Réchauffement spectaculaire de l’ouest de l’Antarctique

Le mont Vinson, le point culminant de l'Antarctique avec 4892 mètres d’altitude, est situé dans la partie occidentale de ce continent mis à mal par le réchauffement climatique.
Photo: Agence France-Presse (photo) Michael Studinger Le mont Vinson, le point culminant de l'Antarctique avec 4892 mètres d’altitude, est situé dans la partie occidentale de ce continent mis à mal par le réchauffement climatique.

L’Antarctique occidental se réchauffe à un rythme jusqu’à présent insoupçonné. Selon des travaux américains, publiés lundi 24 décembre dans la revue Nature Geoscience, cette région du grand inlandsis s’est réchauffée de 2,4 °C depuis 1958, devenant l’une des zones les plus sensibles au changement climatique en cours.

Le réchauffement s’y produirait environ trois fois plus vite que la moyenne relevée sur l’ensemble du globe au cours de la même période. Ces résultats spectaculaires suscitent l’attention, car la calotte de glace est, dans cette région, réputée fragile. Sa dégradation pourrait conduire à une élévation importante du niveau marin.


« Notre résultat suggère que le réchauffement estival continu de l’Antarctique occidental pourrait perturber le bilan de masse de la calotte glaciaire, explique David Bromwich (Université d’État de l’Ohio, États-Unis). La région pourrait ainsi contribuer à l’augmentation du niveau de la mer encore plus qu’elle ne le fait déjà. »


Au cours des vingt dernières années, l’ouest de l’Antarctique a perdu en moyenne 65 milliards de tonnes de glace par an. Soit un dixième environ des 3,2 mm d’élévation annuelle du niveau des mers, mesurée depuis le début des années 1990.


La forte sensibilité de l’ouest de l’Antarctique au réchauffement pourrait accélérer le phénomène. D’autant plus que les glaces reposent dans cette région sur un lit rocheux situé sous le niveau de la mer. La calotte y est donc instable, maintenue par de grandes plateformes de glace qui, attachées aux glaciers terrestres, flottent à la surface de la mer.


Ces plateformes peuvent se rompre et se détacher brutalement - comme ce fut le cas en 1995 et en 2002 avec les célèbres Larsen A et B -, risquant alors de voir s’effondrer dans l’océan les glaciers qu’elles tenaient en place.


Le risque présenté par cette zone est illustré par les climats du passé. De récents travaux franco-japonais suggèrent qu’il y a 14 500 ans, au cours de la dernière déglaciation, le niveau moyen des océans est monté de près de 16 m en l’espace de seulement trois siècles et demi (soit environ 4 à 5 cm par an) et que l’ouest de l’Antarctique avait vraisemblablement joué un rôle important dans cette brusque élévation du niveau marin.


Un tel scénario, s’il illustre la sensibilité de la zone à l’élévation des températures, n’est toutefois pas attendu au cours de ce siècle.


Les travaux menés par David Bromwich et ses coauteurs sur les mesures de la station de Byrd pourraient clore pour de bon le débat scientifique intense de ces dernières années sur la nature et l’étendue du réchauffement en Antarctique.

 

Données fragmentaires


Les enregistrements de température y sont rares, épars et discontinus. Les données fragmentaires sont récupérées et complétées par interpolation - une température manquante en un point étant déduite des données disponibles alentour au même moment. Ces techniques sont cependant marquées par une certaine incertitude et une marge d’interprétation.


Ainsi, si l’écrasante majorité des spécialistes s’accorde pour dire que la péninsule antarctique - cette étroite langue de terre qui prolonge la partie occidentale du continent - se réchauffe rapidement, certains doutent que le reste du continent, à l’ouest comme à l’est, soit soumis à la même tendance. Les données de certaines stations suggèrent même un léger refroidissement, dans certaines zones de l’est de l’Antarctique.


En 2009, une analyse de données satellites, conduite par Eric Steig (Université de Washington) et publiée dans la revue Nature, était la première à annoncer un timide réchauffement de 0,5 °C de l’ensemble de la partie occidentale du continent, depuis 50 ans…


Les études menées par David Bromwich vont encore plus loin. Dans un commentaire à paraître dans Nature Geoscience, Eric Steig estime que ce sont les meilleurs travaux publiés à ce jour sur le sujet.

6 commentaires
  • Reynald Du Berger - Inscrit 27 décembre 2012 06 h 15

    Oui mais... et le reste ?

    C'est seulement dans l'ouest que le continent antarctique fond. Partout ailleurs sur ce continent, la calotte glaciaire s'étend. Je suis allé sur le glacier FOX en Nouvelle Zélande il y a deux ans. Il termine maintenant sa course dans une forêt tropicale et avance de 1,0 à 1,5 mètres PAR JOUR!, en harmonie avec la croissance de la calotte glaciaire antarctique. Globalement, la température moyenne stagne depuis plus de 15 ans. Des norvégiens viennent de publier un article dans Global and Planetary Change et mettent en évidence un retard de phase du CO2 atmosphérique par rapport à la température globale moyenne à la surface des mers, des continents et dans la basse troposphère. L'hypothèse d'un réchauffement global d'origine anthropique s'écroule lentement mais sûrement.

    • Yvan Dutil - Inscrit 27 décembre 2012 09 h 34

      Monsieur Du Berger, vous devriez vous informer ailleurs que sur les sites dénialistes. À chaue fois que quelqu'un nous sort l'arguement de la stagnation depuis 15 ans, on s'est immédiatement que c'est sa source de référence principale. Pour ceux qui ne sont pas au courant en 1998, il y a eu un El Nino monstreux, cela a créer un pic de température. En le choissant comme point de départ, on se fait accroire qu'il n'y a pas eu de réchauffament. Évidemment, c'est un mensonge, mais cela fait tellemement de bien à l'égo.

      Le bilan global en Antractique en négatif. Pour ce qui est des glaciers en Nouvelle-Zélande, ils augmentent d'un coté des montagnes et diminuent fortement de l'autre coté. L'augmentation des précipitation due aux changements climatiques en est la cause.

  • Luc Falardeau - Abonné 27 décembre 2012 11 h 03

    @Du Berger - Un retard de phase ...

    L'article du Global and Planetary Change est intéressant... mais ne contredit pas le lien entre le réchauffement global et les émissions d'origine anthropiques... http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S

    • Yvan Dutil - Inscrit 27 décembre 2012 12 h 37

      Ces clowns ont redécouvert la roue en utilisant une technique dénialiste classique. En effet, ils travaillent avec les anomaly en température par rapport à la tendance générale et les anomalies des concentrations de CO2 en enlevant aussi la tendance séculaire. Ipso facto, les changements à long terme sont filtré. Exit les changements climatiques! Il ne reste que les fluctuation dus à El Nino et au volcans qui sont connu depuis des decennies. Visiblement les arbitres n'ont pas fait leur travail.

  • Reynald Du Berger - Inscrit 28 décembre 2012 09 h 23

    La température globale stagne

    Prenez les données récentes du Hadcrut, de la NOAA, NASA et Univ. Alabama , peu importe, tous fournisseurs "officiels" du GIEC, mettez ça dans excell en tenant compte des plages d'erreurs et faites une régression. Vous obtiendrez une ligne horizontale. Bel exercice pour les professeurs de sciences de cegeps. Le climat est une science complexe que les modélisateurs du GIEC ont tendance à sur-simplifier. 85% du volcanisme est sous la mer, on n'en a ni l'inventaire encore moins le bilan en CO2. Plus la pression est élevée et plus l'eau est froide, plus elle peut contenir de CO2 en solution. Il n'existe aucun modèle fiable des circulations océaniques. C'est seulement un des paramètres importants parmi plusieurs ignorés par les modélisateurs.

    • Yvan Dutil - Inscrit 30 décembre 2012 09 h 16

      Monsieur Du Berger, les mesures du gaz carbonique montrent clairement que sa source est au dessus des villes. De plus, la mesure de son rapport isotopique montre que la cause de son augmentation est la combustion de matière organique. Je vous suggère de diversifier vos sources d'information.