Espace francophone - «Il y a une solidarité qui se dégage»

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Sommet de la Terre Rio + 20

Les pays membres de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) feront le déplacement à Rio+20, et pas seulement pour y faire de la figuration. Ils ont des propositions concrètes à faire et ont déjà planché là-dessus lors d’une réunion préparatoire tenue à Lyon (France), en février dernier. Deux grands axes retiennent l’attention des 75 pays : l’économie verte dans une dynamique de lutte contre la pauvreté et la bonne gouvernance du développement durable.

« L’espace de la Francophonie est composé de pays développés, de pays en voie de l’être et de pays moins avancés, note Fatimata Dia Touré, directrice de l’Institut de l’énergie et de l’environnement de la Francophonie (IEPF), organisme mandaté par l’OIF pour préparer Rio. En matière de développement durable, tous n’ont donc pas les mêmes intérêts, mais il y a une certaine solidarité qui se dégage, la volonté de faire front commun, qui nous permet, quel que soit notre niveau de développement, de parvenir à parler d’une seule et même voix. »


L’objectif : améliorer les conditions de vie des populations via une exploitation durable des ressources. Pour cela, le développement durable ne doit pas être un dogme à appliquer tel quel, quelle que soit la situation du pays, mais doit bel et bien être pensé, réfléchi, mis en place aux niveaux local, régional, national, en fonction des problématiques propres à chaque entité.


« Si tous les pays émergents adoptaient le modèle de développement des pays occidentaux, il faudrait deux ou trois planètes de plus pour s’en sortir !, interpelle Mme Dia Touré. Il faut que les Occidentaux montrent l’exemple, car s’ils continuent à produire, à consommer, à tirer autant sur les ressources, nous allons droit dans le mur. Prenons l’exemple de l’eau. Chaque Nord-Américain en consomme de 600 à 800 litres par jour en moyenne… Dans les pays subsahariens, c’est de 5 à 10 litres… Et encore, quand ils y ont accès. Nous avons trop demandé à la planète, nous avons trop exploité les ressources au détriment de l’environnement. Les pays qui cherchent à se développer ne doivent pas adopter le modèle occidental, mais les Occidentaux doivent eux aussi l’abandonner. »

 

Réagir


Parce qu’elle regroupe tout type de niveau de développement et qu’elle partage une langue commune, une culture commune, la Francophonie serait un bel espace de discussion en matière de développement durable. « D’autant que nombre de nos pays membres sont touchés de plein fouet par les conséquences du développement à outrance, irréfléchi, note la directrice de l’IEPF. Les pays situés en Afrique notamment : l’insécurité alimentaire, la désertification, les changements climatiques sont autant de fléaux qui font des ravages. Il faut donc mettre en place des politiques locales afin de permettre une exploitation des ressources propre à assurer une économie durable, d’une part, et une économie qui permette aux populations de s’en sortir, d’autre part. »


Pas facile quand les populations en question sont en mode de survie. Pas facile de leur faire comprendre que la réussite passe par des solutions à moyen terme, voire à long terme, alors même qu’elles cherchent comment se nourrir le soir même. « Mais ça vient, estime Fatimata Dia Touré. Justement parce que nous cherchons des solutions locales, adaptées. Nous sortons du dogme. Prenons le thème de la désertification, par exemple. Longtemps, on ne parlait que de planter, planter, planter encore et toujours des arbres pour lutter contre l’avancée du désert. Finalement, le forestier est devenu la bête noire de tous les agriculteurs parce qu’il leur volait les terres… Aujourd’hui, nous avons une démarche moins sectaire. La reforestation, oui, c’est fondamental, mais il faut aussi préserver des terres agricoles et pastorales. La démarche de développement durable est également un facteur de lien social… Elle permet aux gens, aux différentes parties de se parler et de chercher une synergie. Et c’est possible : il y a des expériences qui ont été testées et qui ont donné de très bons résultats. Il faut maintenant qu’elles partent des universités et des laboratoires pour aller sur le terrain… La déclaration de Rio+20 devra sortir avec des propositions concrètes. »


Prise de conscience


Fatimata Dia Touré dit avoir espoir que ça se passe ainsi. Parce que, depuis quarante ans qu’on parle de développement durable, elle sent que la réelle prise de conscience des populations se fait aujourd’hui. Auparavant, les discussions avaient lieu entre spécialistes. Aujourd’hui, tout le monde se sent responsabilisé, si ce n’est responsable. « Chaque citoyen sait qu’il peut avoir un impact s’il change son comportement, assure-t-elle. Et, à ce niveau-là, l’intervention de la Francophonie est pertinente. Souvent, on oppose les préoccupations pour le développement durable aux préoccupations économiques primaires du type survie. On se rend compte aujourd’hui, avec la désertification, avec la perte de la biodiversité, avec les impacts négatifs des changements climatiques, que, si on continue comme ça, on ne pourra jamais prétendre assurer le minimum dont on a besoin au quotidien. Si, dans un groupe comme la Francophonie, les pays développés sont prêts à montrer l’exemple, alors les autres vont emboîter le pas. »


Mais cela passera inévitablement par une révolution culturelle. Il faudra accepter de délaisser nos modes de vie énergivores pour aller vers une plus grande efficacité énergétique. Une démarche qui sera sans doute plus facile pour les populations des pays du Sud, qui n’ont pas encore goûté à la surconsommation… De l’espoir, certes il y en a donc… Si tant est qu’on gère bien les frustrations.


Collaboratrice