Protocole de Montréal: 25 ans de succès

Les efforts ont permis de stabiliser le fameux trou de la couche d’ozone, du moins en ce qui a trait à l’apport des SACO.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jewel Samad Les efforts ont permis de stabiliser le fameux trou de la couche d’ozone, du moins en ce qui a trait à l’apport des SACO.

C’était le mardi 15 septembre 1987. Nous n’étions plus que quelques journalistes dans la salle de presse de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), à Montréal, à l’écoute des dernières rumeurs provenant de la table de négociation où les États-Unis et l’Union européenne (UE) n’arrivaient toujours pas à s’entendre. Nous avions résisté à l’invitation du maire de Montréal, Jean Doré, qui recevait à l’hôtel de ville les centaines de délégués présents à cette conférence internationale, convoquée pour tenter de créer un traité destiné à planifier la disparition progressive des « substances appauvrissant la couche d’ozone » (SACO), ce filtre ultramince qui enserre la planète et protège les organismes vivants contre le rayonnement ultraviolet trop intense du soleil.

Voilà que le président de la conférence, l’ambassadeur autrichien Winfried Lang, arrive dans la salle de presse désertique, suivi du directeur de l’Agence de protection environnementale (EPA) des États-Unis, Lee Thomas. Contre toute attente, les deux hommes nous annoncent qu’il y a une entente de principe pour créer ce traité qui allait devenir le modèle pour tout ce qui s’est négocié, et sans doute pour ce qui pourra encore se négocier, dans le domaine de l’environnement. Les États-Unis ne voulaient pas que l’UE signe au nom de ses membres : on s’entendit finalement pour que l’UE signe, mais en spécifiant que son engagement prendrait effet quand ses 12 membres de l’époque auraient ratifié le traité. Inutile de dire que la nouvelle fit la une de notre journal le lendemain, alors que la plénière ratifiait à l’unanimité, et dans l’enthousiasme, le projet de traité.


Tous les records


Le protocole de Montréal a battu depuis tous les records onusiens. C’est le seul traité à avoir fait l’objet d’une ratification universelle, soit par 197 entités étatiques. Mais il y a mieux : c’est le seul traité connu qui a devancé l’atteinte de ses cibles. Jusqu’ici, selon le dernier bilan onusien, il planifie juridiquement la réduction et l’élimination de 98 % de toutes les SACO. Et il a amorcé par la bande - un effet indirect de sa stratégie d’action intégrée - la plus importante réduction de gaz à effet de serre (GES) jamais réalisée, soit 25 milliards de tonnes (gigatonnes ou Gt) entre 1990 et 2000. Cela représente 3 % de toutes les émissions anthropiques alors que le protocole de Kyoto cible une réduction de 5,2 %.


Selon le dernier bilan de l’ONU, l’application rigoureuse du protocole et de ses amendements en vue d’en devancer les échéances initiales - tout le contraire du dossier des changements climatiques - a permis à l’humanité d’éviter 19 millions de cancers sans mélanomes, 1,5 million de cancers avec mélanomes et 130 millions de cas de cataractes en raison de l’intensification du rayonnement UV qu’aurait provoqué un élargissement majeur du trou dans la couche d’ozone.


Les efforts consentis jusqu’ici ont permis de stabiliser ce fameux trou, du moins en ce qui a trait à l’apport des SACO. Par contre, les chercheurs découvrent que la formation de nuages de glace dans la haute stratosphère aux pôles, causés par des GES, contribue à neutraliser les efforts consentis dans la réduction des SACO. Néanmoins, les experts estiment que la couche d’ozone devrait revenir à son état des années quatre-vingt entre 2050 et 2070. Aucun autre dossier international n’atteint ses objectifs avec autant de constance.


L’élimination totale des premières SACO visées par le protocole de Montréal devrait survenir en 2020, dix ans plus tôt que dans le protocole initial. La communauté internationale a aussi décidé de devancer l’élimination des substituts chimiques, que l’industrie avait inventés, soit les HCFC, en principe moins dommageables. Les HFC, qui ont succédé aux HCFC, s’ils n’étaient vraiment pas dommageables pour la couche d’ozone, figurent cependant parmi les pires contributeurs au réchauffement du climat. Chaque molécule de HFC-23, par exemple, capte autant de chaleur solaire que 12 000 molécules de CO2.


Comme le protocole de Kyoto, celui de Montréal établit une différence entre pays développés et en développement, selon le principe dit de la « responsabilité commune, mais différenciée ». Mais d’entrée de jeu, le protocole de Montréal a établi des échéanciers qui touchaient les deux groupes de pays, donnant en général une ou deux décennies de délai supplémentaire aux pays moins développés tout en les assujettissant directement. Le non-assujettissement à des réductions légalement contraignantes, mais différées dans le protocole de Kyoto, a été invoqué par les États-Unis et le Canada pour se désengager de la bataille du climat. Une autre différence majeure entre les deux protocoles réside dans le fait que tout amendement aux objectifs de réduction de Kyoto exige un nouveau round de ratification, ce qui facilite le désengagement. Le protocole de Montréal, par contre, décide en assemblée de ses Parties contractantes s’il modifie les échéanciers de réduction, ce qui s’est produit en 2007 quand on s’est attaqué au devancement de l’élimination des HCFC et des HFC.


On retrouvait les CFC de première génération dans toute une série de produits courants, de la bombonne de fixatif à cheveux jusqu’aux extincteurs chimiques en passant par les mousses isolantes et les liquides des systèmes de réfrigération. On remplace aujourd’hui ces produits et leurs substituts de deuxième et troisième générations dans les systèmes de réfrigération par du CO2 récupéré de processus industriels, par de l’ammoniac ou des gaz courants comme le butane.