Pas de BAPE sur l’ensemble de la filière pétrolière au Québec

Le parti québécois songe à présenter un projet de loi d’ici quelques mois pour encadrer l’industrie pétrolière.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le parti québécois songe à présenter un projet de loi d’ici quelques mois pour encadrer l’industrie pétrolière.

La première ministre Pauline Marois refuse de mandater le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) pour mener une étude complète de la filière pétrolière avant d’autoriser les entreprises à aller de l’avant avec leurs projets. Et le gouvernement péquiste songe à présenter un projet de loi d’ici quelques mois pour encadrer l’industrie.

Dans le cadre d’une entrevue accordée au magazine L’actualité, la chef souverainiste a rejeté l’idée de lancer un BAPE générique sur l’industrie pétrolière. Selon elle, les trois régions ciblées par les pétrolières - l’île d’Anticosti, la Gaspésie et le golfe du Saint-Laurent - doivent faire l’objet d’« études propres », sans préciser davantage ce qui sera fait.

 

Selon ce qu’a appris Le Devoir, le comité qui avait été chargé de mener l’évaluation environnementale stratégique de l’industrie du gaz de schiste et de celle du pétrole s’est vu retirer le mandat pétrolier lorsque le gouvernement a confié récemment le dossier gazier au BAPE. Pour le moment, aucun organisme ou comité n’est prévu pour étudier toute la filière de l’or noir, pourtant beaucoup plus active que celle du gaz de schiste au Québec. Les entreprises Pétrolia et Junex ont d’ailleurs signifié leur intention de poursuivre leurs travaux d’exploration au cours des prochains mois en Gaspésie, mais surtout sur l’île d’Anticosti. Plusieurs forages sont prévus.

 

BAPE pour Anticosti

 

Mme Marois s’est toutefois engagée à mandater le BAPE dans le cas d’Anticosti, mais seulement une fois que les pétrolières auront déterminé s’il y a un potentiel commercial. « À Anticosti, c’est davantage une question de faune et de flore, notamment de chevreuils. Ça pose pas mal moins de contraintes » qu’en Gaspésie, a-t-elle affirmé. La plus grande île du Québec, sise en plein coeur du Saint-Laurent, abrite plusieurs espèces menacées et ne dispose d’aucune installation en mesure de traiter les eaux usées des pétrolières.

 

En ce qui concerne le possible gisement d’Old Harry, Québec n’a toujours pas en main le rapport de l’évaluation environnementale stratégique confiée à la firme GENIVAR par les libéraux. Ce document devait en théorie être remis en novembre dernier, mais le gouvernement Marois a accordé un délai supplémentaire à la firme d’ingénierie.

 

Revenant sur la controverse soulevée à Gaspé par l’exploration pétrolière en plein coeur de la ville, Mme Marois a dit croire que le « projet de loi sur les hydrocarbures » permettra de préciser l’« arbitrage » qui sera fait par Québec entre les villes et les pétrolières.

 

Les péquistes espèrent présenter un projet de loi pour adoption dès cet automne, donc avant d’avoir complété l’évaluation environnementale de l’industrie pétrolière et gazière. En 2010, les libéraux avaient manifesté leur intention de légiférer pour encadrer l’industrie du gaz de schiste avant d’en avoir évalué les impacts sociaux et environnementaux.

6 commentaires
  • Éric Cyr - Inscrit 9 mars 2013 12 h 19

    Elle n'a pas perdu mon vote pour autant

    Elle ne l'a jamais eu ;-)

    Je vote pour ceux qui veulent vraiment prendre le nécessaire virage vert.

  • Pierre-Antoine Ferron - Inscrit 9 mars 2013 20 h 04

    Bonjour,
    Celle nouvelle nous ravi. C'est comme si le Premier Ministre aurait recu, tout d'un coup les dons du Saint-Esprit; la sagesse, le discernement, la logique et l'humilité. Maintenant elle nous en fait parti.

    Par ses actions et décisions récentes, en plus de celles qu'elle nous propose, il est évident que cette épiphanie a eu lieu il y a au moins quelques mois. Fortunés, ces dons servirons a nous épater autant qu'à désarmer ses critques nombreux qui, nous le voyons se taisent les uns après les autres.

    Il y a neuf aires sédimentaires connus jusqu'à date au Québec, celui des basses-terres contient au moins cinq gisements; et une simple extrapolation donne une idée de la quantité d'études nécessaires sous le régime qui prévalait. Maintenant, il y aura des études seulement si c'est nécessaire! Une logique élémentaire foudroyante qui coagule le sang de ses adversaires!

    Travailler sur une ile a beaucoup plus d'avantages qu'on imagine et je vous les laissent imaginer. Rammer jusqu'à Old Harry ou Anticosti une fois pour protester coupera l'envie d'émulation des autres.

    Ces grand développements et leur effets centrifuge sur les populations laborales garantissent que des villes comme Gaspé resterons des villes touristiques avec une eau potable et limpide sans pareil.

    Merci.

  • Jean-Francois Turmel - Inscrit 10 mars 2013 12 h 21

    Études propres étant études Harper mensongères?

    On peut se demander si les études propres dont parle la blonde sont des études qui seront réalisées par Harper, comme son projet de loi, pour mentir aux Québécois soutenant que ces activités sont propres alors qu'elles mèneront à la pollution à la marée noire huilière l'eau, le sol et l'air des Québécois, ce à quoi pourrait s'opposer le BAPE.

  • Bernard Plante - Abonné 11 mars 2013 10 h 36

    Louche

    Le BAPE est l'organisme neutre tout désigné pour ce type de situation. Pourquoi alors refuser de le mandater pour identifier la vue d'ensemble qui permettrait de définir des règles globales de fonctionnement pour l'ensemble du Québec?

    En procédant au cas par cas comme semble vouloir le faire Mme Marois, aucun cadre réglementaire digne de ce nom ne pourra voir le jour. Les règles pourront varier d'une région à l'autre, laissant la porte grande ouverte aux compagnies qui pourront contester, région après région, ville après ville, l'application des règles en fonction de leur situation spécifique. Rien de très rassurant pour les citoyens.

    Décidément, le PQ n'est plus ce qu'il a déjà été.

  • Simon Chamberland - Inscrit 11 mars 2013 16 h 29

    Étudier au cas par cas ou en bloc ?

    Je pense ici que Mme Marois a eu la sagesse de ne pas faire étudier le tout en bloc par le BAPE. Le sujet est très vaste et entre un projet pour un secteur en 2013 et un autre présenté 10 ou 15 ans plus tard pour un autre secteur, bien des choses peuvent avoir changées.

    Par contre, avant toute chose ou tout BAPE, la première chose à faire serait une vaste consultation publique non-partisane sur la politique énergétique à long terme de la province et de consulter des experts. Une fois une politique nationale et cohérente adoptée, on pourrait étudier les projets pétroliers à la carte. S'ils ne cadrent pas dans la politique, on les rejette d'emblée.

    • Bernard Plante - Abonné 12 mars 2013 09 h 21

      Une vaste consultation publique comme vous le suggérez finira par une bataille argumentaire entre les lobbys écologistes et les lobbbys pétroliers. Comme il s'agit d'un sujet complexe, la population finira par se positionner soit tout-à-fait pour ou tout-à-fait contre, ce qui nous ramènera au point de départ, ou encore pire.

      Non, il faut avancer. Et pour ça, il faut d'abord établir des règles de base sur les implications environnementales. Justement ce que le BAPE ferait. Par la suite, chaque projet pourrait être évalué en fonction du respect des règles de base établies (le minimum à respecter) versus son potentiel économique.

      Voilà ce qui serait un déroulement logique. La stratégie du cas par cas de Mme Marois sent une fois de plus l'improvisation, avec une volonté d'aller de l'avant sans être vraiment prêt, ce qui semble être sa marque de commerce.