De Stockholm 1972 à Rio + 20 - «Rio nous avait donné énormément d’espoir»

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Sommet de la Terre Rio + 20

Les mouvements écologistes commencent leur ébullition dès les années 1960, mais c’est au début des années 1970 que le grand éveil mondial se produit.

Le Club de Rome, un regroupement de personnes influentes interpellées par le sort de la planète, commande un rapport qui sera publié en 1972 sous le titre de Halte à la croissance ?. En juin de cette même année, la Conférence des Nations unies sur l’environnement humain devient le premier sommet international où la question écologique est intégrée à l’ordre du jour. Plus d’une centaine de pays sont présents. Un plan d’action est adopté et mène à la création de Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). La Conférence de Stockholm « a eu une grande influence, parce que tous les pays étaient représentés. C’était un événement international d’une grande envergure, note Jean-Guy Vaillancourt, écosociologue à la retraite. Depuis ce temps-là, il y a eu d’autres événements, mais je pense que ça demeure l’un des plus importants. »


Ce nouvel engouement n’empêche pas que, au début des années 1980, « il y a eu un petit creux » dans les démarches, explique le professeur maintenant à la retraite. En 1982, un Sommet de la Terre, souvent oublié dans les annales, se déroule au Kenya et débouche sur un échec sans équivoque. Le président américain en place à ce moment, Ronald Reagan, n’accorde aucune importance à la question de l’environnement. « C’est pour ça que la Conférence de Nairobi a été un échec, assure M. Vaillancourt. Et, dans les mouvements sociaux, les gens s’intéressaient davantage aux questions de paix. Dans l’environnement, c’était la question du nucléaire qui préoccupait les gens. […] À ce moment-là, le monde avait davantage peur d’une guerre nucléaire. La guerre froide s’était réactivée avec Reagan et Brejnev », rappelle-t-il.

 

Vint Gro Harlem Brundtland


L’année suivante, l’Assemblée générale des Nations unies met en place la Commission mondiale sur l’environnement et le développement, présidé par la Norvégienne Gro Harlem Brundtland. En 1987, la Commission dépose le célèbre rapport Brundtland, qui met de l’avant le concept de développement durable en le définissant comme « un développement qui permet d’assurer les besoins du présent, sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ».


À cette époque, les problèmes de la couche d’ozone et des pluies acides commencent à sensibiliser de nouveau la communauté internationale à la cause écologique. En 1988, les Nations unies créent le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), qui deviendra une mine d’or d’information dans l’analyse du réchauffement de la planète, dont il prouvera l’existence durant les décennies suivantes.


Puis, 1992 marque un moment-charnière. Rio de Janeiro accueille la Conférence des Nations unies sur l’environnement et le développement, qui constitue « un coup de barre très fort pour le mouvement vert », indique M. Vaillancourt. Près de 20 000 personnes participent à ce sommet. La Déclaration de Rio met de l’avant les principes de précaution et de pollueur-payeur pour protéger l’environnement. Les 178 gouvernements présents adoptent l’Agenda 21, dont les 2500 recommandations les engagent dans la voie du développement durable. Trois conventions sont aussi alors adoptées : une sur les changements climatiques, une autre sur la diversité biologique et une troisième, plus méconnue, sur la désertification. À noter que, depuis 1996, Montréal abrite le siège du Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique.


« Rio nous avait donné énormément d’espoir en droit de l’environnement, admet Maryse Grandbois, spécialiste du droit de l’environnement, jointe par téléphone au Vanuatu, où elle enseigne maintenant à l’Université South Pacific. C’était comme une espèce d’avènement. Ça promettait énormément. On pensait que l’environnement et le développement allaient être liés à partir du droit de l’environnement, que le droit international de l’environnement allait énormément se développer — ce qui a été vrai pendant quelques années — mais cela s’est complètement renversé avec le développement des instruments économiques à partir du Protocole de Kyoto. »


Un protocole, enfin!


C’est en 1997, lors de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques tenue à Kyoto, au Japon, qu’est signé le protocole de la convention portant sur ce sujet. Par le biais de ce traité international, qui entrera en vigueur huit ans plus tard, les pays s’engagent à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre par rapport à leur niveau de 1990.


En 2002, l’ONU organise le Sommet mondial du développement durable à Johannesburg, en Afrique du Sud. Son but : évaluer les résultats obtenus depuis la Conférence de Rio et donner un nouveau souffle aux engagements sur le développement durable. « On s’est retrouvé à Johannesburg avec un trio de développement durable : l’environnement, la société et l’économie », précise Maryse Grandbois. Le Sommet débouche sur une déclaration et un plan de mise en oeuvre intégrant entre autres des ententes sur l’eau, l’agriculture, la diversité biologique, les soins de santé et l’énergie.


En 2010, la Conférence sur la diversité biologique de Nagoya aboutit à un protocole sur l’accès et le partage des bénéfices génétiques de la biodiversité. Par contre, « avec le développement des instruments économiques, au cours des dix dernières années, le droit n’est plus le principal moyen d’assurer le développement durable », note Maryse Grandbois. À partir d’aujourd’hui, la Conférence des Nations unies sur le développement durable, surnommé Rio+20, tentera de relancer l’engagement international envers le développement durable qui avait été amorcé 20 ans plus tôt dans la métropole brésilienne. Les deux thèmes principaux de ce Sommet de la Terre seront l’économie verte dans un contexte d’éradication de la pauvreté et le cadre institutionnel du développement durable.
 


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