Les épaulards prisonniers des glaces sont libres, mais pas encore tirés d'affaire

La douzaine d’épaulards qui étaient prisonniers des glaces dans la Baie d’Hudson, près du village d’Inukjuak, dans le Nord du Québec, auraient finalement quitté le secteur. Mais ils sont loin d’être tirés d’affaire, selon ce qu’a fait valoir jeudi une spécialiste des mammifères marins.

Jeudi matin, des chasseurs se sont rendus à une trentaine de kilomètres au large du village d’Inukjuak, là où se trouvaient encore la veille les animaux, obligés de se bousculer pour respirer par un trou dans la glace d’à peine une dizaine de mètres de diamètre. Selon ce qu’ils ont observé, il semblerait que le mouvement des glaces a permis d’ouvrir une voie de passage pour le petit groupe de cétacés. C’est un changement dans la direction des vents qui aurait éloigné les glaces de la rive, permettant aux orques de quitter les lieux.

Mais il ne faudrait pas conclure que ces mammifères ont désormais retrouvé un milieu propice à leur survie. Chercheuse à l’Observatoire du Saint-Laurent et spécialiste des mammifères marins, Lyne Morissette estime en effet que ces animaux — qui ont besoin de venir à la surface pour respirer à toutes à cinq minutes — pourraient très bien se retrouver pris dans un autre secteur où leur vie serait menacée, en raison des glaces.

En effet, selon ce que Le Devoir a pu observer sur une carte montrant la couverture de glace de la Baie d’Hudson, mais aussi du détroit d’Hudson, il semble bien que tout le secteur soit recouvert d’une épaisse couche de glace. Dans ce contexte, estime Mme Morissette, il est probable que les épaulards se retrouvent de nouveau dans une situation précaire, mais loin des yeux ou des objectifs de caméra.

Inhabituel

Elle a d’ailleurs insisté sur le fait que ces animaux ne se trouvent habituellement pas dans la Baie d’Hudson à ce temps-ci de l’année. En fait, les épaulards de cette population nordique passent le plus souvent l’hiver dans le nord de l’océan Atlantique ou encore à la sortie du détroit d’Hudson, au Nord du Québec.

La présence d’épaulards est de plus en plus fréquente dans la baie d’Hudson, probablement en raison de la diminution du couvert de glace provoquée par le réchauffement climatique. Même s’ils se nourrissent surtout de poisson, ils peuvent aussi s’attaquer aux bélugas et aux baleines boréales qui vivent dans cette région maritime nordique. Les épaulards, qui peuvent atteindre six à sept mètres, sont des animaux sociaux qui vivent en groupes stables de types familiaux. Aussi appelés orques, ils peuvent être observés dans le Saint-Laurent, mais en de rares occasions.

Au Canada, le statut de l’espèce est considéré comme «préoccupant», mais la population du Pacifique est inscrite sur la liste des espèces «en péril». L’activité humaine est responsable de son déclin.

La situation précaire des mammifères marins observés au large d’Inukjuak a défrayé la manchette en raison, notamment, des images spectaculaires de ceux-ci se bousculant pour respirer dans un trou à peine plus grand qu’une camionnette. Les habitants du village s’étaient mobilisés pour lancer une opération de sauvetage en pressant Pêches et Océans Canada d’envoyer un brise-glace dans le secteur afin d’ouvrir un passage aux mammifères.