Évaluation environnementale: le pétrole sera pris en compte

Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir

Le comité mandaté par Québec pour étudier le gaz de schiste aura beaucoup plus de travail que prévu puisqu’il devra aussi se pencher sur l’industrie pétrolière qui se développe actuellement au Québec, et ce, avec les mêmes ressources et le même échéancier. Et même si on ignore les impacts de cette filière, le comité ne peut restreindre les activités des entreprises qui forent présentement des puits à la recherche d’or noir.

En avril dernier, Le Devoir révélait que le comité qui dirige l’évaluation environnementale stratégique (EES) sur le gaz de schiste n’avait pas prévu d’étudier la question pétrolière dans le cadre de ses travaux, à moins que les entreprises utilisent la fracturation hydraulique. Une porte-parole du ministre Pierre Arcand avait alors répliqué que le gouvernement tenait pour acquis que le comité se pencherait aussi sur l’exploitation de l’or noir québécois.


Trois mois plus tard, le président du comité qui dirige l’évaluation environnementale stratégique (EES), Robert Joly, a finalement expliqué hier au Devoir comment il entendait inclure la filière pétrolière dans les travaux. « On s’est dit, a priori, que probablement qu’une partie des études prévues pour le gaz de schiste pourrait s’appliquer aussi au pétrole, dans la mesure où on parle d’hydrocarbures. Il y a des équipements et des méthodes qui sont semblables », a-t-il indiqué.


Une fois que le comité aura en main les études déjà commandées, il décidera s’il a besoin de davantage d’information. Est-ce que les entreprises actives au Québec devront fournir systématiquement des détails sur leurs activités ? « On a la possibilité de poser des questions aux compagnies pour obtenir des réponses, si on en a besoin », a soutenu M. Joly. Pétrolia a dit cette semaine que les opérations menées par l’entreprise ne sont pas soumises aux travaux de l’EES.


Le comité abordera surtout la fracturation hydraulique, une technique à laquelle les pétrolières Junex et Pétrolia pourraient bien recourir, notamment en Gaspésie et sur l’île d’Anticosti. Comme cette méthode d’extraction n’a jamais été utilisée au Québec, M. Joly a précisé que son équipe se basera sur ce qui a déjà été fait ailleurs. « Ce sont des techniques assez bien connues et décrites ailleurs. On a de l’information sur la façon dont ça se passe, sur la technique. Nous, notre défi, c’est de mettre ça dans le contexte du Québec. Même si ça ne s’est pas fait chez nous, il faut essayer de transposer ça dans notre contexte. » Qui plus est, le comité devrait étudier les impacts sociaux de l’implantation de cette industrie lourde.


Même si le dossier pétrolier vient alourdir considérablement le mandat accordé au départ au comité de l’EES, son président a expliqué que les ressources et l’échéancier demeuraient les mêmes. « On va travailler en fonction de l’échéancier actuel et des ressources qu’on a en ce moment. On va tout faire pour respecter cet échéancier. » Le rapport final doit être terminé en novembre 2013.


Entre-temps, les pétrolières qui font des forages exploratoires traditionnels pourront continuer leurs opérations librement. Pétrolia entend forer trois nouveaux puits uniquement cette année, dont un horizontal. Junex mène présentement un nouveau forage dans le secteur de Gaspé et envisage d’utiliser la fracturation au cours des prochaines années.


Le gouvernement Charest a déjà décidé d’investir des fonds publics dans Junex et dans Pétrolia. M. Joly estime néanmoins que le comité aura la possibilité de recommander l’interdiction de l’exploitation pétrolière si les risques sont trop élevés.

7 commentaires
  • Pierre-Antoine Ferron - Inscrit 27 juillet 2012 10 h 09

    Lindustrie des Hydrocarbures!

    C'est un plaisir de voir que les choses progressent....même si c'est lentement. L'inquiétant c'est que personne ne parle D'HYDROCARBURES:et c'est de cela qu'il s'agit. Ceux-ci se présentent sous forme liquide, gazeuse, sous forme solide et sous forme d'hydrides. Le Québec possède probablement des hydrocarbures sous toutes ces formes.

    Une fois cette enquête terminé, ce qu'il faut c'est une loi sur les hydrocarbures qui aurait comme objet le développement ordonné de ces gisements dans le meilleur intéret des Québécois qui en sont les seuls propriétaires, selon le doit de propriété du Québec.

    Une fois de plus l'opportunité d'agir avec sérénité et sagesse se présente, profitons-en. La précipitation dans cette matière très complexe des hydrocarbures serait vraiement un virage dangeureux! Les mauvais et douloureux exemples sont nombreux (eg Nigéria), sachez les éviter les éceuils.

    L'exploration est admissible en ce moment mais, comme on dit au Québec....modérez vos transports.

    Sans malice,
    Pierre-Antoine Ferron, Saint-Denis

  • Daniel Bérubé - Abonné 27 juillet 2012 10 h 50

    ''Comme cette méthode d’extraction n’a jamais été utilisée au Québec, M. Joly a précisé que son équipe se basera sur ce qui a déjà été fait ailleurs. ''

    D'accord, la méthode ''d'extraction'' n'a jamais été utilisé au Qc., mais celle l'exploration l'a été... et l'on connaît les résultats concernant les fuites constatées sur la majorité des puits dit orphelins...

    Que leur travail soit surchargé par de nouvelles demandes et ceci sans leur accorder de temps supplémentaires, donne une bonne idée de la qualité et du type de rapport que veut le gouvernement: sur lequel il sera difficile de se baser officiellement... donc, qui sera possiblement placé sur une tablette plus facillement...

    Charest a plus d'un tour dans son sac pour rendre le Québec assez pauvre pour lui enlever sa possibilité d'autonomie et d'indépendance.

  • Marie-Hélène Parant - Inscrit 27 juillet 2012 11 h 58

    Anticosti - Pétition - Avaaz

    http://www.avaaz.org/fr/petition/Lile_dAnticosti_u


    L'île d'Anticosti est un joyau naturel située dans le golfe St-Laurent au Québec qu'on nomme la "Perle du St-Laurent" tant la splendeur de ses paysages est vertigineuse. Ses falaises immenses remplies de fossiles rares sont à couper le souffle ! On y retrouve une faune et une flore terrestres et aquatiques diversifiées dont plusieurs espèces menacées qui y trouvent refuge. Ses longs récifs font partie des dix zones d'importance écologique pour la croissance des espèces et la nourriture du golfe St-Laurent. Elle est donc d'une importance cruciale pour la vie de l'océan Atlantique. Les pétrolières envahissent déjà ce patrimoine naturel mondial inestimable pour l’exploration de gaz et pétrole de schiste. Le peuple québécois a été dépossédé par ce qu'on appelle maintenant le "Vol du siècle" et des apparences de conflits d’intérêts. Par principe de précaution, exigeons un moratoire complet pour éviter des dommages environnementaux irréversibles. + de photos : www.ile-anticosti.ca

    • Gaétan Laprise - Abonné 30 juillet 2012 17 h 45

      Intéressant ce nom de "Perle du St-Laurent". En trente ans d'insularité c'est la première fois que je le vois ! Je connaissais la "Perle des Antilles"; Haïti.

      Anticosti c'est sous le nom de "Cimetière du Golfe" qu'elle est connue. Je sais, ça donne un peu froid dans le dos mais c'est ainsi, il ne faut pas travestir la vérité.

  • Marie-France DOUCET - Inscrit 28 juillet 2012 09 h 43

    Involution durable 1/2


    Il faudrait applaudir ce qui d'évidence aurait dû être depuis le tout début, je suppose? Clap clap clap, voilà, c’est fait.

    Le jour où l'on va arrêter de jouer sur les mots, on va peut-être finir par avancer. Et pendant ce temps, pendant que les décisions cruciales pour l'avenir environnemental et énergétique du Québec ne se prennent pas, l'on fore la Gaspésie et Anticosti. L'industrie polluante, avec tous les permis en main, s’attaque à l'essence même de ces régions touristiques: leurs paysages naturels. L'on met à risque les éléments vitaux qui permettent aux populations locales (et d’ailleurs) de vivre : la pêche, l'agriculture, la forêt et le tourisme. Mais l’on brise davantage, car la Gaspésie et les Îles du golfe recèlent des richesses qui ont tellement de valeur qu’elles n’ont pas de prix : l'espace, la beauté et la tranquillité des lieux. L’on choisit d’y vivre pour ces raisons.

    Comme ces régions éloignées n’ont pas le poids du nombre à cause de la faible densité de population (donc même si elles crient, personne ne les entend), qu’elles regorgent d’eau douce pour approvisionner l’insatiable appétit de l’industrie qui remplacera l’eau clair, limpide et vive des cours d’eau par des bassins de résidus toxiques d’une laideur qui n’a d’égale que leur inutilité, eh bien, il est très facile pour l’industrie qui développe les énergies sales de débarquer avec ses gros sabots, les poches remplies d’autorisations et de financement publics, de tasser tout le monde, qui n’a plus un mot à dire parce que c’est légal, et de prendre possession des terres et des territoires en s’improvisant maîtres chez eux.

    Développement durable? Mon œil! C’est une involution durable qui laissera ses traces pendant des décennies et fort probablement davantage.

  • Louise Lefebvre - Inscrite 28 juillet 2012 16 h 47

    Stopper la consommation...

    Il faut que cesse l'augmentation de la demande en gaz naturel due aux nouveaux projets domiciliaires...c'est la seule façon de stopper le développement de l'industrie des gaz de schiste...si la demande augmente alors le gouvernement nous imposera ce développement inacceptable...