Défi sans auto - Encore plus de voitures laissées au garage!

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Environnement - Transport durable

Parce que les entreprises aiment relever des défis, trois Centres de gestion des déplacements (CGD) leur en lancent un, dans le cadre de la journée internationale En ville sans ma voiture. Celui d’être, le temps d’une journée, l’organisation qui incitera le mieux et le plus ses employés à abandonner l’auto en solo pour utiliser les transports alternatifs. Mardi, 200 entreprises ont concouru dans tout le Québec.


« L’opération a démarré il y a quatre ans à Trois-Rivières, explique Maud Morel, responsable des communications chez Voyagez futé, l’un des trois CGD organisateurs de l’événement, avec Mobiligo et le Centre de gestion des déplacements de Saint-Laurent. Montréal a embarqué dès l’année suivante. Les entreprises qui s’inscrivent sont à la fois privées et publiques, à but non lucratif, nous avons des ministères, des universités, des multinationales, mais aussi des travailleurs autonomes. Une entreprise d’un employé peut s’inscrire… C’est sûr qu’elle a vite fait d’atteindre les 100 % de participation… mais ce n’est pas là le seul critère. »


Ainsi, les organisations participantes s’engagent à faire la promotion des transports alternatifs, qu’il s’agisse du métro, du train de banlieue ou de l’autobus, des transports actifs tels que le vélo, la marche à pied ou, pourquoi pas, la planche à roulettes, ou même du covoiturage, privilégié notamment en région.


Mardi, tous les employés des organisations en lice ont pu se rendre dans le site Internet de l’événement pour mentionner le type de transport alternatif qu’ils ont utilisé et indiquer si ça induisait un changement dans leurs habitudes. « Car le taux de transfert modal est l’un des autres critères, précise Maud Morel. Nous tenons compte du pourcentage d’employés qui ont pris un mode de transport alternatif, mais nous cherchons aussi à savoir s’ils ont pour cela abandonné l’auto en solo ce jour-là. Nous pondérons également les résultats, pour plus de justice, avec l’accessibilité de l’entreprise en ce qui concerne l’autobus, le métro, le train, les pistes cyclables, etc. »


Résultat : chaque année, ce sont quelques milliers d’employés et d’étudiants qui changent leurs habitudes le temps d’une journée, et le nombre ne fait que croître. Le temps d’une journée seulement ? « Selon les chiffres de Transport Québec, le taux des travailleurs utilisant les transports alternatifs croît chaque année, note Maud Morel. Il était de 10 % en 2009, il est de 12,8 % aujourd’hui. Bien sûr, ce résultat ne dépend pas uniquement de cette opération, mais ça fait partie de la solution. »


C’était mardi


Car le défi, c’était mardi, mais les entreprises qui se sont inscrites ont communiqué à son sujet pendant plusieurs semaines en amont. Ainsi, ce sont presque 220 000 personnes dans la région de Montréal et plus de 350 000 dans tout le Québec qui ont été sensibilisées, qui ont entendu les messages. « Et, petit à petit, le discours fait son chemin, estime Mme Morel. Il y a des gens qui n’ont jamais remis en question leur mode de transport. Ils ont une voiture depuis leurs 18 ans, ils la prennent, c’est tout. Le défi est une fenêtre de communication afin de mettre en valeur les avantages des autres modalités de transport. Mais nous essayons de ne pas avoir un discours trop moralisateur. Même si nous l’évoquons, nous n’insistons pas sur l’aspect pollueur de l’auto en solo, mais plutôt sur les économies de temps et d’argent, sur le confort, la convivialité, la qualité de vie. »


Pour les entreprises, les transports alternatifs, ce sont moins de risques que les travailleurs pris dans la congestion arrivent en retard à leur poste, c’est moins de fatigue, de stress, d’énervement. Ce sont des coûts moindres également, car nombreuses sont celles qui disposent de stationnements pour leurs employés… et la facture peut vite devenir salée. « En dehors de ce défi, elles sont de plus en plus nombreuses à se tourner vers nous pour trouver des solutions, explique Maud Morel. Elles ont des problématiques d’absentéisme, de santé au travail en relation avec les déplacements de leurs employés. Certaines nous demandent simplement de les guider, parce qu’elles souhaitent donner des clés Bixi à tout leur personnel. D’autres font appel à nous afin que nous leur remettions un plan de mobilité durable complet, pour savoir quels seraient les besoins de leurs employés. [...] Nos services peuvent aller jusqu’à la mise en place et à la gestion d’un programme de covoiturage, l’implantation d’un service d’entretien d’une flotte de vélos, la distribution de produits Bixi ; nous organisons des kiosques de promotion, nous les informons sur les différents programmes de prise en charge de la carte Opus par l’employeur mais aussi par le ministère, etc. »


Si le défi sans auto a encore été un succès, c’est sans doute en grande partie parce que le discours sur l’environnement est en train de passer, un peu aussi parce que l’augmentation du prix de l’essence commence à venir titiller même les plus réfractaires à l’idée de laisser leur voiture au garage, mais certainement également parce que la liste des prix en lice était alléchante : un voyage dans le Sud, un vélo hybride, une nuit à l’hôtel W, des abonnements au service d’auto-partage Communauto, etc. Dommage que le défi ne soit pour l’instant lancé qu’aux employés et aux étudiants. Quid de la femme au foyer et du retraité ? Les organisateurs de l’événement répondent qu’ils se sont concentrés pour l’instant sur leurs partenaires, à savoir les organisations. Mais, devant les nombreuses demandes, elles pensent à élargir la cible. Dès l’an prochain ?


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Collaboratrice