacées. C'est sûrement une bonne nouvelle pour S. Harper.