Québec rencontrera Pétrolia et Gaspé

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	L’entreprise Pétrolia souhaite forer un nouveau puits d’exploration sur le territoire de Gaspé.</div>
Photo: Pétrolia
L’entreprise Pétrolia souhaite forer un nouveau puits d’exploration sur le territoire de Gaspé.

La ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet refuse de dire si le gouvernement permettra à Gaspé d’interdire de facto les forages pétroliers sur son territoire. En entrevue au Devoir mardi, elle a plutôt indiqué que Québec rencontrera Pétrolia et des représentants municipaux au cours des prochains jours afin de tenter de dénouer la crise qui oppose la Ville à la pétrolière, qui souhaite forer un nouveau puits d’exploration.

Visiblement dans une position délicate, la ministre a réitéré que le gouvernement Marois est favorable à l’exploitation du pétrole du sous-sol québécois, mais tout en soulignant que celle-ci devra se faire sans qu’il y ait le moindre compromis « pour la santé et la sécurité de la population ».


« Nous souhaitons que l’exploitation du pétrole au Québec se fasse de façon responsable. C’est pour ça que nous voulons travailler en accompagnement, tant avec la municipalité qu’avec Pétrolia. Il est important, lorsqu’on parle de ressources naturelles, encore plus lorsqu’on parle de pétrole, que l’exploration et l’exploitation se fassent de façon responsable », a insisté Mme Ouellet.


Mais est-ce que Gaspé a le droit de bloquer l’accès à son territoire aux pétrolières, dans ce cas-ci au nom de la protection des ressources en eau potable ? Le gouvernement péquiste n’a pas encore tranché la question, a dit Mme Ouellet, notamment parce qu’il faut d’abord obtenir des avis juridiques de « plusieurs ministères » concernant le règlement adopté récemment par Gaspé. Ce dernier stipule qu’il est interdit d’introduire dans le sol, « par forage ou par tout autre procédé physique », toute substance qui soit susceptible « d’altérer la qualité de l’eau souterraine ou de surface servant à la consommation humaine ou animale ».

 

Rencontres à venir


Le gouvernement dépêchera au cours des prochains jours Martine Ouellet, mais aussi le ministre du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs, Yves-François Blanchet, ainsi que le ministre responsable de la région de la Gaspésie -Îles-de-la-Madeleine, Gaétan Lelièvre, pour des rencontres avec Pétrolia et la Ville de Gaspé. Selon ce qu’a expliqué Mme Ouellet, celles-ci serviront à mieux comprendre les « craintes » de la municipalité, mais aussi à dégager les « solutions possibles » pour sortir de ce bras de fer, par exemple par l’entremise de « moyens de mitigation ». Elle n’a pas voulu s’avancer sur les options qui seront envisagées.


« Lorsqu’on parle d’exploration pétrolière à proximité des résidences, lorsqu’on parle de forage, on doit avoir une sensibilité accrue, et nous l’avons au gouvernement. Nous voulons travailler en collaboration avec les gens de la municipalité », a-t-elle soutenu. Le maire de Gaspé a pour sa part affirmé lundi qu’il avait dû adopter un règlement bloquant les projets de forage après avoir demandé à Québec d’intervenir pendant deux ans, mais sans succès. « On se sentait laissés à nous-mêmes pour protéger notre eau potable et on a dû prendre nos responsabilités », a laissé tomber François Roussy.


Martine Ouellet n’a par ailleurs pas remis en question la pertinence de permettre l’émission de permis d’exploration pétrolière et gazière sur le territoire des municipalités, comme c’est le cas à Gaspé. Elle n’a pas non plus fermé la porte à d’éventuelles opérations de fracturation hydraulique. Mais celles-ci ne seront pas autorisées « tant que le gouvernement n’aura pas évalué la distance minimale sécuritaire à respecter à proximité de résidences et des sources d’eau potable ».


Le Parti québécois entend aussi déposer un projet de réforme de la Loi sur les mines dès le « début » de la prochaine session parlementaire. Actuellement, cette législation fait en sorte que les droits d’accès au territoire des minières, des pétrolières et des gazières ont « préséance sur la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme », a dénoncé mardi le président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), Éric Forest. Il a d’ailleurs appelé le gouvernement à revoir la législation actuelle le plus rapidement possible. « C’est incohérent, puisque le mandat des élus est d’assurer un développement équilibré de leur territoire en se basant sur les principes du développement durable. C’est ce que Gaspé a décidé de faire en s’assurant de protéger ses ressources d’eau potable. » Tant l’UMQ que la Fédération des municipalités du Québec ont donné leur appui à la démarche de Gaspé mardi.


Mais les partisans des énergies fossiles ne l’entendent pas ainsi. David McCallum, un homme d’affaires de la région de Gaspé, a soutenu que le projet de forage Haldimand no 4 de Pétrolia doit pouvoir aller de l’avant. Selon lui, la Gaspésie a besoin de projets économiques porteurs pour soutenir son développement. Il estime d’ailleurs que le projet de Pétrolia à Gaspé, mais aussi l’exploration pétrolière qu’elle mène à l’est de Murdochville, pourraient représenter un apport pour toute la région. « La Gaspésie n’est pas qu’une région touristique, a-t-il lancé. Il ne faut pas perdre les opportunités qui nous arrivent. Si on peut marcher sur la Lune, on peut sûrement développer cette industrie correctement. » Des gens d’affaires et des citoyens de Gaspé doivent lancer un comité de soutien aux projets pétroliers cette semaine. M. McCallum siège au conseil d’administration de Pétrolia.


Pétrolia n’a émis aucun commentaire mardi. L’entreprise souhaite forer un nouveau puits à Gaspé afin de vérifier si un gisement estimé à 7,7 millions de barils de pétrole pourrait être exploité. Si le potentiel est confirmé, la ressource non renouvelable devrait avoir une valeur brute de plusieurs centaines de millions de dollars.

7 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 16 janvier 2013 09 h 07

    Urgent besoin de richesse

    Le Québec est sur endetté. Selon M.Jarislowsky nous serons bientot dans la situation de la Grèce. Ce n'est pas en "faisant payer les riches" que ce sera suffisant pour sortir du trou. Nos services publiques sont fortement menacés.

    Il semble trop tard pour le Plan Nord, la demande en minerais a baissé.

    Mais le pétrole demeure une richesse et le restera pour au moins 20 ans. Avons nous les moyens de jouer aux verts purs, pauvres et contents ?

    Est-ce ce que désirent la majorité des citoyens?

    • Sylvain Auclair - Abonné 16 janvier 2013 12 h 14

      Si on veut désendetter le Québec par le pétrole, il faut exiger des redevances élevées sur chaque baril extrait. Les entreprises ne voudront jamais. C'est toujours trop cher pour elles.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 16 janvier 2013 13 h 44

      La malédiction des ressources naturelles

      Les pays dont l'économie repose sur l'extraction des ressources naturelles restent économiquement sous-développés et insuffisamment diversifiés, tout en étant à la merci du cours des valeurs de ces ressources. Leur économie est beaucoup plus vulnérable que celle de pays misant sur l'industrie et l'innovation, comme l'Allemagne ou le Japon.

      De plus, remarquablement souvent, les pays riches en ressources naturelles souffrent d'un déficit démocratique, à cause de la concentration du pouvoir entre quelques gros joueurs qui contrôlent aussi bien l'économie que la politique. C'est ce qui est en train de se produire sous nos yeux au Canada depuis que le pétrole y a acquis une importance nouvelle: le gouvernement conservateur fait tout pour limiter le débat public, censure les fonctionnaires et scientifiques et concentre de plus en plus de pouvoirs entre les mains du premier ministre. Le tout sous la pression de son principal client: l'industrie pétrolière.

      La dichotomie qui est mise de l'avant par certains groupes d'intérêt, à savoir que l'on doit choisir entre la culture et la sociale démocratie d'une part OU l'environnement est mensongère. Il existe de nombreux exemples de pays plus développés que le nôtre, socio-démocrates et prospères qui misent sur la recherche, l'innovation et une économie diversifiée pour réussir.

      Le seul exemple d'un pays exploitant intelligemment sa ressource pétrolière est la Norvège, qui a fait le choix de nationaliser sa ressource, d'en mettre la plupart des profits de côté pour les générations futures, et de prioriser l'environnement. La Norvège impose une taxe sur le carbone importante et aura réduit ses émissions de 30% par rapport à 1990 en 2020 grâce à des politiques environnementales agressives et d'une taxe sur le carbone élevée.

      http://www.regjeringen.no/en/dep/md/Selected-topic

  • Pierre-Antoine Ferron - Inscrit 16 janvier 2013 12 h 18

    Agissez!

    Bonjour,
    Les atermoiements des autorités au sujet des hydrocarbures s’expriment par l’incurie, par la paralysie des études interminables « justifiant un moratoire sans fin ». A ce panorama s’ajoute un militantisme délirant, ignorant et manipulateur autant qu’il est manipulé par les déclarations ignares et ronflantes des politiciens sur des sujets hors de leur portée.

    Ce panorama et l’inaction du gouvernement suscite l’inquiétude et l’angoisse la population. Le militantisme, est un des éléments de la géopolitique, qui selon les critères, peut être perçût comme une menace par ceux chargés de la sécurité. Une menace perçût appelle une réaction, ce que nous voyons en ce moment. L’action militante sera dorénavant l’objet de surveillance active. Les actes prétentieux, irréfléchis et illégaux du maire de Gaspé sont de cette catégorie d’action directe qui invite la riposte.

    Il est encore temps de débattre et de légiférer une loi sur les hydrocarbures afin d’encadrer cette industrie et de faire savoir à tous ce que nous voulons faire et dans quelles conditions. Hâtons nous, le temps presse! Le gouvernement doit se prononcer avant que les autres le fassent!
    Merci.

  • Éric Cyr - Inscrit 16 janvier 2013 15 h 58

    Agissez!

    Salut!

    Les hydrocarbures sont des poisons mortels et sont en train de détruire notre milieu de vie.
    Exigez un moratoire permanent sur les énergies sales et non-renouvelables, cet or à fou dont seulement une poignée d'actionnaires s'enrichissent, en nous laissant les coûts environnement taux, incalculables!

    Parlez en à vos élus de tous les paliers, pour sauvegarder notre eau potable, notre air et nos terres saccagées, pour nous et pour nos enfants.

  • Simon Chamberland - Inscrit 16 janvier 2013 16 h 45

    Le long terme

    L'Humain a pu s'établir partout où le climat était assez doux et où il trouvait de l'eau potable. Pendant des dizaines de milliers d'années, l'Humanité a vécu sans pétrole.

    L'Humanité n'a jamais sans eau potable, jamais sans terres arables ou avec un air vicié. Ce sont pourtant là que sont les risques démontrés de l'exploitation pétrolière.

    En attendant, nous pouvons tous faire notre part en réduisant notre consommation de produits pétroliers.

  • Marco Proulx - Inscrit 17 janvier 2013 09 h 05

    Ne rien oublier !!

    Bien sûr, il faut connaitre la teneur de l'entente jusque là tenue secrète par les Libéraux et ajuster le tire. Le petrole, et surtout celui "facile à extraire", demeure une ressource essentiel et ce n'est pas demain que cela changera. Bien sûr, la fracturation hydrolique a changé un peu la donne et retardé temporairement le moment ou la demande est plus forte que le production (aussi appelé le "peak oil"). Mais ce jour arrivera et notre pétrole, même s'il est boudé à court terme (en supposant que nous demandions de meilleurs redevance), sera un jour en demande.

    Ainsi, je crois que nous pouvons et devons revoir nos ententes et assurer un meilleur partage des 4000 milliards de $$ présent à Anticosti.

    Finalement, il faut aussi s'assurer que l'exploration et l'exploitation se fasse de façon à ne pas endommager l'écologie de façon irrémédiable. Il faut aussi prévoir la "post-exploitation" pour revitaliser les lieux...tous les lieux !!