Old Harry - La pétrolière minimise toujours les risques

La plateforme de forage pétrolier Eirik Raude, au large de Terre-Neuve, conçue pour le golfe du Saint-Laurent.
Photo: La Presse canadienne (photo) Andrew Vaughan La plateforme de forage pétrolier Eirik Raude, au large de Terre-Neuve, conçue pour le golfe du Saint-Laurent.

Non seulement la société d’exploration néo-écossaise Corridor Resources ne prévoit aucunement revoir son modèle de déversement pétrolier dans le golfe du Saint-Laurent, mais elle compte sur la récente réforme de la Loi canadienne sur les évaluations environnementales pour forcer l’Office Canada-Terre-Neuve-et-Labrador des hydrocarbures extracôtiers (C-NLOPB) à boucler le dossier Old Harry d’ici juillet 2013. Une nouvelle qui ne cadre absolument pas dans le scénario prévu par la Coalition Saint-Laurent, qui s’attendait plutôt à ce que la société revoie de fond en comble son modèle.

« Nous prévoyons terminer notre évaluation au début 2013, a déclaré en entrevue Paul Durling, géophysicien en chef à Corridor Resources. Mais dans tous les cas, Old Harry a été défini comme projet désigné par la Loi sur les évaluations environnementales de juillet 2012. Un projet désigné se voit attribuer un échéancier dans lequel le gouvernement doit finir la révision d’une évaluation environnementale et, dans le cas d’Old Harry, cette révision doit être terminée en juillet 2013. Cette limite est imposée par la nouvelle loi. »


La réforme de la Loi canadienne sur les évaluations environnementales a été intégrée au projet de loi budgétaire C-38 et est entrée en vigueur le 6 juillet dernier. Elle impose un délai de 365 jours au gouvernement pour effectuer l’évaluation environnementale des projets « désignés », c’est-à-dire pouvant avoir un impact environnemental dans les domaines de compétence fédérale. Une telle limite de temps n’existait pas auparavant. À l’heure actuelle, on compte 16 projets désignés au Canada, y compris celui d’Old Harry.


En février 2011, Corridor Resources avait soumis au C-NLOPB une première description de son programme de forage à Old Harry. Son scénario de déversement de pétrole avait alors été vertement critiqué par Environnement Canada ainsi que par plusieurs organismes de la Coalition Saint-Laurent. Le C-NLOPB avait d’ailleurs soumis une liste de près de 120 pages de commentaires à Corridor, lui enjoignant de retourner à la table à dessin.


Or, Corridor persiste et signe : dans le cas d’un déversement, le pétrole que contiendrait Old Harry serait si léger que la nappe ne dépasserait pas les 20 km de rayon et s’évaporerait d’elle-même en quelques jours, voire quelques heures. Selon M. Durling, si Old Harry devait contenir du pétrole, il s’agirait à coup sûr d’un pétrole « ultraléger », « comparable au diesel ou à la gazoline ».


« Nous avons soumis de nouveaux documents à l’Office qui, à notre avis, confirment que la position de Corridor est correcte et que notre évaluation tiendra », a annoncé M. Durling.

 

Une mauvaise interprétation de la Loi ?


Quand il a entendu la nouvelle, le responsable du dossier à la Coalition Saint-Laurent, Sylvain Archambault, avoue « être tombé de sa chaise ». « Corridor est dans les patates », lance-t-il, surpris de la lecture que la société semble faire de la nouvelle loi. Bien au fait du délai de 365 jours que la réforme de juillet impose désormais à l’évaluation des projets désignés, il rappelle que celui-ci ne tient pas compte du temps que prend le promoteur lui-même pour recueillir les renseignements nécessaires à l’évaluation.


« Quand la loi est entrée en vigueur, le 6 juillet 2012, le compteur du projet Old Harry partait à zéro, consent-il. Mais à ce moment-là, la balle était dans le camp de Corridor, parce qu’elle avait à répondre aux recommandations d’Environnement Canada. Donc, le compteur n’est même pas parti encore. Corridor n’a même pas répondu à la première série de commentaires ! Le compteur, il va partir le jour où Corridor va déposer sa réponse. »


M. Archambault est d’autant plus surpris que le C-NLOPB a spécifiquement averti Corridor, dans une lettre datée du 12 juillet dernier et dont Le Devoir a obtenu copie, que « la période que prend le promoteur pour répondre à une exigence de l’autorité responsable en recueillant des renseignements et en complétant une étude n’est pas prise en compte dans le calcul de cette limite de temps ».


En outre, il est impossible, selon M. Archambault, que Corridor puisse déposer son étude d’impact finale au début 2013, comme l’affirme M. Durling. « Ils ont 120 pages de questions auxquels ils doivent répondre, constate-t-il. Mais ensuite, ça retourne aux ministères fédéraux, et là, c’est certain qu’il va y avoir une deuxième série de commentaires. Moi, je ne prévois pas de dépôt final avant l’été 2013. »


M. Archambault voit beaucoup de « bluff » dans les annonces de Corridor. Il en veut pour preuve les apparentes contradictions qui entourent son fameux modèle de déversement, que Corridor n’a d’ailleurs pas l’intention de revoir. D’un côté, ce modèle est exclusivement construit sur l’hypothèse d’un pétrole « ultraléger » qui se tiendrait à la surface des eaux, mais, de l’autre, le président de Corridor, Philip Knoll, admettait au printemps dernier au magazine Québec Science qu’on ne pouvait être certain de la nature du pétrole que contiendrait Old Harry : léger, lourd ou sulfureux.


Une incertitude que partage M. Durling lui-même. « Old Harry pourrait potentiellement contenir un milliard de barils de pétrole ou plusieurs billions de pieds cubes de gaz naturel, disait-il en entrevue. Mais on ne sait pas vraiment ce qui se trouve là, et on ne le saura pas avant d’avoir foré un puits. »


Il n’est d’ailleurs pas certain que Corridor aille de l’avant s’il s’agit de gaz naturel et non de pétrole. Dans les 50 dernières années, une dizaine de puits ont été forés dans le golfe. Aucun n’a permis de localiser des réservoirs de pétrole.


Corridor a acquis son permis d’exploration sur Old Harry en 2008. Elle a jusqu’en janvier 2015 pour forer, à défaut de quoi elle pourrait le perdre. Par ailleurs, l’étude environnementale stratégique que mène, depuis 2005, le C-NLOPB dans la portion du golfe où se trouve Old Harry ne remet pas en cause ce permis. Elle pourrait, par contre, resserrer les exigences environnementales d’un éventuel projet de forage. On en attend les conclusions au printemps 2013.

9 commentaires
  • Daniel Bérubé - Abonné 22 octobre 2012 10 h 12

    À tenir compte aussi, la température de l'eau...

    Professeur à l'UQAR (Rimouski), Émilien Pelletier a expliqué à la SRC l'effet de la température de l'eau sur du pétrole déversé...

    À ce moment, des déversements important avaient lieu dans le Golfe du Mexique; il expliquait qu'une situation semblable (déversement) aurait des effets bien différent si elle se produisait dans le fleuve ou dans le golfe du St-Laurent... et ce, simplement dû à la température de l'eau. La température de celle du Golfe du Mexique était dans les 20 ou 25 degrés cel., ce qui favorisait de beaucoup l'évaporation. Par contre, la température de l'eau dans le fleuve St-Laurent ou dans le golfe du St-Laurent, il en est bien autrement... et le temps nécessaire à l'évaporation n'était comparable d'aucune façon, et ceci pour un pétrole comparable.

    Mais... ne comptons plus sur le fédéral pour nous protéger en ce sens...

  • Chris Lavallée - Inscrit 22 octobre 2012 12 h 44

    Et les environnementalistes ...

    Si les pétrolières minimisent les risques, c'est qu'ils s'appuient sur des arguments scientifiques vérifiables et parfois discutables. Mais ils ne sont jamais très loin de la réalité.

    D'un autre côté (si on est objectif et ouvert d'esprit) il faut aussi réaliser que les environnementalistes sociaux exxagèrent de beaucoup les risques et agissent la plupart du temps comme des alarmistes. Eux par contre, ils ne se basent pas sur la science mais généralement sur des arguments fictifs, émotifs et la plupart du temps totalement irrationels.

    Un homme comme Lucien Bouchard est suffisament intelligent pour ne pas dire des bêtises et faire la différence.

    • André Michaud - Inscrit 23 octobre 2012 11 h 19

      Nommez moi un seul environnementaliste qui ne veut pas du pétrole et des milliers de produits dérivés (plastique etc..)..

      Ils veulent tous ces produits et leur essence au plus bas prix, mais la pollution inhérente à toute industrie doit rester ailleurs, dans d'autres pays...très très égo trip et pas dans ma cour!

      Des discours plein de clichés romantiques déconnectés de la réalité. Comme si ces gens ne faisait aucune pollution eux-même !!!

      Être pour une exploitation du pétrole fait avec plus de mesures sécuritaire me semble sage, mais vouloir éliminer l'exploitation ici, tout en achetant pétrole et tous ses dérivés venant d'ailleurs est bien loin de la sagesse. Faites ce que je dis, pas ce que je fais?

    • Éric Cyr - Inscrit 24 octobre 2012 09 h 35

      @André Michaud

      "Nommez moi un seul environnementaliste"... MOI! et bien d'autres...


      Tous les plastiques représentent un petit 4% de la consommation du sale pétrole, et ces plastiques pourraient avantageusement être produits à base de fécules de maïs et de pomme de terre, par exemple.

      En passant, tous les humains qui désirent vivre dans un milieu sain et exempt de pollution SONT des environnementalistes.
      Seuls les fous auto-destructeurs et les actionnaires rapaces des grands pollueurs prêchent pour l'utilisations des carburants fossiles, parce qu'ils font des profits indécents dans un marché mondial captif.

      Dites-moi M. Michaud, avons-nous le choix d'utiliser ou non des moyens de transports sans pétrole??
      Mis à part de rares, de dispendieux et ridiculement peu performants véhicules hybrides et électriques, Le Cartel nous IMPOSE de consommer la m... noire!
      Je le fais comme tout le monde mais je ne me sens aucunement coupable car nous n'avons aucune autre solution raisonnable pour l'instant.

      Les solutions vertes et gratuites existent et n'ont rien de "clichés romantiques déconnectés de la réalité" ce que vous tentez de faire croire... Ces solutions sont étouffées de routine par les puissants lobbies des hydro-carburiens qui font pression sur la presse et la politique depuis de nombreuses décennies, avec de fabuleux moyen$.

      Et la pollution générée par les activitées des individus n'a aucune commune mesure avec les titanesques émissions des pétrolières et de leurs produits dangereux.

      Les énergies du soleil et du vent sont gratuites, propres, sécuritaires et illimitées... et pour leurs malheurs, ne sont pas payantes pour le cartel de l'énergie.

      C'est LA raison pourquoi elles ne sont développées que marginalement.

      J'oppose le gros bon sens à votre "sagesse" des lobbies pétroliers.
      L'exploitation et la consommation d'hydrocarbures ne sera JAMAIS sans pollution et sans accidents pour l'environnement.

      Et pendant ce temps, on se dirige lentement vers un dérègle

    • André Michaud - Inscrit 25 octobre 2012 08 h 51

      @ Eric Cyr

      Avons-nous le choix d'utiliser ou non des moyens de transports sans pétrole?? Oui vous pouvez marcher et prendre votre vélo. Pour ce faire il suffit de demeurer près de votre travail, je l'ai fait pendant des années, au moins 20 ans. Si je l,ai fait, vous le pouvez aussi, je ne suis pas un héros.

      Pour l'instant les trucs moins polluants sont pour les riches ou insuffisants pour fournir les méga utilisateurs d'énergie que sont les nord américains comme nous. Je compte sur la Chine pour nous apporter des autos moins polluantes etc..à coût enfin accessible pour TOUS.

      Quand vous dites...Seuls les fous auto-destructeurs et les actionnaires rapaces des grands pollueurs prêchent pour l'utilisations des carburants fossiles, parce qu'ils font des profits indécents dans un marché mondial captif...Voila une affirmation gratuite.

      Il y a même des gens qui font des croisades pour ne pas avoir d'éolienne dans leur coin.

      Vous semblez aussi de ceux qui déresponsabilisent les citoyens et mettent tout sur le dos de l'industrie. Un très mauvais calcul. Tant que les citoyens seront des énergivores aucune énergie verte sera suffisante.

      N'attendez pas après l'industrie, étudiez en sciences et inventez et proposez leur des produits moins polluants à bon prix , et l'industrie vous suivra. Il y aura toujours quelqu'un pour vendre un produit moins polluant rentable.

    • Éric Cyr - Inscrit 25 octobre 2012 12 h 00

      @André Michaud

      "étudiez en science" Vous m'accusez d'ignorance? de quel droit osez-vous calomnier ainsi? Qu'en savez-vous? Vous voulez mon C.V.? Ah oui, je comprends, pour vous tous les écologistes sont des hurluberlus..

      C'est l'industrie qui a les lobbies, les milliards et le pouvoir de convaincre, c'est elle qui est la cause majeure de la pollution, c'est elle qui en est responsable à 90% et c'est elle l'ennemi de notre santé physique et environnementale.

      La technologie n'a pas besoin d'être inventée, elle existe depuis longtemps.

      L'industrie choisi toujours la technologie la plus payante pour elle-même et se fout éperdument de l'environnement en autant justement qu'elle puisse externaliser, échapper à ses responsabilités. Ce sont vos dires monsieur qui sont des affirmations gratuites.

      Une éolienne géante je n'en veux pas dans ma cour et elles n'ont pas besoin d'être dans la cour de personne. Nous avons de grands espaces, d'immenses territoires propices aux parc de ces monstrueuses éoliennes et le réseau de distribution déjà en place.

      Par contre une petite éolienne familiale silencieuse, ou une qui se marie au pignon des toitures (voir aeolta) où il y a toujours un vortex, j'en prendrais deux !

      Que diriez-vous d'une mini éolienne adaptée sur chaque pylône d'Hydro-Québec, sur chaque poteau, directement reliées au réseau qu'elles chevauchent... Personne n'y a pensé vous dites! Foutaises!

      C'est le cartel de l'énergie pour lequel vous écrivez, qui empêche l'énergie gratuite propre et illimitée pour tous, pas la technologie. Nombre de nos grands parents cultivateurs avaient des "moulins à vent" de métal durable pour pomper l'eau et moudre le grain. Il serait tellement simple d'y mettre une dynamo et remplir quelques piles d'énergie

      PROPRE

      ILLIMITÉE

      GRATUITE!

  • Pierre Vaillancourt - Abonné 22 octobre 2012 13 h 04

    Ben tanné...

    Comme l'écrivait Marie Savard, « chu ben tanné, tanné, tanné...» d'être Canadien.

    Chu ben tanné, tanné, tanné, d'être citoyen d'un pays qui ne me ressemble pas.

    Chu ben tanné, tanné, tanné, de ce pays qui met tout, absolument tout et n'importe quoi, devant les priorités environnementales.

    Puisqu'en Italie on envoie en prison pour 6 ans des scientifiques qui ont mal fait et même bâclé leur travail, les reconnaissant coupables d'avoir sous-estimé les risques avant le séisme meurtrier de L'Aquila, j'ai vraiment hâte qu'ici, dans ce plusse beau pays du monde comme disait l'autre, qu'on envoie en prison les politiciens qui auront fait disparâitre des normes de sécurité environnementale qui auraient pu permettre d'éviter une prochaine éventuelle catastrophe environnementale.

    Cela ne fera pas disparaître ladite catastrophe, mais peut-être que cela fera disparâitre les politiciens pour qui la recherche d'un développement durable et le souci de la protection de l'environnement sont des valeurs inexistantes.

    Ben tanné.

    • Yvan Dutil - Inscrit 23 octobre 2012 08 h 25

      Mauvais exemple. La décision italienne est d'une stupidité innommable; typique du Moyen-Âge.

    • Richard Gendron - Inscrit 25 octobre 2012 07 h 42

      Tout-à-fait d'accord. Le jugement de Marco Billi ressemble plus à une décision politique qu'à quoi que ce soit d'autre. Il n'y a pas lieu d'y accorder la moindre crédibilité. Ceci dit, la science est une entreprise en constante évolution, et on ne peut attendre des gens de science qu'ils ou elles aient toujours raison. Dans le cas des déversements, l'histoire nous démontre clairement qu'ils sont possibles, et la science nous dit, tout aussi clairement, qu'il est IMPOSSIBLE de réduire les risques à 0. La question devient : quels sont les risques acceptables ? Ou, est-ce que les bénéfices escomptés justifient de tels risques ? Le problème, bien entendu, c'est que ce ne sont pas les mêmes personnes qui doivent assumer à la fois les bénéfices et les risques, et l'environnement n'a pas la parole dans ce débat...