La fonte du pergélisol va intensifier le réchauffement climatique

La réduction de la taille de la banquise arctique a atteint cet été un niveau record.
Photo: John McConnico - Associated Press La réduction de la taille de la banquise arctique a atteint cet été un niveau record.

Selon cette étude, la fonte déjà en cours du pergélisol devrait libérer entre 68 et 508 pétagrammes (millions de millions ou 1012 kg) de carbone emprisonné dans le sol d’ici la fin du siècle. Selon les plus récentes évaluations, le pergélisol arctique contiendrait 1700 Pg de carbone, soit deux fois ce que contient présentement l’atmosphère terrestre. La libération de ce carbone constitue pour les chercheurs un risque de « rétroaction positive » dans le sens qu’elle va intensifier le problème qui est à son origine : le carbone libéré va, en somme, contribuer à un réchauffement qui va lui-même accélérer la fonte du pergélisol.

Publiée sous la direction du professeur Andrew H. MacDougall de l’École des sciences de la terre et des océans de l’Université de Victoria, en Colombie-Britannique, cette étude est la première du genre à utiliser un modèle mathématique prévisionnel qui intègre les processus terrestres, atmosphériques et océaniques, ce qui permet de calculer dans quelle mesure l’un ou l’autre de ces systèmes arrive - ou pas - à neutraliser cet apport supplémentaire de carbone dans l’atmosphère terrestre.

Le phénomène va de pair avec un autre qui se produit dans la même région, soit la réduction de la taille de la banquise arctique, qui a atteint cet été un niveau record. La diminution de la banquise, qui permet à cet océan polaire de se réchauffer davantage et ainsi de réduire davantage sa taille, de même que la libération du pergélisol pourraient rendre très difficile ensemble, sinon impossible, le contrôle du réchauffement de la planète par les humains au-delà d’un seuil critique que plusieurs situent d’ici à une décennie, deux au maximum.

La surface terrestre touchée par le dégel du pergélisol va continuer de s’agrandir, à une vitesse différente mais néanmoins dans tous les scénarios envisagés pour le siècle en cours, quels que soient les efforts de l’humanité. Selon l’équipe à l’origine de cette recherche, la rétroaction engendrée par cette fonte pourrait à elle seule provoquer une hausse du climat moyen de la Terre de 0,13 °C à 1,69 °C, selon les différents scénarios analysés.

Cette hausse s’ajouterait à celle attribuée par les chercheurs à la hausse des émissions de GES d’origine humaine. Lors du dernier rapport du GIEC, l’effet de boucle ou de rétroaction des deux phénomènes, soit la fonte du pergélisol et l’absorption croissante de la chaleur solaire par l’océan arctique, n’avait pas été intégré aux modèles mathématiques prévisionnels alors disponibles.

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