La réduction des GES et l’exploitation des hydrocarbures sont incompatibles

Plusieurs entreprises gazières convoitent les ressources de gaz de schiste de la vallée du Saint-Laurent.
Photo: Yan Doublet - Le Devoir Plusieurs entreprises gazières convoitent les ressources de gaz de schiste de la vallée du Saint-Laurent.

Le Québec, producteur d’énergies fossiles ? La chose aurait semblé farfelue il y a à peine deux ans. Depuis, on a appris que des entreprises convoitent depuis des années les ressources pétrolières et gazières du Québec. Et le gouvernement Charest n’a pas caché qu’il est favorable à l’exploitation des hydrocarbures d’ici. Or le développement de cette industrie est tout simplement incompatible avec l’objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre, estime la Fondation David Suzuki. Les réels bénéfices économiques restent aussi à préciser, selon un expert des questions énergétiques.

« Si le Québec se lance dans l’exploitation du gaz de schiste et du pétrole, ça veut dire qu’on abandonne notre cible de réduction des gaz à effet de serre, insiste Karel Mayrand, directeur pour le Québec de la Fondation David Suzuki. On ne peut absolument pas exploiter des hydrocarbures et réduire nos émissions. Si on va de l’avant, la seule façon de réduire nos émissions sera de forcer tous les autres secteurs de l’économie à faire des efforts importants de réduction. »

 

Qui plus est, souligne M. Mayrand, on manque toujours de données sur l’impact environnemental complet de l’exploitation du gaz de schiste. Certes, il s’agit de gaz naturel, la source d’énergie fossile la moins polluante. Mais il faut aussi prendre en compte le procédé d’extraction, basé sur la fracturation hydraulique, ainsi que les possibles émissions fugitives, difficiles à mesurer. Et pour le moment, le gaz de schiste n’apparaît pas dans le scénario de référence utilisé par le gouvernement du Québec pour élaborer son plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre. L’exploitation pétrolière à venir n’y figure pas non plus.

 

Les promoteurs de l’exploitation du gaz qui se trouve dans le sous-sol de la vallée du Saint-Laurent soulignent toutefois que son utilisation accrue permettrait de réduire notre consommation d’autres sources d’énergie plus polluantes, comme le mazout lourd. Cela est exact, admet M. Mayrand. Surtout que le recours aux hydrocarbures est inévitable dans certaines industries. Le gouvernement financera d’ailleurs une étude de faisabilité pour la construction d’un gazoduc qui permettrait de brancher la Côte-Nord au réseau de Gaz Métro. L’objectif est d’offrir cette ressource énergétique aux minières qui s’activent sur le territoire du Plan Nord.

 

Le hic, selon Karel Mayrand, c’est qu’il n’existe, pour le moment, « aucun plan pour une conversion du mazout au gaz. Il n’y a rien sur la table ». Lorsqu’elle était ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau avait pourtant affirmé que Québec souhaitait opérer un virage marqué vers le gaz naturel d’ici 10 ans. Des propos qui ne s’appuyaient sur aucun projet précis, avait par la suite précisé son cabinet.

 

Argumentaire économique

 

En fait, ce sont surtout des arguments économiques qui ont été utilisés par le gouvernement Charest et l’industrie pour convaincre les Québécois de la pertinence de se lancer sur la voie de l’exploitation de ses ressources énergétiques fossiles. Ainsi, on a fait valoir que plusieurs emplois pourraient être créés et que les redevances versées par les entreprises représenteraient des revenus importants pour l’État. En 2010, la ministre Normandeau avait même évoqué la nécessité de financer les garderies à 7 $ pour justifier l’exploitation des hydrocarbures. Avant que le dossier des gaz de schiste ne soit révélé par les médias, Québec avait toutefois annoncé, dans le budget 2009, un congé de redevances de cinq ans pour les puits gaziers qui entreraient en production avant le 1er janvier 2011. Aucune entreprise n’a finalement profité de l’offre.

 

L’Association pétrolière et gazière du Québec a aussi fait valoir, à juste titre, que le Québec importe tout le pétrole et le gaz qu’il consomme. Développer l’exploitation ici permettrait donc de réaliser des économies substantielles. Un argument fallacieux, selon Normand Mousseau, auteur du livre La révolution des gaz de schiste. « Toute la question de l’exploitation du gaz et du pétrole, c’est simplement une question d’exploitation de nos ressources naturelles non renouvelables. Ce n’est pas une stratégie énergétique. Une fois qu’on va exploiter du pétrole, on ne va pas payer notre essence moins cher. Terre-Neuve, par exemple, exporte son pétrole et achète de l’essence raffinée. Dans le cas du gaz, on réduirait les coûts de transport, mais c’est très peu. »

 

M. Mousseau estime aussi que la surabondance de gaz sur le marché non américain, en raison de l’exploitation du gaz non conventionnel, « est en train de tuer tous les projets de développement de l’énergie renouvelable en Amérique du Nord ». Un piège que le Québec doit selon lui éviter. « Il nous faudrait une véritable stratégie énergétique. On a déjà des surplus d’énergie propre. Alors il faut se demander si on va les utiliser pour permettre à des entreprises minières de s’installer dans le nord du Québec ou si on va en profiter pour développer des technologies qu’on pourrait ensuite vendre à l’étranger ? »

 

Le directeur pour le Québec de la Fondation David Suzuki croit pour sa part qu’il faudrait mener une réflexion sur les moyens de réduire la consommation de toutes les formes d’énergie, en particulier le pétrole. « On nous dit constamment à quel point on peut faire de l’argent en exploitant des hydrocarbures, mais jamais comment on pourrait faire de l’argent en réduisant notre consommation d’énergie. Quand on réduit une dépense, on remet de l’argent dans les poches des gens. Si on réduit la consommation de pétrole par des mesures d’efficacité énergétique et la promotion du transport collectif, on contribue directement à réduire le déficit commercial du Québec. Ce sont des milliards de dollars perdus chaque année qu’on pourrait récupérer. Mais il n’y a aucun lobby au Québec qui a de l’argent à faire en promouvant la réduction de la dépendance au pétrole. »

 

Ce recul de l’or noir dans le bilan énergétique est pourtant essentiel pour atteindre les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre établies par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat pour éviter des changements climatiques irréversibles. Ce virage radical doit être opéré d’ici 2017. Karel Mayrand estime que la chose est possible ici. « Le Québec demeure l’une des juridictions, en Amérique du Nord, qui prend le plus au sérieux la lutte contre les changements climatiques. Mais ce qui est inquiétant, c’est le fait qu’en matière de transport et d’énergie, la plupart des gestes qu’on pose vont à l’encontre de nos objectifs de réduction des gaz à effet de serre. »

 

Il plaide donc pour une électrification massive du secteur des transports, en plus d’un développement accéléré du transport collectif. Mais surtout, le Québec doit impérativement miser davantage sur les filières énergétiques « vertes » que sont le bio méthane, l’éolien, le solaire et le géothermique. Autant de secteurs où d’autres pays, notamment européens, s’activent, au même moment où ils se détournent de l’exploitation du gaz de schiste.

 

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Sables bitumineux : Jim Flaherty et Thomas Mulcair croisent le fer

Toronto - Le ministre des Finances, Jim Flaherty, soutient que le chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, a tout faux en matière de sables bitumineux.

M. Mulcair avait déclaré la semaine dernière, en entrevue en anglais à la radio de Radio-Canada, que les sables bitumineux sont responsables d’une inflation artificielle du huard canadien, en plus de faire du tort au secteur manufacturier du pays.

Il a poursuivi en qualifiant le phénomène de maladie hollandaise, en référence aux Pays-Bas et au déclin du secteur manufacturier dans ce pays à la suite de la découverte de réserves de gaz naturel, dans les années 1960.

Le ministre Flaherty a affirmé que la logique de M. Mulcair était décalée et n’avait aucun sens. Si le secteur manufacturier ne contribue pas autant que d’autres au produit intérieur brut du Canada, il profite néanmoins de la force du secteur des ressources grâce au principe de partage des richesses, a-t-il plaidé.

Il a aussi mentionné que ceux qui tentent de « diviser » le pays sur des enjeux de perspectives économiques ne rendaient pas service aux Canadiens. 

-La Presse canadienne

9 commentaires
  • Patrick Asselin - Inscrit 12 mai 2012 00 h 22

    Le Quebec doit exploiter son pétrole

    Au Canada, les provinces riches ont du pétrole et les provinces pauvres n'en ont pas. Le meilleur exemple est Terre-Neuve, qui est passée de très pauvre à très riche. Il y a 50 milliards de barils à exploiter au Québec. C'est la seule façon de ne pas finir comme la Grèce. Cependant, il faut des redevances à la hauteur. Pas question de donner les ressources naturelles.

    • Kim Cornelissen - Inscrite 12 mai 2012 23 h 43

      Au Québec, on a l'hydro-électricité, ce que n'ont pas les autres provinces; le rapport avec les provinces pauvres ne s'applique donc pas au Québec... Et le rapport avec la Grèce est tout aussi déconnecté parce qu'il ne s'agit pas du tout du même type d'économie...

    • Sylvain Archambault - Abonné 13 mai 2012 08 h 43

      Les supposés 30-50 milliards de barils d'Anticosti sont un mythe. Lisez le rapport de la firme Sproule Inc., les consultants embauchés par Pétrolia.
      http://bit.ly/IMoQto
      (Les passages importants sont surlignés en jaune)

      Selon Sproule, ce pétrole est "théoriquement" potentiel, mais il n'a même pas encore été "découvert"!! Si jamais il y en avait vraiment, on ne sait même pas s'il est "techniquement" exploitable, et encore moins "économiquement" exploitable.

      Du pétrole virtuel, de la science-fiction... rien de plus!!

    • Patrick Asselin - Inscrit 14 mai 2012 13 h 39

      Anticosti demeure un énorme potentiel, mais Old Harry est une réalité. Il y a du pétrole au Québec. Les écolos et les carrés rouges n'en veulent tout simplement pas. Ils ne croient pas non plus aux dangers de la dette et surtout, ne pas parler de la Grèce.

      Pendant des années on s'est bien moqué des Newfie, mais il est grand temps que le Québec ait son propre Danny Williams.

  • Denis Boyer - Inscrit 12 mai 2012 07 h 31

    Économiser l'énergie vaut mieux que trouver d'autres sources!

    « Le Québec demeure l’une des juridictions, en Amérique du Nord, qui prend le plus au sérieux la lutte contre les changements climatiques. Mais [...], la plupart des gestes qu’on pose vont à l’encontre de nos objectifs de réduction des gaz à effet de serre. »

    Wow, belle logique!

    L'or énergétique se situe dans les "négawatts" et dans les énergies vertes, pas dans les saletés qui polluent l'air, l'eau et sont responsables du dérèglement du climat. Avec de la volonté, le Québec pourrait diviser par deux ses émissions de GES en moins d'un an. Le boom économique que cela créerait apporteait de la richesse dans toutes les régions de la belle province et permettrait à toute la population d'en bénéficier directement (en plus de nous permettre de nous pêter les bretelles pour notre belle réussite). Mais la vision n'est pas là : notre gouvernement s'acharne à permettre aux entreprises de faire la pluie, le beau temps et le réchauffement, en échanges de ristournes dans la caisse électorale et sans doute dans des comptes de banque à l'étranger!

    Le gaz de schiste est une menace pour l'environnement (ne vous faites pas berner : son bilan énergétique est similaire à celui du charbon, rien de moins!) autant pour le climat que pour la qualité de l'eau (voir le documentaire : "Gasland") Évidemment que le lobby du gaz de schiste nous dira toujours le contraire mais leurs commentaires sont réflexifs et sans aucune valeur.

    Pas besoin de nucléaire ni de puits de gaz par milliers ni de toute cette merde qu'on nous fait accepter. Les solutions renouvelables existent bel et bien et c'est là qu'il faut investir nos efforts, pas dans les mines du grand nord!

  • Benoît Landry - Abonné 12 mai 2012 09 h 03

    Capital monétaire vs capital écologique

    On dit que les provinces riches le sont devenus grâce au pétrôle, mais en économie on dit souvent pour éviter de faillir qu'il ne faut pas dilapider son capital... Et pourtant en écologie c'est exactement ça que l'on fait, on trouve un gros captial de ressources, on l'exploite au mximum et on abandonne les sites avec des déchets pour aller exploiter ailleurs Tout ça pour se bâtir un capital financier.....
    Les problèmes de la Grèce peuvent en principe se régler d,un simple coup de crayon en rayant les déficits de ses livres comptables, mais ce principe ne peut s'appliquer en écologie, si les ressources naturelles sont vides ce n'est pas un coup de crayon qui y changera quelque chose...

    il devrait y avoir plus de cours de sciences naturelles dans les HEC de ce monde

  • Gilbert Talbot - Abonné 12 mai 2012 10 h 00

    C'est le gros bon sens qui parle.

    C'est une vérité de la Palice que de dire que si vous augmentez l'exploration pétrolière et gazière, vous allez augmenter la production de GES. En lisant l'article cependant, on se rend compte que le débat n'est pas là : il est plutôt entre priorité à l'économique ou priorité à l'écologique. Et même ça c'est un faux débat, car il ne devrait pas y avoir de contradictions entre les deux car tout dérèglement écologique mène à la catastrophe économique : vous allez peut-être à court terme faire augmenter la valeur boursière des compagnies exploiteuses de pétrole et de gaz, mais en même temps vous dégradez votre capital énergétique non-renouvelable, plutôt que d'investir dans l'énergie renouvelable.

    Par ailleurs, la situation de la Grèce illustre fort bien comment la priorité à l'économique l'a mené à la crise actuelle, et non sa protection de son environnement. Pour qui est allé en Grèce, il a nécessairement vu la pollution grandissante d'Athènes,n, la chaleur grandissante en été (on se rapproche des 50 degrés celsius) et la dévastation par les feux de forêts. C'est ça que produit l'accent mis en premier sur l'enrichissement des plus riches, au détriment de la protection de l'environnement

  • Sylvain Archambault - Abonné 12 mai 2012 17 h 05

    50 milliards de baril... virtuels!!

    @Patrick Asselin.
    Et ils sont où ces 50 milliards de barils?? Si vous parlez d'Anticosti, il serait important de défaire ce mythe qui courre depuis quelques mois. Il faut absolument lire le rapport intégral de Sproule Inc., la firme spécialisée qui a fait cette estimation pour Pétrolia et Corridor. Une version du rapport avec surlignage des sections importantes est disponible ici :
    http://bit.ly/IMoQto

    Tout au long du rapport, Sproule Inc. émet des tonnes de bémols : estimés basés sur des données fragmentaires... non statistiquement significatives... aucune preuve tangible de pétrole pouvant être extrait... ne pas utiliser ces données en dehors du cadre du rapport... aucune preuve de pétrole commercialisable... et ça continue durant des pages et des pages.

    Il faut lire aussi le communiqué de Pétrolia du 29 juin 2011, un communiqué d'une extrême prudence:

    "Pour le moment et compte tenu du caractère préliminaire du programme d’exploration de ces ressources non-conventionnelles, aucune projection des volumes récupérables n’a été effectuée et, par conséquent, celles-ci n’ont pas été classées comme récupérables ou non récupérables. Il n’y a pas non plus de certitude qu’une partie de ces ressources puisse être découverte. Pour le moment, aucune projection du taux de récupération ne peut être déterminée pour un volume de pétrole initialement en place et non découvert. Il n’existe pas non plus de certitude quant à la viabilité commerciale de la production d’une partie de ces ressources."

    Ce pétrole il est "non-découvert" !!!!

    Autrement dit, quand on parle des 50 milliards de barils d'Anticosti... on nage en pleine science-fiction. Il est temps de déboulonner ce mythe qui a la vie dure !!!

    Sylvain Archambault

    • Kim Cornelissen - Inscrite 12 mai 2012 23 h 44

      Merci!