Rio + 20 se mérite déjà une note d'échec - Un texte sans ambition pour assurer un consensus

Quelque 50 000 environnementalistes, indigènes et altermondialistes sont réunis au parc Flamengo, au centre de Rio, pour ce qu’il est convenu d’appeler le « sommet parallèle » de la société civile. On y conteste sérieusement le concept d’« économie verte » mis de l’avant par l’ONU, qui jouit de l’appui des multinationales.
Photo: Agence Reuters Nacho Doce Quelque 50 000 environnementalistes, indigènes et altermondialistes sont réunis au parc Flamengo, au centre de Rio, pour ce qu’il est convenu d’appeler le « sommet parallèle » de la société civile. On y conteste sérieusement le concept d’« économie verte » mis de l’avant par l’ONU, qui jouit de l’appui des multinationales.

L’Assemblée plénière de l’ONU a adopté hier à Rio le texte de ce qui deviendra sans doute d’ici vendredi la « Déclaration finale » de la conférence, un texte immédiatement qualifié par la plupart de « faible », voire décrit comme un « échec » total, étant donné l’acuité des enjeux.

Il a été adopté à l’unanimité des 193 pays présents à titre de document provisoire. Il sera soumis aux chefs d’État et aux plénipotentiaires qui arrivaient massivement hier dans la capitale brésilienne en prévision du volet « politique » de Rio+20. Au dernier décompte, on prévoyait la présence de 109 chefs d’État et de dizaines de ministres, de 2500 délégués officiels. Quant aux quelque 50 000 environnementalistes, indigènes et altermondialistes, ils se réunissent au parc Flamengo, au centre de Rio, pour ce qu’il est convenu d’appeler le « sommet parallèle » de la société civile.


On y conteste sérieusement le concept d’« économie verte » mis de l’avant par l’ONU, qui jouit de l’appui des multinationales. Ce « capitalisme vert » est jugé incapable d’inverser les tendances d’une économie mondiale axée sur une croissance constante, identifiée comme la cause principale du réchauffement du climat et du déclin de la biodiversité.


Le projet de déclaration, qui fait l’objet de négociations depuis cinq mois, a été mis au point dans la nuit de lundi à hier grâce aux interventions musclées de la direction brésilienne de la conférence. Jusque-là, l’Union européenne estimait le texte disponible « dépourvu d’ambition » et parlait de « régression du multilatéralisme », en plus de le juger incapable de réformer la gouvernance environnementale internationale.


Pour les États-Unis, représentés par leur secrétaire d’État Hillary Clinton, le texte adopté hier est intouchable, au risque de rompre l’accord donné hier en plénière.


C’est ainsi que la proposition du Congo de faire du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) une véritable organisation de l’ONU pour l’environnement — un pendant musclé à l’OMC — a été férocement combattue par les États-Unis. On renforcera quelque peu les pouvoirs de coordination du PNUE.


Au lieu de lancer les négociations sur un traité sur l’exploitation des richesses naturelles des territoires océaniques ayant statut d’eaux internationales, il a tout au plus été convenu d’adopter un processus pour tenter, à compter de 2015, d’accoucher d’« objectifs » consensuels dans ce domaine. Aucun objectif ou échéancier de réduction des subventions aux pétrolières n’a été fixé, au-delà d’un vague souhait de les réduire.


Fortes réactions


Pour Steven Guilbeault, du groupe Équiterre, « les chefs d’État qui commencent à arriver ont un sérieux examen de conscience à faire. Ils vont devoir se demander qu’est-ce qui est le plus important : avoir une entente à tout prix et regarder la planète se dégrader davantage et laisser augmenter l’écart entre pays pauvres et riches ? Ou avoir le courage de dire : on ne signe pas ça ! ». Même si personne n’est arrivé à Rio avec l’idée qu’on y révolutionnerait la gouvernance environnementale, « tous se disaient qu’on devrait avoir au moins une solide déclaration finale sur laquelle on pourrait tabler pour aller plus loin. Mais ce qui est sur la table, c’est une fraction de ce à quoi on s’attendait. Quant au rôle du Canada dans cette négociation, un seul mot le décrit : nous sommes devenus un État voyou ! ».


Patrick Bonin, le porte-parole de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), explique de son côté que le projet de texte entériné hier est plus faible que celui dont tout le monde déplorait la faiblesse samedi.


« Les pays développés, dit-il, continuent de consacrer plus de 750 milliards par an en subventions aux pétrolières et ils osent prétendre ici qu’ils ne sont pas capables de mettre sur la table 30 milliards par année pour aider les pays en développement à commencer à se sortir du trou, à se doter des équipements pour avoir de l’eau potable et un minimum d’assainissement et un minimum d’énergie pour tous. C’est proprement scandaleux, y compris de voir le Canada tenir ce discours. Le Canada, de son côté, n’a même pas encore versé tout l’argent qu’il avait promis à Copenhague ! »


L’Europe déçue


La commissaire européenne au climat, Connie Hedegaard, s’est faite cinglante : « Personne dans la pièce où ce texte a été adopté, a-t-elle écrit sur Twitter, n’était heureux. Il est faible. Ils le savent tous. Décevant. »


« On a fait de notre mieux », a fait valoir Peter Altmeier, ministre allemand de l’Environnement, et « après l’échec de Copenhague [en 2009], c’est un signe encourageant. » « C’était très important d’éviter un échec de cette conférence. » Il a admis néanmoins qu’il n’était « pas satisfait à 100 % ».


Même son de cloche chez les ministres français Nicole Bricq (Écologie) et Pascal Canfin (Développement), qui ont relevé des « avancées » et fait état de « reculs du multilatéralisme qui ont été évités ».


L’Europe « aurait souhaité un texte plus ambitieux », mais « on est allés le plus loin qu’on pouvait dans une négociation avec les rapports de forces qu’il y avait », a noté Mme Bricq.


Pour Antonio Patriota, ministre brésilien des Affaires étrangères, « l’esprit de Rio reste vivant 20 ans après » le Sommet de la Terre de 1992.


Mais la plupart des grandes ONG sont montées au créneau contre ce projet de déclaration.


Pour CARE, une association de lutte contre la pauvreté, les négociations ont « clairement démontré un manque d’ambition de la part des dirigeants mondiaux » face à des défis essentiels. Pour WWF, ce texte constitue « un échec colossal », et « c’est aux leaders mondiaux maintenant de sauver ce processus », faute de quoi « ils auront plongé Rio+20 dans le ridicule ».


Greenpeace a parlé d’« échec épique », estimant qu’il s’agissait du « testament du modèle de développement destructeur du XXe siècle ». Pour Oxfam, « ce sommet pourrait être fini avant d’avoir commencé ».


« Si le texte demeure en l’état actuel, la Conférence sera un échec historique », a commenté le CCFD-Terre solidaire, une association d’aide au développement dans les pays du sud.


***

 

Avec l’Agence France-Presse

***

Une biodiversité en danger

Selon le dernier bilan de la biodiversité terrestre, divulgué hier à Rio par l’Union internationale pour la conservation de la nature :

  • sur 63 837 espèces recensées, 19 817 pourraient disparaître dans le prochain siècle ;
  • 41 % des 19 817 espèces en péril sont des amphibiens, 25 % des mammifères, 20 % des plantes, 13 % des oiseaux ;
  • 3947 sont dans une situation critique, 5766 sont en danger et 10 104 sont considérées comme menacées ;
  • les disparitions sont généralement causées par la destruction des milieux naturels, mais aussi, et de plus en plus, en raison de la concurrence d’espèces envahissantes, souvent aidées par le réchauffement du climat ;
  • dans certaines régions, 90 % des populations côtières subsistent grâce à la pêche, mais la surpêche a réduit jusqu’à 90 % les stocks de poissons dont elles dépendent.
10 commentaires
  • Roland Guerre - Inscrit 20 juin 2012 01 h 41

    Transition écologique et prise de conscience

    La transition écologique, dans laquelle nous sommes entrés, impose à chaque membre de la communauté internationale une vigoureuse prise de conscience des problèmes à affronter (après pétrole, après uranium, protection des milieux océaniques, sauvegarde du poumon amazonien, du monde boréal...), une coopération étroite aux programmes de recherche, à la mise en oeuvre des nouvelles politiques environnementales, à la définition de notre nouveau mode de vie.

    • Marie-France DOUCET - Inscrit 20 juin 2012 09 h 52

      1/2

      Wow!! Il n'y a pas qu'Ô Canada qu'on navigue à contre-courant.

      - « Après pétrole » : avec les projets d'exploration pétrolière et gazière en Gaspésie et dans le golfe du Saint-Laurent; avec les projets de gaz de « shit » dans la Vallée du Saint-Laurent.

      - « après uranium » : avec les projets d'exploration de mines d'uranium à Matoush et en Minganie pour ne nommer que ceux-là (en fait, il y en a au moins onze projets uranifères bien identifiés).

      - « protection des milieux océaniques » : avec le fleuve Saint-Laurent qui souffre d'anoxie (manque d’oxygène) jusqu'à la hauteur de Sept-Îles et qui sera privé des apports d’eaux vives d'un de ses plus grands tributaires, la rivière Romaine, et ce, sans parler des projets pétroliers Old Harry et ceux sur l'île d'Anticosti.

      - « sauvegarde du monde boréal » : avec le développement débridé du Plan Nord qui, au lieu de préserver d’abord les écosystèmes dont la valeur est exceptionnelle, irremplaçable, et d’offrir ensuite le reste du territoire à l’exploration-exploitation minière, fait le contraire.

      Bravo!!

      Au fait, quelqu’un peut me dire à qui profite vraiment tous ces forums-conférences-rencontres internationaux qui n’atteignent jamais le sommet?

    • Marie-France DOUCET - Inscrit 20 juin 2012 09 h 54

      2/2

      « Tous s’écartent quand ils voient passer un homme qui sait où il va. » (Antoine de Saint-Exupéry) et, souvent, tous le suivent.

      J’étais convaincue que le Québec était ce pays, le pays exemplaire, avec l’abondance de ses ressources-richesses naturelles renouvelables et l’expertise de ses spécialistes, mais force est d’admettre qu’il est assis sur son potentiel, qu’il respecte à la lettre la loi du moindre effort (parce que ça prend de la volonté, de la complicité et des efforts pour dire OUI aux énergies de demain) et qu’il n’a pas le courage de ses « ambitions verbales ».

      La majorité des avancées environnementales ont été défendues à bout de bras, becs et ongles, par des écologistes téméraires qui ont multiplié les démarches sans compter. Merci à ces anges-gardiens de la nature qui ont veillé et continuent de défendre sans relâche les éléments vitaux que sont l’eau, l’air, le sol, les forêts et les océans.

      Marie-France Doucet
      Écocitoyenne
      Étudiante en sciences de l'environnement
      « Biomes » du « Sans Papier », Télé-université
      http://benhur.teluq.uquebec.ca/wordpress/sanspapie

  • Denis Paquette - Abonné 20 juin 2012 04 h 22

    Premier ministre du Canada

    Nous on s'occupent de choses sérieuses, Stephen Harper, premier ministre du Canada

  • Mariette Payeur - Inscrite 20 juin 2012 08 h 03

    Résumé

    Après le G-vain, le Rio-vain?

  • Gilbert Talbot - Abonné 20 juin 2012 10 h 43

    Harper est un voyou !

    «Nous sommes devenus un État voyou!», estime Steven Guilbault, parce que son dirigeant, Stephen Harper est un voyou, qui ne respecte plus son propre parlement, qui bousille les recherches environnementales et qui soutient l'exploitation du pétrole le plus sale, celui des sables bitumineux de l'Alberta.

  • Louis Bourque - Inscrit 20 juin 2012 11 h 37

    Échec ou programme de modification environnementale?

    Doit-on vraiment parler d'échec?

    Il m'est plus ou moins aisé de concevoir en quoi le produit de la conférence de Rio serait un échec. Ou l'échec d'une communauté de délégués nationaux. Il s'agit du produit de rapports de force, tout simplement. S'agirait-il même d'un programme de modification de l'état de l'environnement ?

    Lors d'une conférence organisée par Alternatives le 9 juin dernier, le journaliste Hervé Kempf affirmait que la destruction de l'environnement est un ''projet du capital''. Cela est bien plausible car la nature rend des services décentralisés, gratuits et autorégulés. Tout le contraire de l'intérêt de l'oligarchie capitaliste. Le remplacement des services naturels offre au capital un intérêt captif, et la possibilité d'une régulation sociale autoritaire (du moins hautement spécialisée).

    En conséquence, les moyens de sortie du capitalisme mondialisé que sont les réseaux d'échange locaux, l'agriculture locale, la réindustrialisation, les services publics et la production décentralisée d'énergie doivent être au centre d'une stratégie de conservation environnementale. Cela, au lieu du sauvetage des banques, de la dérèglementation du travail et du capital visée par les traités internationaux, l'ingénierie environnementale et le service paramilitaire de l'ordre capitaliste.

    … J'aimerais que le Devoir publie éventuellement un article ou un petit cahier mettant en rapport les crises environnementales et économiques, leur gestion actuelle, notamment par notre ''État voyou''' dont rend peu compte l'AFP.

    Référence : http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/enkiosque.php?id

    Conférence de Kempf (éventuellement en ligne) : http://journal.alternatives.ca/fra/journal-alterna

    Merci!
    merci à M. Francoeur pour son suivi extensif des politiques environnementales.

    • Pierre Vaillancourt - Abonné 20 juin 2012 18 h 37

      Note au webmestre : comme mon 1er envoi a été refusé, probablement à cause de la conclusion, voici une version plus soft.

      ***

      Si j'ai bien compris, le développement durable c'est une forme de développement que l'on pourrait soutenir à long terme, partout sur Terre, sans épuiser les ressources de la planète.

      Est-ce que partout sur la Terre on pourrait rouler en voiture, souvent avec deux voitures par famille, avec de grosses cylindrées, est-ce que tous les adultes sur notre planète pourraient aussi fermer les vitres de leur voiture et utiliser l'air climatisé dès qu'il fait le moindrement un peu chaud, comme on le fait ici, est-ce que tout le monde sur la planète pourrait avoir son cellulaire, son adresse Facebook et ses photos et recettes sur un des milliers de serveurs de cette nouvelle multinationale cotée en bourse, est-ce que tous les Terriens pourraient avoir un compte Twitter et posséder le dernier modèle de MacBook, iPad, iPhone et iPod, est-ce que tout le monde sur Terre pourrait manger du boeuf plusieurs fois par semaine ?

      Nous sommes des voyous, nous sommes des autruches, nous ne voulons pas voir l'état de la planète ni la situation critique quant au réchauffement climatique, nous ne voulons surtout pas voir les quelque 500 000 réfugiés qui sont toujours dans des camps insalubres 10 ans après la famine en Somalie, ni les 500 000 réfugiés qui croupissent encore dans des conditions inhumaines en Haïti, deux ans après le terrible séisme qui a ébranlé ce pays.

      Nous sommes des voyous, des égoïstes, des capitalistes matérialistes individualistes de la pire espèce et j'ai honte de nous. Pour vrai.

      Vivement, que les peuples opprimés de la Terre se lèvent et qu'ils revendiquent ce que nous leur refusons : le droit à une vie heureuse comme nous, dans des conditions semblables aux nôtres, ce qui implique que nous devions changer notre façon de vivre et notre modèle de développement.