Pétrolia préfère Marois à Charest

Pétrolia, qui ambitionne d’exploiter des gisements d’or noir en sol québécois, se dit très satisfaite de l’ouverture du gouvernement de Pauline Marois sur la question pétrolière. Les péquistes seraient même de meilleurs partenaires que leurs prédécesseurs libéraux. Une main tendue d’autant plus utile que l’entreprise estime que les réserves d’hydrocarbures emprisonnées dans le sous-sol de l’île d’Anticosti pourraient être plus importantes que ce qui a été évalué jusqu’à présent.

Malgré les craintes exprimées par certains partisans de l’exploitation pétrolière depuis l’élection du Parti québécois, le président de Pétrolia, André Proulx, ne s’inquiète pas d’un éventuel blocage de la part de la part du gouvernement Marois. Bien au contraire. « On voit les positions du cabinet de la première ministre, qui sont foncièrement pour le développement du dossier d’Anticosti et pour le développement pétrolier », a-t-il souligné lundi au Devoir.


Le dirigeant de l’entreprise a également rappelé qu’il avait droit à « beaucoup de collaboration » de la part de Québec. Les péquistes seraient en fait de meilleurs alliés que l’ancien gouvernement Charest. « Ça va très bien. Je pourrais même vous dire qu’on a une ouverture encore plus grande avec le Parti québécois qu’avec l’ancien gouvernement », a-t-il fait valoir.

 

Une alliée


Il est vrai que la première ministre Pauline Marois a eu l’occasion à quelques reprises de défendre l’exploitation d’énergie fossile au Québec. Elle s’est ainsi montrée favorable au développement de l’industrie pétrolière en Gaspésie. « Je ne crois pas qu’on doive se priver de ça », a-t-elle affirmé en campagne. Le premier budget du gouvernement prévoit d’ailleurs des mesures destinées au développement des hydrocarbures.


Une éventuelle production en sol gaspésien ou encore sur l’île d’Anticosti pourrait toutefois être soumise à un processus d’évaluation du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement du Québec. Mais rien n’a été précisé pour le moment à ce sujet. Un comité chargé de mener l’évaluation environnementale stratégique de l’industrie du gaz de schiste a aussi reçu le mandat d’intégrer la question pétrolière dans ses travaux au printemps dernier. On ne sait toutefois pas comment ledit comité entend étudier ce volet dans le cadre de son examen. Le rapport doit être remis au gouvernement à l’automne 2013.


D’ici là, les pétrolières actives sur l’île d’Anticosti entendent procéder à de nouveaux forages. Selon ce qu’a expliqué lundi André Proulx, Pétrolia compte réaliser trois à cinq forages au cours de l’été, pour un coût de près de 50 millions de dollars. Ceux-ci devraient permettre de préciser s’il est possible de récupérer le pétrole qui serait présent à une profondeur de 800 à 1000 mètres, mais aussi le taux de récupération.


Chose certaine, la pétrolière est plus optimiste que jamais, puisque des résultats de tests rendus publics lundi indiquent que l’or noir contenu dans le sous-sol de l’île pourrait être plus abondant que prévu. Jusqu’à présent, on estimait que plus de 30 milliards de barils de pétrole pourraient se trouver sous les permis contrôlés par Pétrolia et son partenaire Corridor Resources. Mais cette évaluation pourrait bien être trop basse, a dit M. Proulx, en rappelant qu’elle avait été effectuée par une firme indépendante. « On va sûrement lui demander de reprendre toutes ses analyses et on pense arriver à des niveaux beaucoup plus importants de pétrole en place », a-t-il expliqué. Il n’a toutefois pas avancé de chiffres.


M. Proulx s’est également dit convaincu qu’il faudra procéder à des opérations de « fracturation » afin de pomper le pétrole de schiste de la plus grande île du Québec. L’entreprise souhaite d’ailleurs préciser ce qu’il faudra utiliser pour fracturer la roche en profondeur, une méthode d’exploitation qui soulève une controverse certaine dans plusieurs régions du monde. Pétrolia ne sait pas encore si elle utilisera un mélange d’eau et de divers produits chimiques ou, par exemple, du gaz. L’île d’Anticosti ne compte aucune infrastructure en mesure de traiter les eaux usées issues de la fracturation.


Pétrolia a obtenu en 2008 les permis détenus auparavant par Hydro-Québec pour un montant qui n’a jamais été dévoilé. L’entreprise avait, jusqu’au 30 septembre, sept lobbyistes inscrits au registre québécois. Elle n’est plus inscrite.

25 commentaires
  • Richard Lépine - Abonné 15 janvier 2013 08 h 48

    D'autres questions

    "L’entreprise avait, jusqu’au 30 septembre, sept lobbyistes inscrits au registre québécois. Elle n’est plus inscrite."
    Serait-ce qu'elle n'en a plus besoin maintenant que le PQ est au pouvoir?
    Richard Lépine

  • Daniel Bérubé - Inscrit 15 janvier 2013 11 h 12

    Chose certaine...

    Plus le nombre de milliards de barils augmentera... plus les impacts négatifs de la fracturation diminuera...

  • Pierre Vincent - Inscrit 15 janvier 2013 11 h 22

    Un beau dossier cousu de fil blanc...

    Les évaluations par une firme indépendante de 30 milliards de barils de pétrole étaient basées sur un seul forage. Maintenant que Pétrolia prévoit en faire d'autres, elle voudrait sans doute que la firme indépendante double le potentiel pétrolier de l'Ile d'Anticosti ? Rappelons que s'il s'agit bien de pétrole de schiste, seule une fraction du pétrole pourra être extraite du sous-sol d'Anticosti, soit environ 5 %. C'est sans doute pour cette raison que Pétrolia souhaite voir le potentiel pétrolier augmenter, afin de faciliter le financement de ses activités d'exploration et, éventuellement, d'exploitation. D'autant plus qu'il faudrait prévoir des installations de traitement des eaux usées, entre autres choses, sans compter, bien sûr, les revendications territoriales des Innus, qui convoitent l'ensemble de l'Ile d'Anticosti.

    Faisons un rapide calcul : 5 % de 30 milliards de barils représente 1,5 milliards de barils. Si on multiplie par 100 $ le baril, cela nous donne 150 milliards de $. Si c'est trop peu pour recueillir des fonds et procéder à l'exploitation éventuelle du gisement, on peut se demander où s'arrêtera l'appétit de Pétrolia et de ses actionnaires. On peut aussi se demander ce que le gouvernement du Québec attend pour rendre public le contrat secret entre Hydro-Québec et Pétrolia. Aux dernières nouvelles, HQ était une société d'État et à ce titre, on s'attendrait à un peu plus de transparence de la part d'un gouvernement qui réclamait la divulgation du contrat en question alors qu'il était dans l'opposition. Y aurait-il anguille sous roche ?

    • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 15 janvier 2013 18 h 32

      Petite rectification. Hydro-Québec en tant que société d'État ne pouvait, non, vendre directement ses droits à des d'autres sociétés. C'est le gouvernement qui l'a fait.

  • Eric Boucher - Inscrit 15 janvier 2013 11 h 45

    Retour d'Anticosti aux Québécois

    Je ne comprends pas que Pauline Marois qui a reconnu publiquement que le peuple Québécois s'est fait ''fourrer'', dans la vente d'Anticosti aux pétrolières, ne parle pas de recours juridiques visant la nationalisation de la ressource. Il me semble qu'une première ministre, au service des Québécois, avec un minimum de fierté, ferait cela. C'est assurément ce que René Lévesque aurait fait lui. Mais c'est vrai, lui était un grand premier ministre...

    • Louka Paradis - Inscrit 15 janvier 2013 18 h 08

      Avant de la juger ex-cathedra, peut-être faudrait-il écouter ce que Mme Marois aura à dire. C'est un peu tôt pour sauter tout de suite aux conclusions et au dénigrement.
      Louka Paradis, Gatineau

  • Georges Washington - Inscrit 15 janvier 2013 13 h 33

    Et le vol du siècle?

    Le PQ n'a pas cessé de nous rabattre les oreilles pendant les élections avec le vol du siècle à Anticosti. Gracieuseté de l'ex-ministre Breton et de son accolyte Geneviève Tardy.

    Maintenant que Martine Ouellet a pris connaissance de l'entente, ils ne peuvent plus prétendre ne pas être au courant. Ils ne peuvent plus surfer sur l'inconnu et l'incertitude entourant cette entente. Et bien, maintenant qu'ils savent tout, ils sont les meilleurs amis de Pétrolia.

    Bref, les électeurs ont été manipulés par le PQ et l'ex-ministre Breton pendant cette campagne électorale où tous les prétextes étaient bon pour mousser la haine du PLQ.

    • Louka Paradis - Inscrit 15 janvier 2013 18 h 11

      Et si c'était la nouvelle tactique des gazières et pétrolières : discréditer la Première Ministres ? Attendons la suite des choses avant d'accuser. N'oublions pas que leurs avocats n'ont que ça à faire, chercher des façons de manipuler l'opinion publique.
      Louka Paradis, Gatineau

    • Georges Washington - Inscrit 16 janvier 2013 04 h 57

      Mme Paradis,

      vous semblez oublier qu'au lendemain de la prise de connaissance de cette entente Mme Marois annonçait que son gouvernement comptait exploiter les ressources pétrolières du Québec et nous n'avons plus jamais entendu parler Martine Ouellet sur ce sujet.

      Inutile de vivre dans le déni.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 16 janvier 2013 12 h 44

      M.D.Savard,je suis tellement d accord avec vous que je prie tous les jours tres longuement pour un retour miraculeux au pouvoir de cet excellent et elegant Parti Liberal du Quebec.Vous me croyez dur comme fer, j en suis sur. -Pas tellement,me repondrez-vous. Aaahhh!!!!!! J-P.Grise

    • Georges Washington - Inscrit 16 janvier 2013 16 h 17

      M. Grisé,

      pour votre gouverne, j'ai voté PQ le 4 septembre dernier. Mais, ce n'est pas parce que j'ai voté PQ que je dois me laisser manipuler. En fait, je ne suis ni partisan de l'un, ni partisan de l'autre. Tous les deux ont leurs travers et leurs qualités. Cette fois-ci, j'ai préféré le PQ. Alors, vouloir rabattre cette intervention à de la simple partisanerie et un peu gros. Ce que j'écris est entièrement vérifiable.

      En fait, il y a quelque chose d'incestueux dans votre commentaire. J'espère que vous comprendrez parce que je doute que Le Devoir me laisse vous expliquer.