Un système d’ozonation est nécessaire pour guérir un fleuve surmédicamenté

Les médicaments continuent de s’accumuler dans le Saint-Laurent et d’en affecter la faune.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Les médicaments continuent de s’accumuler dans le Saint-Laurent et d’en affecter la faune.

La seule et unique station d’épuration des eaux usées de Montréal ne retient pas les substances médicamenteuses qui sont présentes dans les eaux d’égout. Seul un système d’ozonation permettrait d’en réduire les concentrations. En 2008, la Ville de Montréal annonçait qu’elle équiperait sa station d’épuration d’un tel système de désinfection d’ici 2015. En attendant, les médicaments continuent de s’accumuler dans le Saint-Laurent et d’en affecter la faune.

Mardi, la Fondation David Suzuki invitait les médias à assister à la conférence donnée par Sébastien Sauvé, professeur de chimie environnementale à l’Université de Montréal, sur les impacts des médicaments dans l’environnement. M. Sauvé a d’abord rappelé que son équipe a mesuré des concentrations non négligeables d’antibiotiques, d’antidépresseurs, d’hormones féminisantes, d’anti-inflammatoires, d’antiépileptiques, de médicaments anticancéreux et de caféine dans les eaux usées sortant de la station d’épuration de Montréal. Il a aussi indiqué que ces concentrations étaient sensiblement les mêmes que celles observées dans les eaux d’égout qui entrent dans la station d’épuration, soulignant du coup l’inefficacité de la station montréalaise à retirer ces substances médicamenteuses.


L’équipe de M. Sauvé a ainsi relevé que la concentration totale de tous les antibiotiques qui se retrouvent dans les eaux usées était suffisante pour induire une résistance des bactéries - présentes dans les cours d’eau - aux antibiotiques. Que les concentrations d’antidépresseurs retrouvées dans le foie et le cerveau des truites étaient particulièrement élevées et entraînaient des ralentissements dans l’activité synaptique des neurones cérébraux. Que les concentrations de divers perturbateurs endocriniens (anovulants, hormones de remplacement pour la ménopause, pesticides organochlorés, plastifiants, phytooestrogènes sous forme de soya) induisaient des troubles de la reproduction, voire une féminisation des poissons et des moules, et participaient vraisemblablement à la survenue de plus en plus précoce de la puberté chez les jeunes filles, ainsi qu’à la baisse de la fertilité chez les hommes. M. Sauvé a également souligné les possibles risques découlant d’une «exposition chronique» à ces différents médicaments qui pourraient «interagir entre eux en synergie».


Sébastien Sauvé et ses collègues ont également détecté des traces de plusieurs de ces mêmes médicaments dans l’eau potable, mais à des concentrations minimes qui ne présentent heureusement aucun « risque démontré pour la santé humaine ». Par exemple, la concentration de l’herbicide atrazine qu’ils ont mesurée s’élevait à environ 390 nanogrammes (ng) par litre dans le pire des cas, alors que la norme à ne pas dépasser pour l’eau potable est de 4 μg par litre (ou 4000 ng/l) au Québec. En Europe, la norme est toutefois beaucoup plus stricte, puisqu’on n’y tolère que des concentrations inférieures à 100 ng/l.


Selon M. Sauvé, un système d’ozonation permettrait d’éliminer 95 % des molécules médicamenteuses qui polluent actuellement les eaux usées du Saint-Laurent. En janvier 2008, la Ville de Montréal annonçait opter pour la mise en place d’un système d’ozonation à sa station d’épuration et signait un protocole de financement avec Québec pour la réalisation du projet d’ici 2015. « Le projet avance bien et respecte l’échéancier que l’on s’était fixé. Comme il s’agit de la plus grande station d’épuration du monde à implanter un système d’ozonation, le projet nécessite différents essais et calibrations qui ont été effectués. Nous rédigeons actuellement les documents pour procéder à un appel d’offres qui sera lancé en 2013 », a précisé au Devoir Philippe Sabourin, relationniste à la Ville de Montréal.

2 commentaires
  • Mireille Langevin - Inscrite 28 novembre 2012 08 h 44

    Le choix

    Si les corrompus de la ville de Montréal n'avaient pas volé l'argent des contribuables , on pourrait boire de l'eau propre.

  • Franck Perrault - Inscrit 28 novembre 2012 10 h 00

    A qui on refile la note!!!

    Est-ce le prix à payer pour se faire soigner? Est-ce le prix à payer pour une agriculture qui pollue?
    Finalement, qui paie? Tout le monde, bien sûr!
    S"élever contre les médicaments serait ridicule, mais ne pas remettre en question une médecine sur-médicamentée, avec ses lobbies de l'industrie pharmaceutique qui pousse derrière pour cette sur-médicamentation est juste aberrant. Coûts de santé qui augmentent, côuts externes pour dépolluer nos eaux qui coûtent une fortune.
    Quant à l'agriculture, on dit toujours l'agriculture bio est plus chère, mais faut arrêter de laisser de côté les frais externes comme la dépollution, les impacts sur la santé. Tout cela a un coût....énorme....et pour tous!
    Prenons l'exemple de Munich qui depuis plusieurs années à fait reconvertir l'agriculture en bio de tout son bassin versant alimentant en eau cette ville. Un coût de dépollution divisé par 30 pour Munich. Soit autant d'argent qu'on économise pour investir dans des domaines utiles comme les transports publics, une reconversion progressive des agriculteurs conventionnels au bio.
    Qui profite de telles mesures? TOUS. Financièrement, et sur le plan de la santé. Et oui, l'agriculture bio est aussi productive que le conventionnel. Voir le dernier documentaire de Marie-Monique Robin, "Les Moissons du futur", ainsi que des rapports de la FAO.

    C'est marrant, tout ça, c'est comme la crise financière, on privatise les profits et on mutualise les pertes! Quelle belle philosophie de solidarité!