RIO + 20 : le sommet politique démarre dans la controverse

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	Comme des milliers d’autres personnes, des membres de la tribu brésilienne Kayapos ont manifesté hier dans les rues de Rio pour dénoncer le « capitalisme vert » que l’ONU proposerait sous la dictée des multinationales.</div>
Photo: Agence France-Presse (photo)
Comme des milliers d’autres personnes, des membres de la tribu brésilienne Kayapos ont manifesté hier dans les rues de Rio pour dénoncer le « capitalisme vert » que l’ONU proposerait sous la dictée des multinationales.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a ouvert hier la portion politique de Rio+20 en se disant convaincu qu’un « accord historique » était à la portée des quelque 100 chefs d’État et de gouvernement s’ils approuvent l’entente de principe adoptée lundi par les délégués.

L’absence des Obama, Merkel et Cameron, notamment, qui ont tenté dans les deux derniers jours de relancer la « croissance » lors d’une réunion du G20 au Mexique, illustre bien à quel point cette même croissance, dont on tente à Rio de réduire les impacts sur la planète, a peu de chances de se retrouver au banc des accusés, comme le réclame une partie importante de la société civile qui doute qu’une « économie verte » puisse permettre de reprendre le contrôle du climat, restaurer la biodiversité, réduire la pauvreté et instituer un meilleur équilibre entre les hémisphères nord et sud.


Ban Ki-moon s’est dit d’avis que l’humanité avait maintenant une « deuxième chance », une admission explicite de l’échec de la conférence de Rio de 1992 et de ses deux conventions principales sur la protection du climat et de la biodiversité malgré 20 ans de négociations. Se disant convaincu que l’entente de lundi est « axée sur l’action », il a affirmé que « si ces actions sont entreprises et que des mesures de suivi sont mises en place, Rio+20 fera une énorme différence dans le monde ».


Comme éléments positifs de cette entente, le secrétaire général de l’ONU a mentionné l’établissement éventuel d’objectifs de développement durable sur le modèle de ceux du Millénaire, le concept « d’économie verte », le renforcement du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), la mise au point de mesures de suivi pour la performance des entreprises, l’élargissement du concept de PIB pour évaluer le bien-être d’une nation, l’idée de développer éventuellement une stratégie de financement du développement durable et d’accoucher d’un cadre de production et de consommation durable.


Ban Ki-moon a insisté sur le fait qu’aucun accord réunissant autant de parties et d’intérêts aussi différents ne peut être acquis sans compromis de tous. Mais, a-t-il conclu, « Rio+20 n’est pas une fin mais un début ». Dans la plénière, une étudiante néo-zélandaise de 17 ans, Brittany Trifold, a lancé aux 2000 délégués : « J’ai du feu dans mon coeur. Je suis en colère contre le monde […] Nous sommes ici pour régler les problèmes que nous avons causés. Êtes-vous ici pour sauver la face ou pour nous sauver ? » La jeune fille a été vivement applaudie par l’assemblée…

 

Une entente décevante


Pendant ce temps, hier encore, l’entente de principe de lundi a continué d’être descendue en flammes par de nombreux groupes écologistes et de la société civile qui y déplorent l’absence d’objectifs et d’échéanciers, qu’on a remplacés par des « processus », pour en définir plus tard, l’absence de décision pour lancer les négociations en vue d’un nouveau traité sur la gestion de la partie internationale des océans et la faiblesse des propositions touchant la gouvernance environnementale internationale.


Même le premier ministre, Jean Charest, s’est dit en partie déçu du résultat de la conférence de Rio+20 jusqu’ici. Le premier ministre québécois passe la semaine à Rio, où il participe à différentes activités en marge du sommet.


La Presse canadienne rapportait hier qu’au cours d’un point de presse, Jean Charest a déclaré qu’il aurait aimé que la déclaration officielle « aille plus loin », notamment dans les engagements qui auraient matérialisé le concept « d’économie verte ». Il a aussi regretté que le texte soit plutôt flou sur la place qu’occuperont l’environnement et le développement durable dans les institutions comme la Francophonie.


D’autre part, des milliers de femmes ont défilé hier dans les rues de Rio pour dénoncer le « capitalisme vert » que l’ONU proposerait sous la dictée des multinationales, une philosophie censée déboucher sur la « marchandisation de la nature » - la crainte de nombreux peuples autochtones - et la privatisation des services publics essentiels, comme l’eau, l’épuration, etc.

 

Désobéissance civile


Pour Kumi Naido, le directeur de Greenpeace international, le mouvement environnemental doit réaliser que, s’il a gagné des batailles, il a perdu la guerre de la protection environnementale avec des ententes comme celle de Rio+20, qui ne sont pour lui qu’un tissu de voeux pieux sans engagements concrets, mesurables. Il faudra, dit-il, revenir à la désobéissance civile, comme l’ont fait tous les vrais libérateurs, a-t-il déclaré au Guardian de Londres. Dans ce contexte, un groupe international comme Greenpeace va devoir changer de stratégie, a-t-il dit.


Les maires du C40 voyaient les choses d’un autre oeil. Ce réseau de 59 mégapoles se donne comme objectif de réduire ses émissions de GES de 1,3 milliard de tonnes (gigatonnes ou Gt) par année d’ici 2030 sur le total prévu de 2,9 Gt. C’est l’équivalent des émissions combinées du Canada et du Mexique. Ces 59 mégapoles émettent ensemble 14 % de tous les GES annuellement. La priorité des villes ira au contrôle des émissions de méthane des grands dépotoirs. Les méthodes et initiatives mises au point dans les grandes villes vont être rendues disponibles aux plus petites qui voudraient s’en inspirer.


Pour le président du C40, Michael Bloomberg, maire de New York, les élus municipaux vont devoir relever de plus en plus les défis que les gouvernements nationaux n’arrivent pas à assumer, car la moitié de l’humanité vit désormais dans des milieux urbains.

9 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 21 juin 2012 06 h 08

    Plus la planete aura de la difficulté

    Le capitalisme vert, c'est la premiere fois que j'attendais cette expression, mais elle fait image. Ce qui veut dire qu'il n'y a pas de limites au mercantilisme, qu'il y aura toujours quelqu'un qui en fera son pain et son beurre
    Ca me fait penser a un ami, il y a tres tres lontemps, qui me disait qu'un jour, ce qui sera le plus payant, ce sera les vidanges, car les humains en produiront de plus en plus, aujourd'hui, je sais, qu'il avait raison. Donc morale de cette histoire, plus la planete aura de la difficulté a nourrir tout le monde, plus ce sera payant pour certains
    Encore une fois le devoir si vous voulez me censurer c'est maintenant.

    • Marie-France DOUCET - Inscrit 21 juin 2012 08 h 32

      J'aime particulièrement votre dernière phrase, et pour cause... :-)

  • Francois Parent - Inscrit 21 juin 2012 07 h 27

    Jean Charest parade à Rio

    Jean Charest se dit déçu et aurait aimé développer l'économie verte. Non mais quel culot, le Plan Nord rien d'une écomie verte. Harnacher une rivière plutôt que d'utiliser des éoliennes c'est cela sont espoir d'une économie verte? Charest joue les faux semblant et fait la parade.

    • Marie-France DOUCET - Inscrit 21 juin 2012 08 h 37

      Du culot, vous dites? Il défend l'environnement à l'autre bout du monde et autorise l'exploration pétrolière et gazière en terres québécois, et ce, en plus du plan qui perd le Nord!! Ce faisant, il est incapable de mettre un moratoire sur l'uranium et sur le pétrole-gaz. À beau mentir qui vient de loin...!!! Quelle incohérence!

  • Serge Grenier - Inscrit 21 juin 2012 09 h 03

    Désobéissance civile = légitime défense

    On a pas le choix, on en est rendus là :

    Soit la désobéissance civile prend assez d'ampleur
    pour forcer le changement de cap,
    soit les corporations gagnent
    et l'humanité ainsi que l'environnement perdent.

    Les corporations sont éternelles,
    mais sans êtres humains ni environnement
    elles seront éternellement inutiles.

    Serge Grenier

    • Gabriel Langlois - Inscrit 21 juin 2012 11 h 48

      La vérité est que la désobéissance civile (contestation pacifique) n'est pas un levier assez puissant. Nous sommes rendu au point où nous ne pouvons plus nier la corruption gouvernementale, la mauvaise foi des grandes entreprises et l'illusion des élections... il faut que le peuple prenne le pouvoir. Mais comment? Les élections sont « des pièges à cons », il faut bien l'admettre.

      Déjà il faut cesser de condamner la violence, cela ne fait qu'endurcir nos chaînes. Il faut aussi cesser de se mettre de la merde dans les yeux et de s'enterrer la tete dans le sable, la vie est belle, mais l'état de notre société est en décrépitude et nous avons d'énormes problèmes à régler!

  • Gilbert Talbot - Abonné 21 juin 2012 11 h 31

    Les corporations gagnent encore. Appel à la désobéissance civile.

    En fait c'est l'entreprise privée, les multinationales du pétrole, de l'auto, de l'alimentation des pharmaceutiques, des mines, qui gagnent encore à Rio +20. Le capitalisme vert, ça veut dire le capitalisme du billet vert, du dollar américain, de l'armement et de la guerre qui gagnent. C'est le refus du changement nécessaire, «Le déni de l'évidence» comme nous le chante si clairement «Mes aïeux». Comment dans ce contexte pourri, ne pas être d'accord avec Greenpeace et se tourner vers la désobéissance civile, comme l'ont compris les étudiants du Québec. Lorsque la loi et l'ordre ne servent plus le peuple, mais seulement les plus riches, le peuple a le devoir de se révolter pour sauver la planète.

    • France Marcotte - Inscrite 21 juin 2012 13 h 46

      Oui à la désobéissance civile comme légitime défense..mais c'est bien difficile de composer avec la répression qui se durcit, car c'est la riposte prévisible à laquelle il faudra s'attendre.
      Une riposte musclée et disproportionnée, à la mesure des acquis de la cupidité à préserver avec le concours des institutions supposément démocratiques.
      L'anti-émeute qui me tape sur la gueule simplement parce que j'ai parlé un peu trop franc...faudra que j'apprenne à faire avec.

  • abderrahmane oucible - Inscrit 22 juin 2012 10 h 46

    Les voyous se moquent bien de nous

    Serge Grenier, Gabriel Longlois, Gilbert Talbot et France Marcotte; je suis tout à fait de votre coté mais la difference entre nous et ces voyous c'est qu'ils communiquent entre eux et s'ent'aident alors que nous boudons indefiniment tout en encourageant ces derniers dans leur activités illicites : soit leur marathon à l'extermination de notre biosphére.
    Nous achetons leurs productions inconsciement . Par exemple l'huile de palme, des voitures qui polluent, des medicaments non controlés etc...Bref nous sommes devenus dependant d'eux et de leurs cochoneries. Je pense qu'ils vont finir par nous transformer en souris de laboratoire soit des cobayes.
    Nous ne demandons rien et n'exigeons rien et en plus nous continuons à accepter tout ce qu'on nous proposent dans leur fausses publicités.
    Solution: créons des associations et des associations d'associations et communiquons entre nous .