Petits aéroports, beaucoup de plomb

Une étude réalisée en Caroline du Nord indique que les enfants qui vivent à moins d’un kilomètre d’un petit aéroport sont plus contaminés au plomb que les autres.

Cette étude, méconnue au Québec, jette un éclairage nouveau sur les risques courus à proximité de petits aéroports d’où s’envolent de petits avions à hélices, les seuls qui consomment encore de l’essence au plomb en Amérique du Nord. Aucune étude semblable n’a été réalisée au Québec ou évoquée dans le débat en cours depuis 15ans entre les riverains de l’aéroport de Saint-Hubert et la direction de cet établissement municipalisé. De plus, aucune étude d’impact ni aucun débat public sur ces questions ne sont prévus dans le dossier du petit aéroport privé de Neuville, près de Québec, auquel s’opposent massivement la Ville et la population riveraine.


L’étude sur la contamination des enfants au plomb à proximité des petits aéroports a été publiée dans Environmental Health Perspectives en juillet dernier. Elle est signée par Marie Lynn Miranda. Les taux de plomb dans l’air et les sols ont baissé sensiblement depuis la disparition du plomb dans l’essence pour les voitures, un métal lourd susceptible d’altérer de façon significative le développement du cerveau et la performance scolaire.


Aux États-Unis, l’Agence de protection environnementale (EPA) a démontré en 2010 que le plomb de l’essence destinée aux petits moteurs d’avions à hélices, l’essence dite « avgaz » et même dans l’essence « avgaz LL » (low lead), est de loin la principale source connue de plomb dans l’air aux États-Unis.

 

Une hausse mesurable


Les chercheurs ont voulu vérifier si la proximité des petits aéroports se traduisait par une contamination effective dans un rayon de 2 km.


Ils ont constaté qu’il y avait effectivement une hausse mesurable de 2,1 % à 4,4 % des concentrations de plomb dans le sang des jeunes vivant à moins d’un kilomètre de ces petits aéroports et que l’impact demeurait encore sensible par endroits jusqu’à un kilomètre. Leur étude ne démontre pas si cette augmentation a des impacts sur leur santé, mais ils affirment qu’il n’existe aucune concentration sans effet sur la santé chez les jeunes en pleine croissance. Ils souhaitent poursuivre leurs analyses dans les zones urbaines exposées aux décollages répétitifs.


Ils recommandent à l’EPA d’entreprendre un suivi auprès de tous les petits aéroports des États-Unis. De son côté, l’EPA, qui a été mise en demeure par les Amis de la Terre des États-Unis pour réglementer cette industrie, entend effectivement faire des propositions pour faire passer ce segment de l’aviation à l’essence sans plomb, mais l’organisme environnemental n’a précisé aucun échéancier devant les pressions de l’industrie, qui estime que trop d’appareils ne pourraient s’adapter à ce changement.

9 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 16 mai 2012 07 h 43

    La juridiction

    L'aviation est de juridiction fédérale, le Harperland; ça fini là.

  • Jocelyn Simard - Inscrit 16 mai 2012 09 h 27

    Effet sur les enfants

    Cette étude ne démontre en effet pas les effets réels du plomb sur les enfants mais plusieurs autres études l'ont fait. Vous n'avez qu'à chercher IQ et lead sur google. Ou voir cette étude qui démontre que même en très petite quantité le taux de plomb est inversement associé au QI. Une augmentation de 10 μg par décilitre est associé à une diminution de 4,6 à 7,4 points de QI: http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa022848

  • Jean Richard - Abonné 16 mai 2012 09 h 57

    Il faudrait voir

    Il faudrait voir d'où vient cette étude. Pendant longtemps, on a pu lire sur la toile certains articles à propos du tétraéthyl de plomb utilisé dans l'essence aviation (pour moteurs à pistons). Le résultat de ces études pseudo-vertes se retrouvaient, discrètement, sur le site d'un industriel qui essayait de vendre un substitut au plomb pour l'essence en question. Détournement du discours environnemental ? On vous laisse en juger.

    « un métal lourd susceptible d’altérer de façon significative le développement du cerveau et la performance scolaire. » Soyons sérieux : si le plomb atmosphérique provenant des émissions des petits avions des petits aérodromes du Québec était à ce point nocif, le cerveau des plus de 40 ans serait sérieusement endommagé et nous aurions bien peu de diplômés dans cette classe d'âge, sachant que dans les années 70, il y avait encore du plomb dans l'essence et que la quasi totalité des enfants vivaient à moins d'un kilomètre d'un nombre de voitures nettement supérieur à celui des petits aéronefs des petits aérodromes. Les plus de 40 ans en ont bouffé du plomb dans leur enfance mais ils ont survécu. Il n'y avait pas plus de cancres à l'école qu'il y en a aujourd'hui et les diplômés ne manquent pas (même si les frais de scolarité étaient plus élevés qu'aujourd'hui).

    Si les gens de Longueuil se cherchent une sorcière pour faire fermer l'aérodrome, ils seront mal avisés de s'asseoir sur l'étude ci-haut mentionnée. Idem pour les gens de Neuville. Au départ, il sera très difficile de trouver un échantillon représentatif d'enfants vivant dans un rayon de moins de un kilomètre de l'aérodrome. D'autre part, il faudra être en mesure d'identifier la provenance du plomb dans leur sang - car les émissions des petits avions n'en sont pas la seule source. La production de tétraéthyl de plomb ne représente qu'une petite fraction de la production industrielle de ce métal. Où va le reste ?

    • Jocelyn Simard - Inscrit 16 mai 2012 11 h 36

      M. richard, J'ai votre réponse: cette étude provient de la cherceuse probablement a plus réputée au monde dans le domaine de la santé environnementale des enfants (elle a un PhD de Harvard entre autres diplomes). L'étude a été faite pour le compte de l'université Duke, une université totalement indépendante avec le 5e plus gros budget de recherche aux États-Unis. On parle d'une étude en béton ici. Je crois qu'il faudrait plutôt voir si M. Jean Richard qui commente ici est un pilote (je vois effectivement quelques "Jean Richard" inscrits au registre des aéronefs, est-ce vous? (http://wwwapps2.tc.gc.ca/Saf-Sec-Sur/2/ccarcs/asps

      L'étude est assez importante pour avoir déclanché 2 poursuites récemment aux États-Unis contre l'utilisation du AVGAS LL (qui malgré le LL pour "Low Lead" contient 2 fois plus de plomb que l'essence pouyr auto des années 80, le "low lead" veut simplement dire qu'il contient moins de plomb que l'ancien AVGAS):

      1-
      Friends of the earth (FOE) contre L’agence fédérale de protection de l’environnement: l’EPA. La poursuite demande à l’EPA un plan avec des dates d’échéances pour bannir le AVGAS.

      2-
      Center for Environnemental Health (CEH) contre les producteurs et distributeurs de AVGAS de Californie.

      et en effet soyons sérieux, pourquoi le plomb a-t-il retiré de l'essence pour voiture dans les années 80? Les gens à risque pour ce qui est des avions sont ceux habitant à proximité des aéroports.

      Vous voulez connaitre la provenance du plomb, on a la réponse sur le site de santé Canada, et les données de 2009 nous disent que l'aviation est responsable de 17% du plomb athmosphérique, ce n'est pas rien. L'étude en question ici prouve justement que le plomb dans les sang des enfants près d'aéroport est significativement plus élevé.

      Et santé Canada et l'EPA disent aussi de concert que les quantité de plomb acceptables dans le sang sont maitenant nulle contrairement à

    • Jocelyn Simard - Inscrit 16 mai 2012 12 h 58

      Cett étude-ci vient de Marie-Lynn Miranda, un des chercheuse les plus réputées en santé environnemental des enfants. L'étude fut réalisée à l'université Duke, complètement indépendante et avec le 5e plus gros budget de recherche aux États-Unis.

      Et on ne parle pas ici de mort, mais de baisse de QI. vous deviez bien relire l'article.

  • Jean Richard - Abonné 16 mai 2012 10 h 20

    Le plomb, pas pour tous les avions

    Il faut savoir que ce ne sont pas tous les petits avions à piston qui utilisent du carburant avec plomb.

    Dans le cas des avions de faible puissance, plusieurs propriétaires ont obtenu des certificats spéciaux leur permettant d'utiliser en toute sécurité de l'essence sans plomb, en autant qu'elle ne contienne pas d'éthanol (l'éthanol peut endommager les circuits d'alimentation). D'autres petits avions, plus modernes, souvent importés d'Europe, sont conçus dès le départ pour fonctionner avec de l'essence sans plomb. Le plus important motoriste d'avions très légers, Bombardier-Rotax, recommande d'ailleurs d'utiliser de l'essence sans plomb et déconseille l'usage régulier d'essence au plomb.

    Au Québec, depuis la fermeture d'une raffinerie dans l'est de Montréal, l'essence aviation au plomb provient d'aussi loin que l'Alberta, et les frais de transport ont fait augmenter son prix à la pompe de façon sensible. Les propriétaires d'avions légers seront donc portés à considérer toute alternative visant à ne plus dépendre de l'essence au plomb. Dans certains aérodromes, les distributeurs d'essence refusent toujours de vendre autre chose que de l'essence aviation au plomb, mais dans le cas des aérodromes plus petits, ces contraintes sont plus rares.

    Dernière chose, il ne reste plus qu'un seul industriel à produire du tétraéthyl de plomb pour carburant aviation, et cette production ne représente plus qu'une mince proportion de ses activités. La garantie d'approvisionnement n'est pas assurée, de sorte qu'on est toujours à la recherche d'un substitut adéquat à prix abordable. Les anti-aérodromes feraient mieux de ne pas s'asseoir sur la sorcière plomb, cette dernière s'approchant de la retraite.

    • Jocelyn Simard - Inscrit 16 mai 2012 11 h 45

      C'est la grande majorité des petits avions qui les utilisent encore. Et bien sûr ce n'est qu'une des raisons pour lesquelles un aéroport ne devrait jamais être construit près des habitations et vice-versa. Que les pilotes acceptent de faire 15 minutes de plus en voitures pour se rendre à leur hochet pour riches gâtés et tout le monde sera content.

  • Jocelyn Simard - Inscrit 16 mai 2012 11 h 58

    QI

    J'ajouterai qu'on parle ici de baisse significative de QI et donc on ne parle pas de la survie d'une personne comme M. Richard semble mettre de l'avant. Mainteant qu'on sait que les enfants veront leur QI abaisser par ces avions ce sera aux tribunaux d'en tenir compte et de baseer leur jugements sur ces faits. Et si les pilotes d'avions ou le ministre des transports se sensibilisaient eux-mêmes à ces questions au lieu d'être en total négation de la réalité, obnubilés qu'ils sont par leur passion et leur refus de faire un peu plus de char pour aller à leur joujou, on aurait moins besoin d'avoir recours au tribunaux pour faire cesser ces folies de constructions d''aéroport à quelques centaines de mètre des habitations.