Les aires marines en mal de protection

Rapport à l’appui, la Société pour la nature et les parcs du Canada (SNAP) déplore le peu de progrès dans l’instauration d’aires marines protégées au pays, alors qu’à peine 1 % du territoire maritime bénéficie de ce statut. L’organisme redoute d’ailleurs que l’engouement pour l’exploitation pétrolière en mer ne freine l’établissement de zones destinées à protéger la biodiversité.

Le document en question, intitulé Nos océans sont-ils correctement protégés ?, répond sans hésiter qu’il reste beaucoup à faire dans ce domaine. La SNAP a ainsi recensé, en 2011, 12 sites qui pourraient être désignés comme des aires marines protégées. Mais malgré un appel à l’action lancé au gouvernement fédéral, à peu près rien n’a été fait depuis 18 mois. Une situation inacceptable, selon l’organisme, d’autant que le Canada s’est engagé à protéger 10 % de son territoire marin d’ici 2020. À titre de comparaison, l’Australie protège près de 40 % de ses eaux côtières.


« Le Canada possède la plus longue côte au monde et il a tous les outils juridiques et scientifiques pour aller de l’avant. Il y a visiblement un problème de volonté », a expliqué lundi Jérôme Spaggiari, coordonnateur en conservation à la SNAP Québec. Il a par la même occasion rappelé que la recherche publique avait été affaiblie en raison des compressions imposées par le gouvernement Harper à Pêches et océans Canada.

 

Exploitation pétrolière


Au Québec, certains secteurs attendant toujours une forme de protection. C’est le cas du « banc des Américains », une zone de 1000 km2 qui se situe à la pointe de la Gaspésie, tout près de la baie de Gaspé. L’entreprise Pétrolia détient des permis d’exploration pétrolière et gazière qui couvrent toute la baie. Une autre zone de 16 000 km2 qui entoure les îles de la Madeleine fait l’objet d’une étude en vue d’une éventuelle désignation comme aire protégée. Dans les deux cas, les progrès sont lents.


« Depuis 15 ans, le golfe du Saint-Laurent, un écosystème unique au monde et fortement menacé, notamment par les projets d’exploitation pétrolière, n’a connu aucune création d’aires marines protégées », a dénoncé Jérôme Spaggiari. Une nouvelle aire au large de la Gaspésie permettrait de protéger des espèces importantes commercialement, mais aussi les mammifères marins qui fréquentent le secteur. Dans le cas des îles de la Madeleine, une aire marine faciliterait la protection de plusieurs espèces au statut précaire.


La SNAP craint toutefois que les quelques engagements pris en matière de protection ne soient mis à mal en raison du préjugé favorable d’Ottawa et de Québec envers l’exploitation maritime d’énergies fossiles. « Il est possible que les gouvernements du Québec et du Canada ne souhaitent pas hypothéquer la possibilité d’exploiter ces ressources en raison de la création d’une aire marine protégée », a affirmé M. Spaggiari.


Évaluation attendue


Pour le moment, côté québécois, une évaluation environnementale stratégique de l’industrie des hydrocarbures - couvrant le golfe du Saint-Laurent et la baie des Chaleurs - a été commandée à la firme Genivar. Son rapport devait être remis au gouvernement à la fin de 2012. Il n’a toujours pas été rendu public. Péquistes, libéraux et caquistes sont favorables à l’exploitation pétrolière en mer, notamment du potentiel gisement de Old Harry.


Appelé à réagir à la diffusion du rapport lundi, le ministre canadien de l’Environnement, Peter Kent, a insisté sur la complexité de mettre en place des aires protégées, un processus qui doit franchir plusieurs étapes. Il a aussi fait valoir que, malgré les efforts consentis par Ottawa, il n’est absolument pas acquis que le Canada parviendra à atteindre son objectif de 10 % d’ici la fin de la présente décennie.