Ceinture verte: le Grand Montréal aura besoin de l’aide de Québec

Sans une intervention directe du gouvernement du Québec, il ne sera jamais possible d’accroître substantiellement la part du territoire protégé dans la région de Montréal, comme le prévoit en théorie le Plan métropolitain d’aménagement et de développement adopté l’an dernier. C’est du moins l’avis du Mouvement ceinture verte, une coalition de groupes environnementaux qui presse le Parti québécois de s’engager sur la voie de la protection des milieux naturels.


« La ceinture verte ne pourra pas se faire sans une volonté politique clairement exprimée, mais il faudra aussi qu’on dégage des ressources pour soutenir les municipalités et l’acquisition de connaissances. C’est un dossier national », a insisté Christian Simard, directeur général de Nature Québec, jeudi.


« Il ne faut pas que Québec rejette la responsabilité sur la Communauté métropolitaine de Montréal, qui a besoin de l’appui du gouvernement », a ajouté Karel Mayrand, directeur pour le Québec de la Fondation David Suzuki. Selon lui, il faudrait d’ailleurs que Québec accorde un statut légal à ce projet de maintien de secteurs naturels.


L’idée de cette « ceinture » est en fait de développer tout un réseau de milieux naturels et agricoles qui seraient protégés du développement effréné que subissent Montréal et sa périphérie. La coalition souhaite qu’une telle initiative soit légalement reconnue d’ici 2014 et que d’ici 2020, elle soit intégrée dans les politiques et règlements d’aménagement du territoire.


Mais un tel projet nécessitera un virage pour le moins significatif dans la façon de concevoir le développement dans la région la plus peuplée du Québec, marqué depuis des années par l’étalement urbain, la disparition des milieux humides et celle des zones boisées.


Le Plan métropolitain d’aménagement et de développement prévoit la protection éventuelle de 17 % du territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). La marche risque d’être très haute pour certaines municipalités. C’est le cas de Laval, dont moins de 1 % du territoire est actuellement protégé. La Ville s’était bien engagée à accroître la superficie préservée de l’appétit des promoteurs, « mais rien n’a été fait », a lancé Guy Garand, directeur du Conseil régional de l’environnement de Laval. À l’inverse, Longueuil est davantage sur la bonne voie, puisque 13 % du territoire est protégé. C’est ainsi que la municipalité a notamment pu sauver des zones essentielles à la survie d’espèces menacées par le développement immobilier et commercial, dont la rainette faux-grillon.


Les membres de la coalition ont en outre tenu à réfuter l’idée que la protection de territoires soit nuisible aux municipalités. Selon eux, elle constitue en fait un investissement qui permettrait par la suite de tirer des revenus significatifs et à long terme. Patrick Asch, porte-parole du groupe Héritage laurentien, a ainsi rappelé que les investissements liés aux activités de plein air et de nature se chiffrent à près de deux milliards de dollars par année dans la région de Montréal. Qui plus est, « l’écotourisme est un secteur économique en pleine croissance ». Une tendance qui est là pour durer, selon lui.


Guy Garand a aussi insisté sur les coûts associés au développement urbain tel qu’il se pratique depuis des décennies au Québec. « Combien coûte l’impact du développement des promoteurs sur les milieux naturels et la société ? Nous n’en avons jamais tenu compte. Pourtant, on construit des zones industrielles, des centres d’achats, on détruit les milieux naturels et il y a un coût à ça. »


Reste que s’il veut convaincre les 82 municipalités de la CMM d’oeuvrer pour une plus grande protection de leur territoire, le gouvernement du Québec devra probablement revoir la fiscalité municipale. Celles-ci peuvent en effet être tentées de favoriser le développement au détriment de la protection, afin de retirer des revenus supplémentaires. « Le gouvernement du Québec a un rôle à jouer afin de donner aux municipalités les moyens d’assurer leurs fonctions tout en protégeant davantage leur territoire », a fait valoir la directrice générale du Conseil régional de l’environnement de Montréal, Coralie Deny.


Et le signal devra intervenir rapidement, puisque les 14 MRC de la CMM devront adopter leurs schémas d’aménagement d’ici la fin 2013. Par la suite, les 82 municipalités devront se pencher sur l’élaboration de leur prochain plan d’urbanisme. Une étape déterminante pour savoir comment se traduira l’objectif théorique de protection de 17 % du territoire.


Le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs n’a pas répondu aux questions du Devoir jeudi.

7 commentaires
  • Marie-M Vallée - Inscrite 23 novembre 2012 07 h 32

    Pas une cenne noire pour Montréal

    J'espère que le gouvernement n'enverra pas d'argent à Montréal, même pour la protection de l'environnement, car il risque de disparaître entre les mains des voleurs patentés montréalais, où les complices sont nombreux... et toujours en liberté.

    L'argent du gouvernement, c'est l'argent de tous les Québécois, y compris ceux en régions.

    Que le Vaisseau amiral montréalais !! fasse le ménage avant de réclamer des $$$$$.

    Pas une cenne noire tant qu'il n'y aura pas de ces voleurs derrière les barreaux. Rien de moins.

    • France Marcotte - Abonnée 23 novembre 2012 19 h 42

      Que dites-vous là?

      Vous mélangez tout.

      Vous n'aviez jamais entendu parler de ce Plan métropolitain d’aménagement et de développement adopté de chaude lutte l’an dernier?

    • André Bastien - Abonné 23 novembre 2012 21 h 38

      Une des solutions proposées est la création d'un fonds de protection des milieux naturels séparé des autres fonds de la ville de Montréal ou de la Communauté Métropolitaine de Montréal; de cette façon on peut mieux s'assurer que l'argent va bien à la protection des milieux naturels.

      De plus, les acquisitions de terrains peuvent à la limite se régler en cours où c'est un juge qui établit la valeur d'un terrain à acquérir.

      Mais c'est certain que la population doit toujours rester vigilante quand il est question de gros sous!

  • France Marcotte - Abonnée 23 novembre 2012 19 h 45

    Un fugace éclair de ce que sera l'avenir

    «L’idée de cette « ceinture » est en fait de développer tout un réseau de milieux naturels et agricoles qui seraient protégés du développement effréné que subissent Montréal et sa périphérie.»

    Dans 20 ans, dans 50 ans?

    C'est réjouissant de penser qu'il risque encore d'arriver quelque chose de bien.

  • André Bastien - Abonné 23 novembre 2012 21 h 42

    Moratoire tant que les 17% ne sont pas protégés

    En fait, il faudrait un moratoire dès maintenant sur toute disparition de quelque milieu naturel que ce soit sur le territoire de la CMM, jusqu'à ce que les 17% à protéger soient identifiés et soumis à des contraintes légales adéquates.

    • France Marcotte - Abonnée 24 novembre 2012 04 h 06

      Oui, il en «faudrait» bien des choses.

    • André Bastien - Abonné 24 novembre 2012 23 h 34

      Il "faudrait" mais il existe bien de mécanismes que les administrations ont le droit d'utiliser pour atteindre les objectifs visés, exemple:

      Le Règlement de contrôle intérimaire (RCI)

      Le contrôle intérimaire permet à une MRC, une communauté métropolitaine ou une municipalité, selon le cas, de restreindre ou de régir la réalisation de nouveaux projets de lotissement, de construction ou de nouvelles utilisations du sol lors de l’élaboration, de la modification ou de la révision des outils de planification.