Forages d'exploration - Québec ne vérifie pas les produits utilisés par les pétrolières

Québec exerce peu de contrôle sur son contenu. Le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) l’ignore. «Le MDDEFP ne détient pas une telle liste des produits utilisés dans les liquides des forages qui ont été réalisés au Québec», a répondu un porte-parole du ministère.
Photo: Junex Québec exerce peu de contrôle sur son contenu. Le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) l’ignore. «Le MDDEFP ne détient pas une telle liste des produits utilisés dans les liquides des forages qui ont été réalisés au Québec», a répondu un porte-parole du ministère.

Le gouvernement du Québec n’exige pas que les entreprises pétrolières fournissent une liste des produits utilisés dans les forages réalisés sur son territoire avant de leur donner le feu vert. Les ministères concernés possèdent d’ailleurs peu d’informations à leur sujet, a constaté Le Devoir. Certains de ces produits présentent pourtant un niveau certain de toxicité.

Les entreprises qui mènent des forages en Gaspésie et sur l’île d’Anticosti doivent utiliser des liquides et d’autres additifs afin de pouvoir mener à bien des forages exploratoires qui peuvent parfois atteindre plusieurs centaines de mètres de profondeur. Cette recette est appelée « boue de forage ».

Québec exerce peu de contrôle sur son contenu. Le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) l’ignore. « Le MDDEFP ne détient pas une telle liste des produits utilisés dans les liquides des forages qui ont été réalisés au Québec », a répondu un porte-parole du ministère. Ce dernier a ajouté que « les compagnies pétrolières ne sont pas tenues de fournir les renseignements concernant les liquides de forage » utilisés lors des opérations d’exploration.
 

Actuellement, tous les forages qui ont été menés au Québec et ceux qui sont prévus au cours des prochains mois sont des forages exploratoires. Ils permettront aux entreprises engagées dans la recherche de cette source d’énergie fossile de déterminer si des secteurs du Québec ont un potentiel commercial. Même si l’exploration est une étape charnière en vue d’une exploitation, « ce type de forage ne nécessite pas de certificat d’autorisation du MDDEFP », a rappelé le porte-parole du ministère. Ce dernier n’a pas été en mesure de préciser où sont traitées les boues de forage une fois les opérations des pétrolières complétées.

 

Renseignements confidentiels

 

En fait, c’est le ministère des Ressources naturelles (MRN) qui fournit les permis de forages exploratoires. On a expliqué qu’au moment « de la demande de permis de forage, les entreprises n’ont pas l’obligation de fournir au ministère des Ressources naturelles la liste des produits utilisés dans la composition de la boue de forage ». Cependant, « dans certains cas », les entreprises peuvent avoir remis cette liste au MRN, a précisé un porte-parole du ministère. Il a toutefois refusé de donner plus de précisions, arguant que « les renseignements figurant dans la demande de permis de forage sont de nature confidentielle ».

 

L’entreprise qui mène un forage doit cependant remettre un rapport à la suite des opérations. Celui-ci « présente les informations sur les types, les quantités et les fiches signalétiques des produits entrant dans la fabrication de la boue de forage ». Ce document est en théorie accessible deux ans après son acceptation par le MRN. Des rapports sont en effet disponibles sur le site du ministère. Il faut toutefois payer pour avoir accès à ces documents très techniques et présentés essentiellement en anglais.

 

Le Devoir a ainsi déboursé 6,30 $ pour obtenir une copie du rapport produit par Pétrolia à la suite du forage de Haldimand 2, en 2009. Le document mentionne divers produits utilisés, dont de la soude caustique. Ce produit est connu pour sa corrosivité et ses possibles impacts sur l’environnement. Les pétrolières peuvent aussi utiliser de l’acide chlorhydrique dans le cadre des forages.

 

Inquiétudes

 

À l’automne 2011, Pétrolia a par ailleurs mené des « tests d’injectivité » qui ont permis à l’entreprise d’« identifier le niveau de pression auquel la roche se fracture ». Ces tests ne sont pas considérés comme de la fracturation par le MDDEFP. Le maire de Gaspé, François Roussy, demande toutefois à Québec de préciser ce qu’il entend par « fracturation ». Il a d’ailleurs abordé le sujet avec les ministres à la tête du MRN et du MDDEFP lors de rencontres mercredi à Québec.

 

M. Roussy a réitéré jeudi que son administration a bel et bien constaté des éléments « inquiétants » en soumettant la composition des liquides de forage à une expertise indépendante. Il attend des réponses du gouvernement Marois à ce sujet, notamment en ce qui a trait aux mesures qui seront prises pour réglementer les activités des pétrolières.

Par ailleurs, dans un récent document préparé à la demande de l’entreprise, on souligne que dans le cadre du prochain forage prévu à Gaspé, soit Haldimand 4, aucun des produits ne présenterait de «problème de toxicité». Selon le président de Pétrolia, André Proulx, «ce rapport démontre que les craintes véhiculées par certaines personnes sont tout simplement non fondées».

À voir en vidéo