Fracturation: la composition des fluides dévoilée

Après plus de deux ans de bataille juridique, le Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE) a obtenu la liste des composés chimiques utilisés dans les fluides de fracturation de l’entreprise Talisman. Une liste qui contient « des dizaines de composés différents, dont certains sont toxiques » et dont on ne connaît pas les effets synergétiques, observe le professeur de chimie de l’UQAM et membre du collectif scientifique sur les gaz de schiste, Daniel Chapdelaine.

Le nouveau gouvernement péquiste a réitéré jeudi sa volonté de décréter un moratoire permanent sur les gaz de schiste, mais la diffusion de ces documents donnera un nouvel éclairage aux analystes qui tentent de déterminer s’il est possible de poursuivre l’exploration de façon sécuritaire.

 

C’est en effet la première fois qu’une liste aussi complète est rendue publique. Le document, d’une centaine de pages, a été fourni par la compagnie Talisman au ministère de l’Environnement en vue de l’obtention des certificats d’autorisation pour la fracturation des puits de Leclercville, de Saint-Édouard et de Fortierville entre 2008 et 2010.

 

Selon les fiches signalétiques, plusieurs de ces produits sont persistants dans l’environnement. Quelques-uns sont cancérigènes, d’autres sont toxiques par ingestion, inhalation ou par simple contact de la peau. Plusieurs s’attaquent au foie, aux reins ou aux systèmes nerveux, digestif ou respiratoire. On ignore, dans la majorité des cas, s’ils sont mutagènes.

 

« Ce ne sont pas des composés que l’on aimerait voir près d’une source d’eau potable ou d’un aquifère », affirme Daniel Chapdelaine après avoir pris connaissance des documents qu’il juge toujours incomplets en raison de la non-spécificité des tests sur les eaux de reflux.

 

Si les données disponibles sont encore incomplètes, leur seule obtention reste un exploit, estime Jean Baril, avocat et vice-président du Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE), qui a déposé sa requête en vertu de la Loi sur la qualité de l’environnement (LQE) il y a deux ans. Cette loi donne le droit à chacun d’obtenir des renseignements sur la présence de contaminants dans l’environnement.

 

Mais le ministère a refusé de dévoiler l’information sous prétexte que les compagnies s’y opposaient, ce qui est contraire, selon Jean Baril, à la LQE. Il s’est ensuivi une longue bataille juridique qui n’est pas terminée. Car s’il a obtenu les documents, c’est grâce à Talisman qui a finalement accepté de les diffuser. « En tant que juristes, ce n’est pas à nous de juger du caractère nocif ou non de ces produits, affirme Jean Baril. Ce que nous souhaitons, c’est de rendre l’information disponible pour qu’il y ait un débat public sur la base d’informations essentielles et non pas sur des peurs ou des craintes.»

11 commentaires
  • Denis Fyfe - Abonné 21 septembre 2012 05 h 10

    Et après?

    Après avoir lu cet article, on en sait pas plus sur ces produits!
    Est-ce que cette liste est disponible quelque part?

    • Jean Baril - Abonné 21 septembre 2012 09 h 48

      Allez sur le site du Centre québécois du droit de l'environnement, les doucments y sont dans leur intégralité. À vous de vous faire une opinion! www.cqde.org

    • Martin Blais - Inscrit 23 septembre 2012 13 h 31

      @Denis Fyfe Votre titre « Et après? » me rend perplexe ... qu'est-ce que vous diriez d'avoir en peu de ces produits chimiques cancérigènes dans votre eau ?

      ... le principe de précaution M. Fyfe, vous connaissez ?

  • Jérémie Vachon - Abonné 21 septembre 2012 12 h 44

    Des chimistes?

    À la lecture des effets possibles sur la santé des produits contenus dans le liquide de fracturation, j'aimerais savoir ce qu'en pensent les professionnel-le-s de la santé et des chimistes. Il y a certes plusieurs produits nocifs, mais j'aimerais savoir à partir de quel point il y a un impact significatif sur la santé et l'environnement. L'acide chlorhydrique (HCl) 15% est injecté dans le sol avant le liquide de fracturation; y a-t-il une possibilité que cette substance contamine les cours d'eau avoisinants?

    • Patrice Hildgen - Abonné 22 septembre 2012 12 h 36

      Il y a dans ces ingrédients plusieurs produits éminament toxiques comme par exemple le formaldéhyde. Il y a également des cancérigènes notoires(dérivé du xylène, naphtalène, formaldéhyde...) Si ces produits se trouvaient dans l'eau d'une nappe phréatique, le risque devient plus important à long terme car les effets carcinogènes sont cumulatifs et non réversibles. L'acide chlorhydrique en tant que tel est dissous dans l'eau, il réagit très rapidement avec des composés comme le carbonate de calcium. Le risque est qu'il réagisse avec d'autres substances et permette le passage en solution de métaux. La liste des ingrédients est très longue et ce ne sont ici que quelques exemples.

    • Pierre-Antoine Ferron - Inscrit 27 septembre 2012 13 h 08

      Les substances de toutes sortes sont classées selon leurs charactéristiques, propriétés etc. et leurs effets physiologiques. Allez au site de la EPA pour une copie que vous pouvez télécharger, en anglais.

  • Marc Brullemans - Inscrit 22 septembre 2012 00 h 07

    Dévoilée, vraiment?

    À quelques reprises, une manchette paraît, laissant à penser que les recettes secrètes de fracturation utilisées au Québec sont maintenant connues. À chaque fois, rien de bien probant. Il faut se rendre compte qu'il ne suffit pas d'avoir une liste pour connaître la composition d'un mélange. Certes, une liste de molécules dont la structure est bien définie est nécessaire mais il faut aussi connaître la proportion exacte de chaque constituant du mélange, et cela, une fois celui-ci effectué. Il faut savoir, en quelque sorte, dénombrer chaque espèce moléculaire. Or, des données sont souvent manquantes ou sont données avec trop d'imprécision pour qu'elles soient utiles. Souvent encore, il s'agit de mélanges (non-caractérisés) dans un mélange rendant donc la composition du mélange impossible à déterminer. On peut ici faire un parallèle avec la liste d'ingrédients apparaissant sur les articles au supermarché. Bien difficile d'y voir clair...

    Il y a un peu plus d'un an, le site de divulgation volontaire FracFocus apparaissait sur Internet (http://fracfocus.org/). Le site canadien (http://www.fracfocus.ca/find_well) ne couvre que la Colombie-Britannique et compte 500 puits environ. À peu près à la même époque, Talisman a mis en ligne sur leur site la liste des additifs de fracturation utilisés dans quelques puits (http://www.talisman-energy.com/operations/north_am

    Rendons-nous compte que ces additifs se trouveront sous terre à une pression et à une température élevée et que réagissant avec les roches, de composition complexe et pas toujours bien connue, la composition du mélange original se trouvera donc grandement altérée. Des molécules peuvent disparaître, d'autres apparaître. Conclusion: une analyse complète des eaux de reflux est nécessaire. Et il faut prévoir de nouvelles analyses dès qu'un pourcentage d'un des constituants variera. Un travail titanesque…

    • Martin Blais - Inscrit 23 septembre 2012 13 h 37

      Parfaitement M. Brullemans.

      Et ce travail titanesque, il appartient à l'industrie de l'accomplir, pas au gouvernement !

      Il appartient aux entreprises de faire la preuve hors de tout doute que leur procédé est bien documenté, inoffensif et sans danger.

      En attendant, qu'ils fassent leurs devoirs. Ce n'est pas demain la veille qu'ils vont faire cette démonstration.

  • Jean-François Couture - Inscrit 23 septembre 2012 11 h 50

    Or, André Caillé.....

    Assistant à une de ces assemblées d'information présidées par Andé Caillé, je me souviens l'avoir entendu affirmer, rassurant, que l'on injectait des produits sans danger, que l'on trouve couramment sous le comptoir de nos éviers de cuisine. Ou bien il y a plein de poisons sous nos éviers ou bien le Sieur Caillé à prononcé là «l'understatement» de la décennie.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 24 septembre 2012 08 h 18

    De notre ignorance de l'eau souterraine

    Je m'étonne qu'on puisse à la fois injecter des liquides cancérigènes et polluants dans le sol et raisonnablement prétendre au respect de nappes phréatiques dont on ignore à peu près tout, sinon qu'elles sont près de la surface. Tantôt, comment fera-t-on pour dépolluer les nappes contaminées ? Qui le fera, comment et à quel coût ? Se pourrait-il que nous agissions actuellement à l'aveuglette, obnubilés par le profit à court terme et peu soucieux d'autrui ?

    • Djosef Bouteu - Inscrit 26 septembre 2012 04 h 00

      Les nappes phréatiques ne sont pas décontaminables après la fracturation hydraulique.

      Il faut aussi compter le bilan désastreux en GES des gaz de schiste, car le méthane fuit par le sol après la fracturation, quand ce n'est pas directement la gaine de béton qui fuit en plus, comme la majorité des puits fracturés au Québec. Résultats, presque autant de GES que le charbon.

      Enfin, «profit», quels profit? Des profits pour des corporations étrangères qui externalisent les coûts avec un congé de redevances de cinq ans? Sans oublier des droits payés moins d'une piastre l'hectare? Quelle sinistre farce.

      Heureusement le moratoire sera là pour rester.