Saguenay–Lac-Saint-Jean - Feu vert de Marois à une minicentrale à Val-Jalbert

L’idée de construire un barrage sur la rivière Ouiatchouan a refait surface à la suite de la décision du gouvernement Charest, en 2009, de permettre le développement de nouveaux projets hydroélectriques communautaires ou autochtones.
Photo: Yves Nadeau - Fondation Rivières L’idée de construire un barrage sur la rivière Ouiatchouan a refait surface à la suite de la décision du gouvernement Charest, en 2009, de permettre le développement de nouveaux projets hydroélectriques communautaires ou autochtones.

C’est la consternation chez les opposants au projet de construction d’une centrale hydroélectrique sur la rivière Ouiatchouan, dans le village historique de Val-Jalbert. La première ministre Pauline Marois a offert lundi un appui sans réserve aux promoteurs de l’aménagement du cours d’eau, tout en promettant que le tout ira de l’avant rapidement.

Selon la chef péquiste, la construction d’un barrage dans un secteur classé site historique par Québec est « un exemple porteur de partenariat entre autochtones et non-autochtones ». Mme Marois, qui participait à une rencontre avec des représentants de l’Assemblée des Premières Nations du Québec au Sommet sur les territoires et les ressources, a d’ailleurs précisé que le projet aurait le feu vert de son gouvernement « sans délai ». Selon certaines informations qui circulaient lundi, l’approbation officielle pourrait être annoncée dès mercredi.


L’annonce de Mme Marois, non prévue, a d’autant plus surpris que la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, avait refusé il y a moins d’un mois de s’avancer sur la suite des choses. Sans prendre officiellement position, elle avait alors rappelé que Québec devait réfléchir à la pertinence d’acheter davantage d’électricité alors que les surplus d’Hydro-Québec sont déjà significatifs. Le cabinet de Mme Ouellet n’a pas rappelé Le Devoir lundi afin de préciser sa position.


Le projet de 16 mégawatts est porté par la Société de l’énergie communautaire du Lac-Saint-Jean, qui regroupe les MRC du Domaine-du-Roy et de Maria Chapdelaine, mais aussi le Conseil des Montagnais du Lac-Saint-Jean. Bernard Généreux, préfet de la MRC du Domaine-du-Roy et candidat péquiste défait aux dernières élections, a d’ailleurs défendu le projet. L’été dernier, il avait aussi salué le rapport favorable produit par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement. L’organisme s’était montré satisfait des mesures d’atténuation proposées par les promoteurs pour le débit du cours d’eau, tout en estimant que les impacts sur le village historique de Val-Jalbert, attraction touristique importante de la région du Saguenay -Lac-Saint-Jean, seraient minimes. Les coûts totaux de construction sont évalués à 53 millions de dollars.

 

Décision précipitée


La Fondation Rivières a dénoncé lundi l’appui formulé par Pauline Marois quelques jours à peine après le départ précipité du ministre du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs, Daniel Breton. « C’est précipité, alors que le ministre de l’Environnement vient tout juste d’être démis de ses fonctions. Je ne suis pas certain que [Mme Marois] a pris connaissance des arguments qu’on a présentés à Daniel Breton au cours des dernières semaines », a fait valoir Pierre Leclerc, qui est aussi impliqué au sein de la Coalition pour la sauvegarde de la chute Ouiatchouan au site historique de Val-Jalbert. La semaine dernière, la Fondation Rivières et Nature Québec ont demandé de nouveau à Québec de mettre fin au projet de minicentrale.


M. Leclerc a également souligné que le secteur visé pour le développement est reconnu et classé par le gouvernement du Québec comme site historique. Dans ce cas, en vertu de la nouvelle Loi sur le patrimoine culturel, le ministre de la Culture et des Communications devrait, selon lui, se prononcer dans ce dossier. Or, le ministre Maka Kotto n’a rien fait en ce sens, a fait valoir M. Leclerc.


Des Innus de la communauté de Mashteuiatsh ont aussi dénoncé le projet. D’où la consternation suscitée par les propos tenus lundi par Mme Marois. « Je suis bouche bée, a laissé tomber Michael Paul, qui a notamment appuyé la Coalition pour la sauvegarde de la chute Ouiatchouan. Ça me touche profondément, parce que c’est le territoire qui est touché, c’est une rivière qui est “harnachée”. Et la rivière Ouiatchouan est un lieu historique qui a été occupé par mes ancêtres. C’est un territoire ancestral. »


M. Paul a rappelé qu’en raison de la dérivation des eaux vers les turbines, la rivière devrait être pour ainsi dire asséchée sur une distance de près d’un kilomètre. Les promoteurs se sont engagés à maintenir un « débit esthétique » de 7 m3/s durant les périodes de fréquentation touristique. En dehors de ces moments, le débit de la chute sera ramené à 0,3 m3/s. On ignore à quoi ressemblera alors la chute qui se trouve en plein coeur du village historique. Mais en temps normal, le débit de la rivière à cet endroit peut varier entre 12 et 20 m3/s.


« C’est une injustice, a ajouté Michael Paul. Ce sont des décisions qui sont prises sans l’appui de la population, au nom des autochtones. Leur seul langage, c’est celui des investissements et des projets des entreprises, au détriment du territoire. On devrait plutôt prioriser la langue, la culture, la protection du territoire et sa mise en valeur. Mme Marois parle de créer des partenariats avec les Premières Nations, mais elle le fait surtout avec les promoteurs. »


L’idée de construire un barrage sur la rivière Ouiatchouan a refait surface à la suite de la décision du gouvernement Charest, en 2009, de permettre le développement de nouveaux projets hydroélectriques communautaires ou autochtones. Le problème est que, depuis, le prix auquel Hydro-Québec peut espérer vendre de l’électricité aux États-Unis a reculé. Il se situe présentement entre 5 ¢ et 6 ¢ le kilowattheure, notamment en raison de la croissance importante de la production énergétique en sol américain. Or, la Fondation Rivières évalue que l’électricité produite sera vendue à 8 ¢ le kilowattheure, sans compter les coûts de transport. Tout cela dans un contexte de surplus.


Le président de la Société de l’énergie communautaire du Lac-Saint-Jean, Denis Taillon, a salué la décision de la première ministre. Il estime d’ailleurs que les travaux de construction de la centrale et du barrage pourraient débuter à peine quelques jours après le feu vert de Québec. Malgré les critiques, il a soutenu lundi que le projet n’aurait « aucun impact négatif sur l’attractivité du site » de Val-Jalbert. Selon lui, la centrale sera même un élément qui augmentera l’achalandage dans la région.

52 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 4 décembre 2012 02 h 20

    Le PQ va finir par me faire regretter la démission de Breton


    Cou donc..

    Allons-nous foutre un barrage sur le moindre ruisseau qui coule au Québec?

    Une autre aberration du Parti québécois.

    On se croirait revenu au Parti libéral !

    Le PQ va finir par me faire regretter la démission de Daniel Breton...

    Christian Montmarquette
    QS-Montréal

    .

    • Anne-Marie Courville - Abonnée 4 décembre 2012 08 h 17

      Avant de parler, il faut connaître le sujet et M. Montmarquette devrait parler de ce qu'il connaît.

    • Christian Montmarquette - Abonné 4 décembre 2012 11 h 43

      À Chantale Desjardins,

      J'en sais assez long pour savoir que le Québec est déjà en surplus hydro-électrique au Québec, et qu'on a pas besoin de sacager nos derniers cours d'eau naturels pour satisfaire nos besoins.

      - CM

    • Jean Bédard - Inscrit 4 décembre 2012 11 h 52

      Le fait qu'en plus, il n'y ait pas de consensus au sein de la communauté autochtone démontre une décision hâtive et prématurée. Pas besoin de connaître tous les aléas du dossier pour voir que c'est une décision précipitée. On pensait s'être débarassé de ce mode de fonctionnement en écartant le parti libéral. Je trouve pour le moins inquiétante cette initiative à la va-vite...

    • Denis Lebel - Abonné 4 décembre 2012 15 h 51

      Une autre aberration qui ne fait pas avancer les débats réside malheureusement dans ces commentaires qui sont du même ordre que les cibles visées, soit démagogiques et surtout démontrant le manque de compétence de certains interlocuteurs. On ne fait voir qu'une facette du problème. Je ne crois pas que ces commentaires à chaud et sans recul fassent avancer les choses. Au contraire !

    • Christian Montmarquette - Abonné 4 décembre 2012 20 h 45


      À Denis Lebel,

      Les surplus d’électricité d’Hydro-Québec avoisinent près de «25%» de notre consommation annuelle. Et le prix obtenu par Hydro-Québec pour chaque kilowatt vendu à l’extérieur du Québec est passé de 9,0 ¢ en 2008 à 4,7 ¢ en 2011.

      Il me semble que ça devrait vous allumer une lumière..

      - CM

      ,

  • Jean Régnier - Abonné 4 décembre 2012 02 h 30

    Ah non!!!

    Ça suffit les barages! Allons vers d'autres voies : incitatif à réduire la consommation d'énergie, promotion d'une énergie propre. Car l'hydroélectricité est loin d'être propre. On peut-tu lâcher les impréatifs économique à court terme et envisager le développement sur du long terme!?!

    • Anne-Marie Courville - Abonnée 4 décembre 2012 08 h 17

      L'un n'empêche pas l'autre...

  • Serge Marchand - Inscrit 4 décembre 2012 04 h 00

    Du pareil au même !

    Une fois nommée à la tête du gouvernement, tous les partis politiques se ressemblent. i.e) travaillant pour certains lobbyistes.

    • Anne-Marie Courville - Abonnée 4 décembre 2012 08 h 18

      La politique n'est que du chiâlage et on commence à avoir notre voyage...

  • hugo Tremblay - Inscrit 4 décembre 2012 05 h 36

    Aucun impact?

    C'est un endroit que j'ai souvent fréquenté mais on ne m'y reverra plus.
    Me $$ de touriste iront ailleurs, et pas dans cette région.

    • Martin Lafortune - Inscrit 4 décembre 2012 09 h 59

      Vous avez entièrement raison!!

      De même, mon vote ira ailleurs, si ce n'est pas moi qui ira ailleurs! Plus capable de cette province!

  • Francois Gagnon - Inscrit 4 décembre 2012 05 h 55

    Des petits "cadeaux" qui ne font aucune différence

    Des petits cadeaux aux municipalités et conseils de bande qui ne sont qu'une goute dans l'océan de la capacité de production d'HQ.

    Comme le Provincial a pelleté des charges aux municipalités sans donner des pouvoirs de perception fait que le Provincial se sent obligé de sacager notre patrimoine sous prétexe qu'individuellement ces barrages ne sont que de petites blessures. Le problème c'est que la somme de toutes ces petites blessures en est une grosse, un processus initié sous le Libéraux.

    Ces projets de mini-centrales sont aussi des pièges à cons où HQ paie trop cher pour cette électricité (lire subvention au dépend des clients d'HQ qui voient leur tarifs augmenter sous le PQ) et des municipalité et conseil de bande qui s'endettent pour des décennies pour devenir des exploitants de mini-centrales. Bien sur ils ont accès à de bonnes firmes de génie conseil qui pigent ds la caisse pour la conception, la construction et l'exploitation de ces mini-centrales mais laisse des charges fiscales à perpétuété pour les munipalités , conseil de bande et ultimement le Provincial qui est le cautionneur de ces derniers. Probablement que tout cela comme bien d'autres choses est décidé ds ces "pinces fesses" par nos pas trop nobles ds des endroits comme ce fameux club privé mentionné récemment à une certaine commission d'enquête.

    Pour les conseils de bande qui se proclament (lorsque cela fait leur affaire) des environnementalistes intégristes, il est triste de constater que pour quelques $ leur principes passent à la benne.