Gaz de schiste: l’exemple québécois

Un puits d’exploration de gaz de schiste à Saint-Édouard-de-Lotbinière, en 2009
Photo: Normand Blouin Jacques Boissinot Un puits d’exploration de gaz de schiste à Saint-Édouard-de-Lotbinière, en 2009

Le Québec a donné l’exemple à un grand nombre de pays qui se sont mobilisés, samedi, contre l’industrie des gaz de schiste, se réjouit André Bélisle de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) au lendemain de la toute première journée internationale contre la fracturation hydraulique.

« Il y a beaucoup de pays, dont la France, qui se sont inspirés de ce qui s’est passé au Québec », affirme l’environnementaliste qui a été le tout premier au Québec à lever le voile sur les dangers liés à l’industrie du gaz de schiste et à réclamer un moratoire. « Ils ont vu la résistance qui se faisait ici, au Québec, et ça s’est répandu comme une traînée de poudre. »


Le Québec - et plus particulièrement l’AQLPA - a également été un acteur de premier plan dans la concrétisation d’un réseau de résistance mondiale aux gaz de schiste. C’est à Rio, pendant le Sommet des peuples qui se déroulait en parallèle à la conférence Rio + 20 des Nations unies au mois de juin, que se sont rencontrés une poignée de groupes québécois, européens et américains pour faire du 22 septembre la journée internationale contre la fracturation hydraulique. Grâce au Web, ils ont été chercher des appuis un peu partout sur la planète et quelque 40 pays ont participé samedi à cette journée de lutte mondiale.


« La communauté internationale se réveille suite à la stratégie internationale des gazières et pétrolières de prendre tout le monde de vitesse, incluant les gouvernements et les citoyens, au mépris même de leur sécurité », affirme André Bélisle.


Au Québec, l’événement coïncidait avec l’assemblée annuelle du Regroupement des comités de citoyens opposés au gaz de schiste qui avait lieu à Drummondville. Près d’une centaine de comités de citoyens et une dizaine d’organisations, y compris des gens de la Gaspésie qui s’opposent à l’exploitation du pétrole de schiste, se sont donc réunis à Drummondville pour une « manifestation symbolique », selon André Bélisle. Il a profité de l’occasion pour féliciter le gouvernement de Pauline Marois qui a « respecté son engagement » en réaffirmant sa volonté d’imposer un véritable moratoire sur l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste. « Nous accueillons cette annonce avec beaucoup de satisfaction, mais nous ne serons satisfaits que lorsqu’il y aura un décret officiel attestant du moratoire », affirme-t-il, prudent.


Quant à la déclaration de Lucien Bouchard, président de l’Association pétrolière et gazière du Québec, qui affirmait vendredi que le PQ « sème la confusion » en voulant imposer un moratoire, André Bélisle ne mâche pas ses mots : « Lucien Bouchard manque de classe de façon gênante. Il ne peut pas prétendre défendre les intérêts du Québec, il est payé par l’industrie et travaille pour les intérêts des compagnies. Il défend l’intérêt de l’industrie, pas celui des Québécois. »


De son côté, Serge Fortier, coordonnateur du Regroupement interrégional gaz de schiste de la Vallée du Saint-Laurent, dit avoir hâte, pour une fois, de « travailler avec, et non pas contre, le gouvernement », ce qui représente un changement majeur pour les comités de citoyens qui concentreront désormais leurs efforts à discréditer le travail du lobby de l’industrie. « Les militants ont l’impression que leurs efforts mènent à quelque chose de positif, mais nous allons rester vigilants, parce qu’il y a une différence entre vouloir faire quelque chose et être capable de le faire ». Il espère que, pour cette fois, tous les parlementaires vont unir leur voix pour mettre un terme définitif à l’exploration et à l’exploitation des gaz de schiste.


 
10 commentaires
  • Francois Parent - Inscrit 24 septembre 2012 06 h 13

    Question citoyenne ?

    Est-ce que ça vaut vraiment la peine de détruire l'environnement et mettre en péril notre santé pour de l'argent qu'une minorité bénéficiera?

  • Danielle - Inscrit 24 septembre 2012 06 h 46

    Ce n'est pas l'AQLPA qui...

    Dans les écrits journalistiques, tout nous porte à croire que L'AQLPA est le premier organisme à s'être porté à la défense des citoyens-nes contre les gaz de schiste. POURTANT! Mon conjoint et moi avec l'aide du comité citoyens contre les gaz de schiste à Mont St Hilaire, avonst été les premiers au Québec à faire une manif devant un puits en novembre 2010 à St Denis sur Richelieu. Bien du temps s'est écoulé et du riche travail de citoyens-ens mobilisés contre cette industrie a passé avant que l'on voit poindre le nez de l'aqlpa. Il ne s'agit pas ici d'enlever le crédit à cet organisme mais de RENDRE À CÉSAR CE QUI EST À CÉSAR! Ce n'est pas l'aqlpa qui a pris les devants mais bien les citoyens! Qui pose les actions dans les villages (campagnes de signatures; rencontres d'info. aux citoyens, développement de stratégies pour contrer les gazières, etc.). Ce sont les citoyens dont vous ne parler pratiquement jamais. Nous faisons un travail de terrain remarquable.

    • Brigitte Blais - Inscrite 24 septembre 2012 11 h 13

      Les citoyens ont effectivement été plus merveilleux que jamais. Leur mobilisation a été l'élement clé de cette lutte. Bravo et merci à ces centaines de bénévoles.
      Par contre, c'est bien l'AQLPA qui a, en septembre 2009, alerté la population via ce communiqué : http://www.aqlpa.com/catalogue-de-documents/doc_do Et des citoyens se sont mobilisés dès 2009.
      Mais à quoi bon chercher qui est le premier. L'important c'est qu'on se soit réveillés, qu'on se soit mobilisé et relayé. Car ce fut un dossier complexe et épuisant. Mais un grand apprentissage à la fois en science et en politique.

    • Frédéric Jeanbart - Inscrit 26 septembre 2012 02 h 03

      Avé César. Zêtes contente? ;-)

  • Christian Fleitz - Inscrit 24 septembre 2012 09 h 12

    Il faut en sortir...

    Il faut en sortir de ce système néolibéral qui consiste à donner les gains au «privé» et à laisser les pertes et les dégâts au «public», c'est-à-dire à tous, ce qui revient à contraindre la communauté à enrichir quelques uns sans réels avantages en contre partie.
    M. Lucien Bouchard démontre un acharnement exceptionnel à défendre les industries qui le paient au détriment de sa crédibilité, voire de son honorabilité.
    La méthode actuelle d'exploration et d'exploitation des gaz de schistes n'a pas démontré son innocuité pour l'environnement, au contraire, au contraire. Certes, dans certain cas, cette pollution évidente est plus acceptable que d'autres: aux États-Unis, les dégâts environnementaux de cette exploitation seraient moins pernicieux que celles du charbon. Le Québec n'en est pas là, puisque sa balance énergétique est largement excédentaire et le serait encore davantage si les investissements publics concernaient le développement des économies d'énergie et l'utilisation plus étendue de l'électricité dans les transports plutôt que le financement de nouveaux sites hydro-électriques désormais couteux et dangereux pour l'environnement. Là encore, qui favorise-t-on? Le bien public ou les intérêts privés?

  • Louise Lefebvre - Inscrite 24 septembre 2012 11 h 05

    Casser le sous-sol...

    Il n'est pas important de savoir si c'est l'AQLPA ou autres groupes de personnes qui ont sonné l'alarme...
    Ce qui est important c'est que tous soient unis pour anéantir cette industrie qui cherche à s'implanter au Québec et partout dans le monde au détriment de l'environnement et des citoyens qui habitent cette planète...
    Fracturer et casser le sous-sol pour libérer du méthane et faire de l'argent quelle abération...
    Qui souhaite respirer et boire du méthane, qui souhaite subir les tremblements de terre et les fissures , qui souhaite voir la circuler des camions lourds, qui souhaite avoir une usine devant sa maison, qui souhaite la contamination les sols, qui souhaite que sa propriété soit dévalué, qui souhaite que des millions de gallons d'eau soient gaspillés, qui souhaite que des oiseaux, poissons et animaux de ferme meurent par cette pollution, qui souhaite que des enfants et adultes soient malades suite à une contamination de leur environnement...
    Un moratoire est nécessaire et inévitable!!!

  • Danielle Houle - Abonnée 24 septembre 2012 20 h 04

    André Bélisle était là ?

    Au sujet de l’assemblée annuelle du Regroupement des comités de citoyens opposés au gaz de schiste qui avait lieu à Drummondville: Premièrememt cette assemblée n'est pas annuelle mais a lieu 3 à 4 fois par année. Deuxièmement, j'y étais et je ne me souviens pas d'avoir vu André Bélisle et encore moins avoir entendu les déclarations que vous citez. Encore une fois, André Bélisle tente de s'approprier tous les honneurs alors que c'est un mouvement de citoyens qui font tout le travail et qui devraient récolter les honneurs. C'est une vilaine habitude qu'il a a ce Bélisle.