Gentilly-2 cesse de produire de l’électricité

Des manifestants ont célébré, vendredi à Montréal, la fin de la production d’électricité à la centrale Gentilly-2.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Des manifestants ont célébré, vendredi à Montréal, la fin de la production d’électricité à la centrale Gentilly-2.

La centrale Gentilly-2, exploitée depuis 1983 à Bécancour, dans le Centre-du-Québec, a cessé de produire de l’électricité vendredi.


Le gouvernement Marois avait annoncé sa fermeture définitive et son déclassement quelques jours après les élections du 4 septembre dernier. Malgré la contestation et les manifestations, la décision a été maintenue : pour le gouvernement Marois, la réfection de Gentilly-2 ne serait pas économiquement rentable pour les Québécois.


À l’annonce de la fermeture de la centrale, les environnementalistes ont crié victoire. D’autres se sont inquiétés des conséquences économiques négatives pour la région. Le président de la Chambre de commerce du Coeur-du-Québec, Jean-Denis Girard, est de ceux-là. Il craint que plusieurs employés d’Hydro-Québec soient contraints de déménager pour trouver de nouveaux emplois, une situation qui, à son avis, contribuerait à vider les écoles primaires et à priver les commerces locaux d’importants revenus, entre autres choses.


Récemment, le président-directeur général d’Hydro-Québec, Thierry Vandal, a tenu à rassurer les employés et leurs représentants syndicaux. Il a affirmé que les prochaines étapes seront réalisées grâce à l’expertise de plusieurs d’entre eux et dans le respect des conventions collectives en vigueur.


Qu’importe, selon la conseillère pour le Syndicat canadien de la fonction publique, Murielle Masse, « il n’y a rien » qui permettra de réconcilier les travailleurs de Gentilly-2 avec la décision du gouvernement. « Les employés ont une sécurité d’emploi, mais le problème, c’est qu’ils ne savent pas encore où ils vont être relocalisés », souligne-t-elle. De plus, comme le rappelle Jean-Denis Girard, les employés ayant un statut temporaire et les surnuméraires ont déjà été mis à pied.

 

40 ans de dormance


Les travaux de démantèlement seront réalisés sur une période de 18 mois, jusqu’au milieu de 2014. Ils consisteront notamment à décharger le combustible du réacteur, à traiter l’eau lourde et à désactiver plusieurs systèmes de la centrale.


Cette étape sera suivie d’une période de « dormance » de 40 ans. Le combustible sera par la suite évacué du site, la centrale, entièrement démantelée et le site, remis en état. Ces différentes étapes s’échelonneront donc jusqu’en 2062.


La fermeture de Gentilly-2 devrait coûter 1,8 milliard de dollars, étalés sur plus de 50 ans.


Il s’agit du premier déclassement officiel d’une centrale nucléaire au monde, selon M. Girard, qui aurait préféré que le gouvernement alloue davantage de temps à cette opération. « Je trouve ça déplorable qu’on ait pris une décision aussi rapidement, sans en connaître les tenants et aboutissants, lance-t-il. On a pris quatre ans à planifier la réfection ! Dans les rapports d’Hydro-Québec, on indique qu’un déclassement demande de quatre à cinq ans de travail, et on n’a eu que quelques mois pour planifier celui-ci. »


Il ajoute qu’Hydro-Québec « n’est pas prêt » à donner les formations pour les employés qui ont travaillé dans le nucléaire seulement, et qui devront désormais occuper de nouvelles fonctions au sein de la société d’État. « Le gouvernement a le droit de fermer Gentilly-2, mais, de grâce, faites-le dans le respect des employés », laisse-t-il tomber.

 

Commission parlementaire


Les impacts de la fermeture de la centrale nucléaire seront débattus en commission parlementaire les 29 et 30 janvier prochains. En plus de ces impacts, la commission parlementaire étudiera le plan de diversification économique de 200 millions qui doit être mis en place pour compenser le déclassement de l’infrastructure située à Bécancour.


Des représentants des villes de Trois-Rivières et de Bécancour seront entendus, comme des élus régionaux et des porte-parole de chambres de commerce. Hydro-Québec répondra également aux questions sur le projet de réfection de l’installation, jugé trop coûteux par le gouvernement.


La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, a cependant déjà indiqué que la décision du gouvernement était irrévocable.

11 commentaires
  • Jacques Saint-Cyr - Inscrit 29 décembre 2012 10 h 33

    L'analyse coût-bénéfice, où est-elle?

    J'attends toujours de voir le détail de l'analyse coût-bénéfice du maintien ou de la fermeture de Gentilly-2. Mais c'est comme pour l'amphithéâtre de Québec, il ne faut pas espérer avoir entre les mains les données factuelles. On continue de nous servir de plates conclusions avec des chiffres à l'emporte-pièce, comme pour toute autre décision politique d'envergure.

  • André Vallée - Inscrit 29 décembre 2012 11 h 23

    Enfin...

    ... et pour toujours, espérons le. Plus de bombes nucléaires à retardement dans la province.

  • Martin Cloutier - Inscrit 29 décembre 2012 14 h 34

    Martin Cloutier

    La fermeture de Gentilly 2 est une gaffe qui va coûter très chère. De plus, l'énergie produite par G2 devra être remplacer par de l'énergie provenant de gaz naturel ou de schiste - 3,2 mégatonnes de CO2 dans l'atmosphère, bravo.

    • Djosef Bouteu - Inscrit 29 décembre 2012 19 h 41

      Tant de mensonges libéralo-caquistes...

      Premièrement, Gentilly-II fonctionnait avec un réacteur CANDU-6, un des pires citrons à avoir été conçu dans le domaine du nucléaire. Presser davantage le citron au coût de 4,3 milliards+, c'est cela la gaffe coûteuse qui a heureusement été évitée.

      L'énergie produite par Gentilly-2 sera «remplacée» par... rien. On utilisera les surplus d'électricité dans lesquels Hydro-Québec nage (littéralement) présentement.

      Des surplus qui sont d'ailleurs invendables parce qu'aux États-Unis, le prix de l'électricité a fortement chuté et restera bas pour deux décennies et plus. Ils ne sont pas intéressés à nous acheter du courant, surtout pas aux coûts de production exorbitants de Gentilly-2.

      Quant-aux gaz de schistes, aussi polluants que le charbon du point de vue des GES (à cause des fuites de méthane), peut-être ne le saviez-vous pas, mais le Québec a dit «non» à cette énergie hyper polluante. Il tourne également le dos au passé nucléaire.

      Il ne nous reste plus qu'à convaincre le gouvernement du Québec d'électrifier nos transports et de relancer les programmes d'efficacité énergétique, malheureusement mis sur les tablettes à cause du contexte d'énormes surplus d'électricité invendables.

    • Frédéric Chiasson - Inscrit 30 décembre 2012 00 h 36

      Un commentaire pour le moins étonnant quand on sait (en lisant Le Devoir plus souvent!) qu'Hydro-Québec a beaucoup de surplus d'électricité à distribuer, sûrement assez pour compenser la fermeture de la centrale. Donc, non, pas de CO2 de plus dans l'atmosphère!

      Je me demande cependant si la peur des citoyens de la région envers le pourtour de la centrale va se dissiper avec la fermeture. Un bon indicateur de cette frayeur est le prix très abordable (c'est un euphémisme!) des terrains et maisons à Gentilly. Mais ça, les défenseurs de la centrale n'en parlent jamais...

    • François Dugal - Inscrit 2 janvier 2013 09 h 11

      Nous avons de l'hydro-électricité à ne plus savoir qu'en faire.
      Alors, exit le nucléaire.

    • Georges Washington - Inscrit 2 janvier 2013 15 h 48

      M. Cloutier a raison, l'ouverture de la centrale au gaz était prévue immédiatement à la fermeture de Gentilly-2 pour équilibrer le réseau. Toutefois, après avoir constater l'absurdité de la chose, le gouvernement a demandé à HQ de repousser l'ouverture de cette centrale à 2018. Ce n'est donc qu'un autre dossier sur lequel le gouvernement Marois a reculé en douce sans que cela ne fasse les manchettes.

      M. Chiasson,

      voyez plutôt l'annonce faite lors de l'annonce de la fermeture de Gentilly-2: http://affaires.lapresse.ca/economie/quebec/201210

      M. Dugal,

      nous pourrions aussi dire exit l'éolien, il nous coûte bien plus cher que le nucléaire (50% plus cher). En fait, nous produisons vraiment à perte avec l'éolien.

  • Éric Cyr - Inscrit 29 décembre 2012 19 h 15

    Bon débarras

    Bon débarras de cette radio activité dangereuse et incrustée pour des millénaires lorsqu'il y a un accident.
    Pas dans la cour de PERSONNE!

    @Martin Cloutier
    L'énergie produite par G2 sera remplacée par de l'hydro-électricité propre, sans les dangers du nucléaire.

    • Georges Washington - Inscrit 2 janvier 2013 22 h 42

      Voici ce qui était prévu en octobre 2012: http://goo.gl/p1cRm

      En fin novembre, HQ reportait à 2018 l'ouverture de la centrale TCE. Il est assez facile d'imaginer que c'était sous commande politique vu les conséquences de la fermeture.

      En passant, le Japon fait marche arrière et ouvrira de nouveaux réacteurs nucléaires. Gentilly-2 ne représente absolument pas les risques que vous lui imputée, elle n'est ni situé dans un zone de tsunami, ni sur une faille sismique à haut risque.

  • Gilles St-Pierre - Abonné 30 décembre 2012 17 h 59

    Adieu Gentilly

    Oui enfin plus de bombes nucléaires dans ma cour ... mais il en reste encore beaucoup trop dans la cour du voisin (Ontario) qui nous sont aussi néfastes et dangereuses.
    Si ces voisins avaient eu un peu plus de jugements et moins de ressentiment à notre égard, ils auraient choisi de notre énergie propre au lieu de s'inscrire dans le nucléaire et de s'hypothéquer autant.
    En ce qui concerne les employés d’Hydro-Québec à muter, ce n’est que foutaise, car il y a longtemps que dans cette entreprise on ouvre et ferme des chantiers çà et là au Québec et qu’on centralise et décentralise à répétition des activités internes avec tout ce que cela incombe aux familles des travailleurs. Alors faudrait pas maintenant en faire tout un plat pour Gentilly.
    Gentilly et toutes ces centrales nucléaires n’auraient jamais dû exister ici et les fermer pour les démanteler n’est que la meilleure chose à faire aujourd'hui.

    • Georges Washington - Inscrit 2 janvier 2013 15 h 55

      Une centrale nucléaire n'a rien à voir avec une bombe nucléaire. Et la meilleure chose à faire pour la sécurité aurait été de continuer de l'opérer jusqu'à sa fin de vie dans 25 ans et de procéder au démantèlement à ce moment-là. Les coûts de réfection de la centrale incluaient le démantèlement dans 25 ans. Pour l'instant, je vois mal ce qui sera fait des déchets autre que de les garder sur place.