L’humanité se rapproche de la capacité limite de la Terre

La pollution de l’air, un des premiers dossiers attaqués en environnement, continue de faire 2 millions de morts prématurées, dont 900 000 enfants de moins de cinq ans, en raison de l’usage de combustibles impropres dans les maisons.
Photo: Agence Reuters La pollution de l’air, un des premiers dossiers attaqués en environnement, continue de faire 2 millions de morts prématurées, dont 900 000 enfants de moins de cinq ans, en raison de l’usage de combustibles impropres dans les maisons.

La science indique que « les pressions exercées sur les écosystèmes terrestres poussent ces derniers vers leurs limites biophysiques et que ces limites sont presque déjà atteintes. Dans certains cas, elles sont déjà dépassées ».

Tel est bilan alarmant que dresse « GEO-5 », le cinquième bilan quinquennal de l’état de la planète du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). « GEO-5 » est publié à deux semaines de l’assemblée générale extraordinaire des Nations unies qui se tiendra à Rio du 20 au 22 juin prochain. Le premier de ces bilans avait été publié avant la conférence de Rio de 1992, qui avait débouché sur les deux conventions internationales sur la protection du climat et de la biodiversité.


« GEO-5 » lance un avertissement très clair : « Si l’humanité ne modifie pas d’urgence ses façons de faire, plusieurs seuils critiques vont être franchis, au-delà desquels des changements abrupts et généralement irréversibles pour les fonctions de base de la vie sur Terre pourraient se produire. »


« Si cette situation perdure, si les structures actuelles de production et de consommation des ressources naturelles continuent de prévaloir et si rien n’est fait pour inverser la tendance, les gouvernements devront assumer la responsabilité d’un niveau de dégradation et de dommages sans précédent », indiquait de son côté Achim Steiner, le directeur général du PNUE.


Le bilan dressé par « GEO-5 » indique sur 90 objectifs majeurs, convenus par la communauté internationale, des progrès significatifs ont été accomplis dans seulement quatre de ces dossiers, soit la protection de la couche d’ozone, l’élimination du plomb dans l’essence, l’accès à une eau de meilleure qualité et l’intensification de la recherche sur la pollution des mers.


Des progrès « mitigés » ont été enregistrés dans l’atteinte de 40 autres objectifs, notamment par l’augmentation des aires protégées, qui couvrent 13 % des terres émergées, et la réduction du taux annuel de déforestation, qui est passé de 16 à 13 millions d’hectares entre 2000 et 2010.


Peu ou pas de progrès du tout caractérisent 24 autres objectifs que s’est aussi donnés la communauté internationale dans les dossiers touchant notamment le climat, les stocks de poissons, la lutte contre la désertification et les sécheresses. Dans huit autres des 90 dossiers prioritaires, « GEO-5 » constate même d’importantes détériorations de la situation, notamment dans le cas des récifs coralliens, pour lesquels il n’existe aucun bilan global. Dans 14 autres dossiers pourtant dotés eux aussi d’objectifs acceptés au niveau international, aucune conclusion n’a été possible faute de données, précise le rapport.


Dans certains domaines comme la très classique pollution chimique, précise « GEO-5 », la possibilité de dresser un bilan réaliste est tout simplement hors de portée parce que le nombre de produits chimiques ne cesse d’augmenter, que les gouvernements nationaux ne dressent aucun bilan pour tous les produits, y compris pour leurs sites les plus contaminés, et aussi parce que de nouveaux contaminants comme les nanoparticules ne font encore l’objet d’aucun bilan.

 

Bilans sectoriels


« GEO-5 » attribue à l’adoption d’objectifs et d’échéanciers précis les succès remportés dans la lutte contre les substances destructrices de la couche d’ozone et le plomb dans l’essence. Or c’est précisément ce qui manque, selon « GEO-5 », dans la lutte contre les changements climatiques : au rythme actuel et malgré les réductions d’émissions en Europe, la planète se dirige vers une augmentation de 3 °C de sa température moyenne d’ici la fin du siècle, ce qui pourrait lui coûter un peu plus de 2 % du PIB mondial. Et la tendance s’alourdit même : en 2010, le taux d’émissions lié à la combustion de pétrole et de charbon a atteint des records de tous les temps.


La pollution de l’air, un des premiers dossiers attaqués en environnement, continue de faire 2 millions de morts prématurées, dont 900 000 enfants de moins de cinq ans, en raison de l’usage de combustibles impropres dans les maisons. Globalement, les particules fines tuent 3,7 millions de personnes par an et le smog ajoute 700 000 morts pour cause de difficultés respiratoires, dont 75 % en Asie. Les pertes de récoltes agricoles pour cause de pollution de l’air coûteraient entre 14 et 26 milliards $US par année.


Le deuxième problème en importance ciblé en 1992, soit le déclin de la biodiversité, fait aussi l’objet d’un constat d’échec, car malgré l’adoption des Objectifs du millénaire en 2000, aucun ralentissement sensible de ce déclin n’a été atteint en 2010. Une espèce de vertébré sur cinq est actuellement menacée. Les facteurs de survie des récifs coralliens ont diminué de 38 %, le déclin record en matière de biodiversité. Parce que l’agriculture accapare désormais 30 % de la surface terrestre, plusieurs des grands écosystèmes ont perdu jusqu’à 20 % de leurs aires naturelles depuis 1980.


Par contre, les aires protégées par les gouvernements couvrent 13 % des surfaces émergentes, mais seulement 1,6 % des espaces marins. Il faudrait protéger 17 % et 10 % de ses aires naturelles d’ici 2020, selon la récente conférence d’Aicha au Japon.


Quant aux stocks de poissons, les captures ont quadruplé entre 1950 et 1990, mais on commence à les stabiliser, ce qui ne permet pas encore aux stocks de se reconstituer en raison des surpêches commerciales principalement. Plus de 60 % des espèces marines sont exploitées aux seuils de rupture et souvent au-delà.


Partout dans le monde, les nappes souterraines sont surutilisées tout comme les cours d’eau, dont les pollutions sont de moins en moins suivies par les gouvernements, y compris les nanoparticules qui y font leur apparition. Les inondations et les sécheresses extrêmes, qui menacent les réserves en eau, ont augmenté respectivement de 230 % et de 38 % entre 1980 et 2000, exacerbées par le réchauffement du climat.


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Pour télécharger le rapport de l'ONU (PDF)


 
42 commentaires
  • Yvan Lachapelle - Abonné 7 juin 2012 02 h 49

    Que faire?

    Il est urgent que tous les pays implantent un programme de décroissance de leur population.Sinon la nature va le faire de toute façon,mais de manière beaucoup plus brutale.

    • Pierre Brulotte - Inscrit 7 juin 2012 11 h 33

      D'accord, malheureusement, les pays qui font le plus d'enfants sont aussi ceux qui manquent de ressources et d'organisation pour appliquer de telles mesures..
      La solution se trouvera probablement dans un changement des pratiques économiques, dans l'exploitation des ressources et l'utilisation des ressources.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 7 juin 2012 13 h 13

      En 1972 la population du Québec comptait 6,153,000 habitants. Les quatre décennies suivante ont ajouté successivement 412,795 personnes, puis 516,400, suivit d’un autre 335,841, et enfin la dernière tranche de dix ans, mais non la moindre, a ajouter un encore 595,587 citoyens. Pour un total de quelque 8 millions aujourd’hui, soit une augmentation de 30% sur 40 ans. Le moins que l’on puisse dire c’est que la tendance n’est pas a la baisse ni même a la retenue.

      Même qu’on trouve cette augmentation famélique, et à peu près tout les intervenants politique/sociaux en redemandent plus et plus de l’accroissement démographique.

      Il faut un gros future réservoir de citoyens qui payeront les emprunts des dépenses d’aujourd’hui …

      La fuite en avant vous dites?

    • Marcel Bérubé - Inscrit 7 juin 2012 18 h 26

      La conséquence que vous en tirez est absurde! Si vous pensez que telle est vraiment la solution, vous devriez donner l'exemple en vous suicidant!

      Le problème dont fait état l'article n'est pas un problème de surpopulation, c'est un problème de mauvaise gestion des ressources, un problèmes de milliards de dollars auxquels les responsables des déboires dont parle l'auteur accordent plus d'importance qu'aux milliards de gens qui en subissent les répercussions.

      La terre existe pour les hommes, Monsieur Lachapelle et non pas les hommes pour la terre. Lorsque vous suggérez de veiller à la décroissance des populations pour que ceux qui sont déjà là s'en portent mieux vous entrez exactement dans la même logique que celle de ceux qui causent la décroissance de la salubrité terrestre pour qu'eux-mêmes et leurs intérêts s'en portent mieux!

      Cordialement,

      M.B.

    • Patrice Hildgen - Inscrit 8 juin 2012 12 h 57

      @M Bérubé
      ''La terre existe pour les hommes'' dites vous. Quelle incroyable prétention typique d'un mode de pensée anthropocentrique malheureusement entretenu par toutes les religions. Surpopulation, pollution, surexploitation des ressources vont de paire et sont la conséquence de la prépondérance de l'économie (typiquement humaine) mise en principe directeur du monde. L'espèces humaine appartient à sytème complexe et évolutif, la terre

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 7 juin 2012 06 h 12

    Pas grave

    C'est pas grave. Nous, on a le Grand Prix.

    Desrosiers
    Val David

  • Michel Miclot - Inscrit 7 juin 2012 07 h 05

    SOS

    Et ce n'est pas avec les imbéciles qui nous dirigent que la situation va s'améliorer. Nulle créature vivante ne va pleurer la disparition de l'humanité.

    • Patrice Hildgen - Inscrit 8 juin 2012 12 h 58

      À lire un pamphlet de Yves Paccalet sur le sujet :
      L'humanité va disparaitre, bon débarras

  • Robert Henri - Inscrit 7 juin 2012 07 h 18

    Nous avons le choix entre deux fins

    Ou bien nous laissons les cupides nous mener droit vers la catastrophe en laissant, par exemple, les Stephen Herper de ce monde détruire l'environnement et nos outils pour le protéger adéquatement ou bien c'est nous qui détruisont tout en les combattant ou en les nourissant de notre travail. L'espèce humaine est la seule de toutes les créatures vivantes qui soit sur Terre réellement nuisible à toutes les autres.

    • Isis Gagnon-Grenier - Inscrite 7 juin 2012 15 h 04

      Il y a juste un truc qui me chicote dans votre commentaire... Stephen Harper prend des décisions débiles, mais il n'est pas responsable de ce que les 33 millions de CanadienNEs mettent dans leur assiette...

      J'appelle à la responsabilisation individuelle: c'est important de diminuer notre consommation de produits de provenance animale, de produits transformés, de produits suremballés, etc. Ça se fait, et ça influence directement le pétrole utilisé, les cultures et le marché, et donc l'état de la planète :)

    • Saivann Carignan - Inscrit 10 juin 2012 13 h 56

      Exact, je peux vous dire que ca n'a rien de sorcier.

      En un an, j'ai fait le pari de ne plus manger une goutte de produit animal, et d'acheter au moins 80% bio sans faire augmenter ma facture, et de composter à 100% tous mes résidus de table. Résultat? Je passe moins de temps à cuisiner, j'adore la super bouffe que je me fais, je peux sortir ma poubelle aux 2 mois et j'ai du compost gratuit pour le jardin.

      Mais aux yeux de plusieurs, je passe pour un fou ou un super-homme.. Pourtant, ça n'a demandé aucun effort!!! Aucun dis-je, si ce n'est que de m'amuser à essayer des alternatives. Composter, c'est plus facile que de sortir les poubelles, car justement, on ne les sorts jamais. La nature se tape tout le travail, et elle bouffe aussi le gazon et les feuilles, encore du stock de moins à transporter..

      Toutes ces mesures, elles évitent des centaines de kilo de déchets putrescibles dans les sites d'enfouissement où elles génèreraient du méthane par tonne. Elles annulent la monoculture, les pesticides et les autres procédés qui détruisent en masse la biodiversité dans l'agriculture intensive. Et elles évitent le gaspillage énergétique dément qu'implique la production de produits animaux (10 fois moins de ressources, eau, énergie, surface cultivée).

      Disons-le, le peuple comme le gouvernement sont parfaitement complices et responsables de leurs actes. Qui plus tard seront probablement criminels. Rappelons que nous sommes déjà dans une période d'extinction massive, en ce moment même.

  • Réal Giguère - Inscrit 7 juin 2012 07 h 22

    La faute des Zamaricains

    «La consommation en Amérique du Nord de biens importés de Chine correspond à de 8 à 12 % des émissions de GES de ce pays asiatique»

    Et les 88 à 92% restant?
    Et les importations chinoises d'Amérique correspondent à combien d'émissions de GES en Amérique?

    Ce rapport pue l'anti-américainise primaire de l'ONU.