La société civile est appelée en renfort pour soutenir l’économie verte

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Le président de la CSN, Louis Roy
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le président de la CSN, Louis Roy

Ce texte fait partie du cahier spécial Sommet de la Terre Rio + 20

En préparation de Rio+20, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) a réalisé le document Vers une économie verte, qui figure comme un rapport d’information de premier plan dans le déroulement de cette rencontre planétaire. Le président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Louis Roy, se tourne vers ce type d’économie, qu’il associe volontiers à des valeurs syndicales.

Louis Roy tient ce discours au sujet de ce deuxième grand forum tenu dans la ville brésilienne : « Il y a quelque chose de nouveau qu’on n’avait pas vu il y a 20 ans quand on a tenu le premier sommet de Rio : c’est la présence de la société civile. Depuis ce temps, beaucoup d’organisations ou de regroupements de toutes sortes de gens, qui n’appartiennent pas au monde syndical, sont entrés en scène ; ils vont prendre la parole à Rio en espérant que leurs pressions servent de contrepoids face à ceux qui ne nous parlent que d’économie et d’emplois. »


Il prend position : « Nous, on pense qu’il y a moyen d’avoir un développement économique et des emplois, mais en réduisant la facture écologique, et cela, même dans des pays en émergence. Il nous faut trouver une autre façon de faire qui serait beaucoup plus locale et on doit se diriger, idéalement le plus rapidement possible, vers une économie qui est moins polluante et qui servirait quand même à créer du travail décent un peu partout. »


Il est temps d’envisager l’avenir selon un autre modèle que celui qui a cours actuellement : « Il y a beaucoup de travail à accomplir dans ce sens avec l’État, mais aussi avec les sociétés civiles. Si on n’a pas dans chaque pays une vision citoyenne du développement vert, on n’arrivera pas à pousser nos gouvernements vers celui-ci ; ils sont trop obnubilés par des questions financières. » Il en rajoute : « Ceux qui mènent le monde aujourd’hui, ce sont quasiment les agences de notation et les grands prêteurs institutionnels ; de plus, ils le font avec notre argent, avec ces sommes qui sont regroupées dans des fonds de retraite ou de placement et qui se retournent contre nous sur le plan écologique et sur celui d’une vision à long terme du développement économique ; ils agissent ainsi pour obtenir des rendements à court terme, que nous réclamons d’ailleurs nous-mêmes. »


Le temps est venu de briser ce cercle vicieux : « On pensait qu’on était capable de le faire avec les États, mais il va falloir exercer une pression citoyenne. Tout comme dans le cas des sables bitumineux de l’Alberta, il faut que ce soient les citoyens qui prennent conscience du problème et qui disent : “ Il y a des solutions de rechange économiques à mettre en place ”. Ça peut prendre un certain temps pour y arriver, mais, si on ne commence pas maintenant à le faire, on ne réussira jamais. » Il importe que la société civile amène les gouvernements à réfléchir et à agir dans le sens d’une économie verte.

 

La prise en charge syndicale


Il y a un rapprochement à faire entre la nouvelle forme d’économie et les valeurs que défendent les syndicats : « Le premier, c’est que l’économie verte représente une question de développement durable ; on pense que, dans une société, il doit y avoir un développement économique de longue durée qui servirait éventuellement à régler presque totalement des problèmes de pauvreté et d’accès à l’eau. On est touché syndicalement pour deux raisons par cette économie : il y a d’abord l’aspect de l’emploi et du développement, mais aussi celui de la vision et de la protection sociales. »


Dans ce sens-là, il y a un réel engagement des mouvements : « Cela se traduit de diverses façons. Il y a d’abord de nombreux syndicats, notamment dans le domaine du papier, qui ont travaillé très fort depuis plusieurs années sur les problématiques écologiques, ce qui a même parfois occasionné l’émergence de petites sociétés de traitement de l’eau ainsi que de mécanismes pour éviter de polluer par la filtration des eaux usées et même par l’utilisation des résidus. Il y a donc eu ce premier geste qui a été posé pour réduire l’empreinte écologique ou pour mieux contrôler la gestion de l’émission de produits polluants de différentes natures. »


Il aborde un autre volet des interventions : « On a appliqué des politiques de réduction d’énergie ; les syndicats locaux sont beaucoup intervenus avec les patrons sur ce plan. Dans le cadre des pressions qu’on subit pour être toujours plus efficace et efficient en réduisant les coûts de l’industrie, les travailleurs ont souvent des idées géniales pour réduire la consommation d’eau et d’énergie. » Les syndicats font preuve d’abord et avant tout d’un engagement écologique par les actions posées sur le terrain où ils évoluent.


Il salue l’apparition de la relève : « Les jeunes, qui sont arrivés en plus grand nombre dans nos rangs, avaient des préoccupations écologiques ; pour eux, la notion ou l’affinité entre écologisme et syndicalisme apparaît beaucoup plus claire. Plusieurs militent dans nos organisations parce que celles-ci travaillent sur des dossiers liés à l’environnement. »

 

Un fonds tourné vers une économie plus verte


En 1995, la CSN a mis sur pied Fondaction, un fonds de travailleurs et de développement axé sur la coopération et l’emploi ; une pareille démarche s’inscrit dans le sens de la mise en valeur d’une économie moins réductrice. Louis Roy décrit l’objectif poursuivi : « On voulait concentrer notre travail d’investissement sur une approche davantage coopérative qui porte sur l’organisation de l’entreprise ; on souhaitait aussi collaborer avec des entreprises qui avaient une vision plus écologique et plus verte, ce qui nous a conduits à côtoyer des groupes comme Écotech Québec, cette espèce de grappe industrielle formée de gens qui tentent de développer des entreprises plus écologiques. »


Il s’est opéré chez Fondaction un changement de cap dans les investissements : « On a amplifié dans le sens vert, si j’ose dire, notre regard et notre perception des demandes de financement que nous recevons ; maintenant, on a tendance à vouloir prioriser les entreprises qui font du développement dans cette direction-là. On s’est même assuré de posséder des expertises de ce côté au sein de notre conseil d’administration, notamment en matière de développement durable. »


Un tel virage débouche sur un but à atteindre à plus long terme : « En effectuant de petits investissements dans des entreprises qui ont une large vision écologique, on espère qu’on va aussi créer au Québec un pôle d’attraction pour se doter d’une véritable expertise écologique. On espère également que cette façon d’agir va servir à la mise en place ici d’un plan de développement industriel vert. »



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