Une centrale ne menacerait pas la valeur patrimoniale de Val-Jalbert

La chute Ouiatchouan
Photo: Tourisme Saguenay—Lac-St-Jean La chute Ouiatchouan

Bien que le village historique de Val-Jalbert soit officiellement reconnu et classé comme site patrimonial par le gouvernement du Québec, le ministère de la Culture et des Communications estime qu’il est tout à fait « cohérent » d’y permettre la construction d’un barrage et d’une centrale hydroélectrique. Un projet controversé que les opposants promettent de contester devant les tribunaux, malgré le feu vert officiel du Parti québécois.


« Les plans proposés pour la minicentrale hydroélectrique rejoignent les préoccupations du ministère quant à l’intégration du projet dans son contexte historique et à sa préservation », a confirmé au Devoir la responsable des relations avec les médias du ministère de la Culture et des Communications du Québec (MCCQ), Annie LeGruiec.


Québec ne voit donc aucune menace pour la « valeur » du village historique de Val-Jalbert, la rivière Ouiatchouan et la chute du même nom, un site protégé depuis 1996 en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel. « Les modifications qui seraient apportées au site ne mettent pas en péril la valeur patrimoniale du lieu. » Le MCCQ affirme avoir tenu compte d’un avis favorable du Conseil du patrimoine culturel du Québec avant de prendre sa décision.

 

Des impacts positifs


Le gouvernement partage également l’avis des promoteurs du projet énergétique, qui jugent que le harnachement de la rivière Ouiatchouan aura des impacts positifs pour le secteur visé. « Ce projet pourrait engendrer des retombées significatives pour la mise en valeur du site historique, et de nouveaux programmes d’interprétation en lien avec l’histoire même du site de Val-Jalbert pourraient voir le jour », a fait valoir le MCCQ par courriel.


Un appui sans réserve qui déçoit Pierre Leclerc, de la Fondation Rivières. Il estime que « la beauté du site sera irrémédiablement faussée ».

 

Un débit esthétique


Le ministère se dit par ailleurs tout à fait satisfait du « débit esthétique » de 7 m3 par seconde que les promoteurs promettent de maintenir pendant la période touristique, afin de maintenir l’apparence de la chute située au coeur du site. En dehors de cette période, le débit sera réduit à 0,3 m3 et la rivière sera pour ainsi dire asséchée sur près d’un kilomètre. En temps normal, le débit peut dépasser 20 m3.


C’est notamment en se basant sur cette question du débit que la Fondation Rivières et d’autres opposants au projet ont l’intention d’entreprendre des démarches juridiques afin de faire annuler l’autorisation accordée mercredi par les péquistes. Selon eux, le gouvernement n’applique pas les recommandations de la Commission d’enquête sur la politique d’achat par Hydro-Québec d’électricité auprès de producteurs privés. Celle-ci concluait à la nécessité de maintenir un débit « écohydrologique » d’un minimum de 3 m3.


Les opposants estiment aussi qu’Hydro-Québec perdra de l’argent avec ce projet. Pour le moment, on promet d’acheter l’électricité produite à un prix plus élevé que celui de sa vente aux États-Unis. Qui plus est, le Québec se trouve en situation de surplus.


Des opposants innus ont pour leur part fait circuler une pétition pour s’opposer à ce projet et réclament un référendum sur le projet.

23 commentaires
  • Pierre Leclerc - Inscrit 7 décembre 2012 02 h 31

    Vol patrimonial

    Le Conseil du patrimoine n'a pas, sur le fond, retenu l'argumentation légale présentée le 13 novembre, à Québec, par la Coalition pour la sauvegarde de la Ouiatchouan à Val-Jalbert.

    Puisqu’elle fait partie de la Société d’Énergie Communautaire du Lac St-Jean (promoteur du projet de petite centrale avec la MRC Maria-Chapdelaine et le Conseil des Montagnais de la communauté de Masteuiash), la MRC Domaine-Du-Roy est en flagrant conflit d'intérêts.

    La loi (article 18. 2 c) oblige le demandeur, une MRC, d’une désignation de statut de "paysage culturel patrimonial", selon les critères qui s'appliquerait à la chute en vertu de l'article 2 de la Loi, à consulter la collectivité concernée.

    Le MCCQ parle d'une « approche participative ascendante », basée sur TOUS les acteurs concernés. En octobre, la MRC Domaine-du-Roy a refusé à des citoyens l'idée même de présenter une demande de désignation de ce nouveau statut.
    La loi, dite d'"intérêt public", est dès lors violée dans son esprit. C'est un non-sens.

    Demander une révision du statut patrimonial équivaudrait pour la MRC à donner la possibilité aux opposants de faire avorter le projet de petite centrale. Si le projet de centrale va de l’avant, les citoyens ne pourront plus demander ce nouveau statut patrimonial pour la chute, par le biais de la MRC, car l’intégrité physique de celle-ci sera irrémédiablement attaquée par un le barrage souhaité par la même MRC.

    En se limitant aux éléments patrimoniaux régis par l’ancienne loi, le ministère ne tiendra pas compte de la « révolution culturelle » qu’il veut implanter avec la nouvelle loi. Le champ est maintenant libre pour s’attaquer physiquement au principal élément qui fait du site un paysage culturel patrimonial: la chute.

    Le ministre commettra une grave erreur, en autorisant ce projet.

    Le Conseil du patrimoine se dit neutre, mais cautionne des anomalies dans la loi. Nous l'avons prouvé, mais il ne nous prend pas au sérieux. Nous assistons à un vol patrimonial.

    • Jean Bédard - Inscrit 8 décembre 2012 11 h 04

      Le vol du patrimoine - Je souscris tout à fait à vos propos, M. Leclerc. Dommage que le lorsque les mégaparcs éoliens en milieux habités dénaturent le paysage de communautés non consultées et flouées par la collusion avec les élus, on n'entend aucun artiste ou groupe environnemental s'indigner le moindrement. Kinnear's Mills est un site patrimonial dont Mme St-Pierre n'avait cure. Aucune chemise n'a été déchirée devant la vache sacrée qu'est l'éolien pour Bélisle, Mayrand et Cie. N'importe où, n'importe comment. Pourvu que ça tourne. Même sous perfusion financière comme votre barrage. Mais des citoyens, c'est pas comme une rivière. Ils n'ont qu'a déménager... À se... barrer, quoi.

  • François Ricard - Inscrit 7 décembre 2012 06 h 07

    Un barrage pour les amis

    Nous sommes en pleine crise financière.
    Nous coupons dans tous les services.
    Par ailleurs nous permettons à un petit groupe de construire un barrage et nous forçons Hydro-Québec à acheter au gros prix l'énergie générée qui est absolument inutile.
    Comme M. Charest a fait pour ses amis propriétaires d'éoliennes.
    Plus ça change, plus c'est pareil. Et nul doute que Legault ferait de même.

    • Martin Blais - Inscrit 7 décembre 2012 18 h 16

      Abolissons la démocratie et instaurons l'anarchie alors M. Ricard !

      ... dire simplement que tout le monde est pourri ne fait pas avancer le débat ! Vous pouvez être pour ou contre le projet, mais de grâce, avancez des arguments et sortez un peu des lieux communs.

      Dans le cas présent, je ne crois pas que le problème soit d'ordre financier, mais patrimonial. La rivière et la chute en question ne sont pas situées dans le grand nord à l'abri des regards, mais dans un village. Il me semble évident que l'aspect esthétique de ce lieu doit être préservé.

  • Jean-François Robert - Abonné 7 décembre 2012 07 h 17

    Paradoxe


    Or pendant ce temps : un projet de réserve aquatique sur la rivière Ashuapmushuan est sur "la tablette". Cette proposition d'aire protégée implique les mêmes partenaires que ceux réunis pour le projet de barrage à Val Jalbert. Il a aussi fait l'objet d'audiences publiques à l'issu desquelles le BAPE a donné un avis favorable.
    Il y a lieu de se demander pourquoi ces mêmes partenaires réunis au sein de la Société de l'énergie communautaire du Lac St-Jean, n'arrivent pas à s'entendre sur un projet utile (Ashuapmushuan) alors qu'ils s'entendent pour construire un barrage dont nous n'avons pas besoin sur la Ouiatchouan.

    • Pierre Leclerc - Inscrit 7 décembre 2012 07 h 55

      Il faudrait aussi poser la question au caucus péquiste.

      La ministre Martine Ouellet estime aujourd'hui que c’est un «scandale» qu’Hydro-Québec achète de l’énergie dont elle n’a pas besoin mais elle affirme que la mini centrale hydro-électrique de Val-Jalbert constitue un cas particulier pour le gouvernement ? Quelle blague !

      Va falloir que l'on m'explique longuement cet illogisme, qui ressemble étrangement à celui du député de Roberval, Denis Trottier, qui se dit CONTRE une centrale sur la rivière Ashuapmushuan parce qu'il y a des surplus énergétiques au Québec, mais pour POUR sur la rivière Ouiatchouan malgré les mêmes surplus...

      Le même Trottier qui, il y a une dizaines d'années, concluait le film Rivières d'argent, par ces mots:

      "Moi ce que je voudrais là, c'est un programme de mise en valeur des sites naturels. C'est ça qu'on a besoin au Québec. Pas un programme de destruction massif des sites naturels ! Ca marche pas. On va mettre la chicane partout au Québec pour une poignée de trente sous dans chacune des villes et des villages ? On n'a pu aucun sens du sacré ! Y a pu rien de sacré."

    • Jean Bédard - Inscrit 8 décembre 2012 11 h 22

      Et moi, j'aimerais bien une Charte dy paysage, comme le PQ s'était déjà engagé... à le faire. Mais pas après que tout aura été massacré.

  • jacques gelineau - Abonné 7 décembre 2012 07 h 33

    Blanc bonnet bonnet blanc

    Ce gouvernement Libéral de Pauline Marois qui a laissé croire a la population qu'ils étaient différents des Libéraux, coupe tout azimute dans l'administration publique pour en faire ue saine gestion. Alors pouvez nous nous expliquer cette logique de couper des services a la population et en même temps accepter des projets de minicentales auquels se raccordent des contrats déficitaires pour la société d'état Hydro Québec qui est déjà pas mal amoché avec tout ses choix par le passé qui ne facvorisais que les firmes de géniconseil et les constructeurs de barrages? Les choix démontrent clairement que le parlement est encore dans Charlevoix.

    • Martin Allard - Abonné 7 décembre 2012 11 h 51

      Au début du documentaire ''Chercher le courant'', on peut lire la citation suivante, extraite de l'autobiographie d'un certain Jean Charest:'' Je dis souvent qu'il ne faut jamais sous-estimer la capacité des gouvernements de se tromper''. Le gouvernement de Mme Marois, à quelques exceptions près (dont M.Gaudreault) perpétue la tradition.

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 7 décembre 2012 07 h 42

    Traditionnelle connerie

    En somme, la rivière coulera quant il y aura une centaine de gogos pour la regarder et elle s'assèchera quand sera terminée la saison des touristes. De plus, Val Jalbert deviendra un «centre d'interprétation en lien avec l'histoire»: on apprendra de quoi avait l'air le lieu avant qu'on le détruise.

    Que de telle coneries émanent du ministère de la Culture ne devrait pas étonner. Parce qu'il sait traditionnellement compter sur l'appui du milieu culturel, le Parti québécois a toujours considéré la culture comme quantité négligeable (sauf dans ses discours), trop occupé à se dédouaner auprès des milieux économiques.

    Desrosiers
    Val David

    • Jean-François Robert - Abonné 7 décembre 2012 09 h 45

      Val Jalbert est déjà le lieu d'un échec industriel du début du 20 eme siècle. S'il y a, annexé au projet actuel de barrage, un centre d'interprétation, ce pourrait en être un de l'"Inutile"...pour faire virer l'économie.

      JF Robert

    • Martin Allard - Abonné 7 décembre 2012 11 h 40

      Administré comme il l'est depuis des décennies, c'est le Lac-St-Jean au complet qui deviendra fantôme avant longtemps. Ce projet de mini-centrale, dans le contexte de surplus énergétique actuel, en est plutôt un de sous-dé
      veloppement durable.