Sociétés de transport - De nouveaux autobus et… beaucoup plus

Émilie Corriveau Collaboration spéciale
Vers 2020-2025, la STM n’acquerra plus de véhicules qui vont produire des GES.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Vers 2020-2025, la STM n’acquerra plus de véhicules qui vont produire des GES.

Ce texte fait partie du cahier spécial Environnement - Transport durable

Au cours des dernières années, les sociétés de transport du Grand Montréal ont toutes intégré le concept de développement durable à leur planification stratégique. En sus de leur donner bonne conscience, ces nouvelles lignes de conduite les guident-elles vers une organisation réellement plus durable de leurs activités ? Assurément, répondent les porte-parole des sociétés de transport de la région.

À la Société de transport de Montréal (STM), c’est en 2005 qu’on a fait du développement durable une priorité, par la signature de la Charte du développement durable de l’Union internationale des transports publics. Depuis, bon nombre de changements ont été effectués au sein de l’organisation.


« Nous avons fait beaucoup d’efforts à l’interne, confie M. Michel Labrecque, président du conseil d’administration de la STM. Si nous voulons communiquer à la population le fait qu’elle accomplit un geste vert en prenant le transport en commun, il faut nous aussi faire nos devoirs. Ça, ça signifie passer à travers l’ensemble des processus de l’entreprise pour voir ce qui peut être amélioré. »


Pour y parvenir, la STM a notamment intégré à ses sommaires décisionnels une rubrique sur le développement durable. « Concrètement, ça signifie que chaque sommaire décisionnel doit être accompagné d’un argumentaire de développement durable. Pour les gestionnaires, ça nécessite une réflexion nouvelle, que ce soit par rapport à la dimension écologique, économique ou sociale », relève M. Labrecque.


Sur le plan écologique, les ajustements effectués par la STM sont multiples. Ils vont de la qualification des sols contaminés appartenant à la société de transport à une meilleure gestion des matières recyclables, en passant par l’utilisation d’un nombre grandissant de produits ménagers écologiques. Dans la même veine, la STM s’efforce de réduire au minimum sa flotte d’autobus fonctionnant au diésel et privilégie de plus en plus les modèles hybrides.


« On a déjà commencé à transformer notre flotte. Nos spécialistes nous disent que, vers 2020-2025, nous n’acquerrons plus de véhicules qui vont produire des GES », confirme M. Labrecque.

 

Nouvelle tarification


Sur le plan social, la STM a déployé beaucoup d’efforts pour diversifier sa main-d’oeuvre et lui procurer un meilleur cadre de vie. De plus, elle a développé de nouveaux forfaits de tarification afin de permettre à plus d’utilisateurs de profiter de ses services. « On a beaucoup travaillé la tarification pour les familles, par exemple », note M. Labrecque.


En matière économique, la STM s’est notamment dotée d’un plan d’acquisition responsable et a intégré graduellement des critères de développement durable à plusieurs de ses appels d’offres.

 

Approche globale à Laval


À Laval, on a aussi choisi d’adopter une approche globale s’articulant autour de différents axes d’intervention. Parmi ses objectifs, la STL espère participer à la création d’un environnement urbain favorisant la mobilité durable, améliorer l’efficacité écoénergétique de ses véhicules motorisés, améliorer l’offre de transport collectif et actif, influencer les comportements par la fiscalité et la tarification ainsi qu’informer et mobiliser davantage la population lavalloise.


Pour y parvenir, elle entrevoit notamment de faire l’achat d’autobus hybrides et étudie attentivement la possibilité d’ajouter à sa flotte quelques véhicules électriques.


« Il y a une entreprise au États-Unis, DesignLine, qui est en train de nous concevoir un autobus électrique sur mesure. On a déjà envoyé certains de nos employés là-bas pour visiter les installations. Notre objectif est d’être prêt au moment où la technologie et le marché nous offriront des véhicules électriques fiables, parce qu’on veut pouvoir les intégrer à la flotte le plus rapidement possible », souligne Pierre Lavigueur, directeur principal Développement, commercialisation et innovation à la STL.

 

Mobilité durable


De plus, la STL entend développer rapidement un réseau d’autobus à hauts niveaux de services. Ces autobus circuleront sur des axes comprenant des voies réservées, lesquelles seront desservies par des feux de circulation fonctionnant selon certaines mesures prioritaires.


Parmi les initiatives les plus intéressantes de la STL, notons la création de STL Solution mobilité durable. « Il s’agit d’un centre de services pour les entreprises, précise M. Lavigueur. Il nous permet de rencontrer les entreprises lavalloises, de voir quels sont leurs besoins en matière de transport et de leur proposer des solutions adaptées. Je pense aux systèmes de covoiturage et de taxis collectifs, par exemple, ou encore à l’encouragement pour le transport actif. De notre côté, on va également tenter d’adapter davantage notre offre de services aux besoins des entreprises. »


La STL espère que toutes ces mesures auront un impact considérable sur son achalandage. « Sur une dizaine d’années, nous voulons augmenter d’environ 40 % notre achalandage, affirme M. Lavigueur. C’est ambitieux, mais on pense que plus on sensibilisera la population aux bienfaits des transports collectifs et actifs, plus on implantera de nouveaux et de meilleurs services, plus l’achalandage augmentera. »


La STL estime que toutes ses initiatives devraient non seulement lui permettre de réduire de 50 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2031, mais également de contribuer à améliorer les performances de la ville de Laval sur plusieurs plans, comme l’inclusion sociale, la qualité de l’aménagement ou l’amélioration de la santé publique.

 

Longueuil se veut vert


À Longueuil, on s’est doté d’un plan d’action intitulé« En vert »et pour tous, lequel est largement axé sur l’amélioration des performances écologiques. Celui-ci comprend plusieurs mesures, notamment l’amélioration de la flotte de véhicules du RTL.


« À partir de maintenant, tous les autobus que nous allons acheter seront hybrides, et ce, jusqu’à ce qu’il y ait d’autres technologies plus performantes qui s’offrent à nous », dit Mme Judith Boivin, porte-parole du RTL.


Fait intéressant, le RTL travaille à l’élaboration d’un plan d’accessibilité universelle afin que tous ses nouveaux véhicules soient accessibles aux personnes à mobilité réduite.


Dans le cadre de son virage vert, le RTL a aussi considérablement diminué son usage de produits chimiques. « Grâce à un partenariat technologique avec la société Innu-science, on a réussi à éliminer la quasi-totalité des produits chimiques qu’on avait l’habitude d’utiliser, que ce soit pour l’entretien des véhicules ou l’entretien ménager. On a vraiment fait un effort pour utiliser des produits plus verts, souvent biologiques, moins dommageables pour la santé. On peut déjà constater que ç’a eu des effets bénéfiques au niveau de la santé et de la sécurité de nos employés », relate Mme Boivin.


La porte-parole ajoute que le RTL consent également beaucoup d’efforts du côté de la formation de ses employés, afin qu’ils se sentent davantage mobilisés et qu’ils utilisent à bon escient les nouvelles technologies qui s’offrent à eux.


Mais si la STM, la STL et le RTL s’efforcent d’adopter des pratiques plus durables, sans davantage de soutien politique, les sociétés de transport risquent de ne pouvoir atteindre tous leurs objectifs de développement durable, craignent certains.


« Les gouvernements ont pris des engagements qu’ils n’atteindront pas s’ils n’investissent pas davantage et s’ils ne prennent pas de décisions plus fermes, prévient M. Labrecque. De ce côté-là, ce n’est pas gagné. L’étalement urbain se poursuit, la motorisation des ménages se poursuit, et ça, ce n’est pas durable. Le transport collectif instrumente le changement, mais il n’est pas le seul acteur qui doit participer au processus. »