Appel à l’abandon mondial de l’amiante

Québec a consenti un prêt de 58 millions pour la réouverture de la mine d’amiante d’Asbestos.
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Québec a consenti un prêt de 58 millions pour la réouverture de la mine d’amiante d’Asbestos.

Au moment où la Société pour vaincre la pollution (SVP) réclamait mardi du nouveau gouvernement Marois « d’interdire l’exploitation et l’utilisation de l’amiante » sur le territoire québécois, l’Union internationale contre le cancer (UICC) réclamait de tous les gouvernements de la planète « un abandon de l’extraction minière, de l’utilisation et de l’exportation de toutes les formes d’amiante ».

Dans sa déclaration, l’UICC demandait expressément « à l’ensemble des pays exportateurs d’amiante », ce qui vise le Canada, et le Québec en particulier, « de respecter le droit à la santé » des citoyens des pays importateurs en cessant d’exporter leur amiante, quitte à apporter une « assistance transitoire aux communautés qui dépendent des mines d’amiante ».


Au cours de la dernière élection, la chef du PQ, Pauline Marois, s’est engagée à annuler le prêt consenti par les libéraux de Jean Charest à la mine Jeffrey. Mais un gouvernement du PQ, précisait Mme Marois, utilisera les 58 millions consentis pour la réouverture de la mine d’amiante afin d’aider les travailleurs de cette mine ainsi que la région à passer à autre chose sur le plan économique. Par contre, la chef du PQ n’a jamais promis de bannir l’exploitation de cette ressource si les promoteurs d’une relance de cette exploitation minière songeaient à foncer sans l’aide gouvernementale, une hypothèse toutefois assez peu plausible jusqu’ici.


Mais selon le porte-parole de la SVP, l’écologiste Daniel Green, ce danger demeure bien réel, car à son avis, « l’annulation du prêt ne garantit pas que de l’amiante ne soit pas encore extrait de la mine ». À son avis, expliquait-il mardi au Devoir, Québec doit envisager sérieusement l’hypothèse d’interdire l’exploitation de l’amiante sur son territoire par le biais d’une loi. Mais quand on lui oppose le fait que les partis d’opposition pourraient bien ne pas appuyer une telle loi, ce qui signerait son arrêt de mort, il convient que le processus réglementaire actuel pourrait permettre au gouvernement de stopper cette production dans la province.


Ainsi, dit-il, les normes d’exposition des travailleurs en usine pourraient être resserrées sans passer par une nouvelle loi. D’une fibre par centimètre cube, dit-il, on pourrait adopter une norme de 0,05 fibre par centimètre cube avant d’en arriver à la norme envisagée présentement par la France, qui est de 0,01 fibre par centimètre cube. À son avis, un tel resserrement réglementaire, qui pourrait s’accompagner d’autres normes tout aussi sévères sur le plan environnemental, pourrait constituer un frein tout aussi puissant qu’une loi sans que le gouvernement ait à négocier l’appui de l’opposition à l’Assemblée nationale.


La SVP estime par ailleurs que Québec devrait rendre publiques toutes les banques de données sur la présence d’amiante dans les édifices publics et privés de façon à constituer et à compléter un véritable registre de ces édifices. Mais il craint que Québec ne repousse cette idée de peur que des milliers de personnes atteintes des cancers propres à une exposition à l’amiante ne poursuivent les propriétaires publics et privés, ce qui pourrait coûter des dizaines de millions au Trésor. À son avis, ajoute-t-il, Québec doit rendre publique l’entente entre le gouvernement Charest et les promoteurs de la relance de la mine Jeffrey afin que le public puisse débattre de la meilleure manière d’y mettre fin, conformément à la promesse péquiste.


Pour l’UICC, tous les gouvernements doivent mettre en place des mécanismes d’information pour que les citoyens saisissent les risques auxquels ils sont exposés, y compris en priorité pour les écoles et les lieux fréquentés par les enfants.


 
1 commentaire
  • Claude Smith - Abonné 12 septembre 2012 10 h 40

    Bonne nouvelle

    Depuis 40 ans à Mine Jeffrey d'Asbestos, le niveau d'amiante chrysotile ( poussière microscopique ) dans l'air ambiant des usines est descendu à 5 fibre par centimètre cube, à 1 f/cc et à une moyenne de 0.2 f/cc depuis 20 ans.

    Une bonne dizaine d'études épidémiologiques depuis 1990 sur des milliers de travailleurs partout dans le monde ayant éyé exposés seulement au chrysotile à un niveau inférieur à 1 f/cc d'air, ne démontrent aucun effet morbide mesurable sur la santé des travailleurs et absolument négligeable pour le grand public.

    Claude Smith

    Claude Smith