Le site historique de Val-Jalbert est une fois de plus menacé

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	La chute du parc régional de Val-Jalbert</div>
Photo: Source Saguenay-Lac-Saint-Jean
La chute du parc régional de Val-Jalbert

Dix-huit ans après avoir été refusé par Québec, un nouveau projet de minicentrale a refait surface au sein du parc régional de Val-Jalbert, au Saguenay, qui divise tout aussi profondément cette communauté malgré sa nouvelle étiquette de projet « communautaire ».

Le projet avait alors été rejeté par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) comme étant contraire à la vocation récréotouristique du site historique. Il était parrainé par un groupe de financiers canadiens et suisses en 1994, tandis que le nouveau projet est parrainé par les MRC du Domaine du Roy et de Maria-Chapdelaine, ainsi que par la bande montagnaise de Mashteuiatsh, le principal actionnaire.


Le projet, dont les audiences se sont terminées il y a 15 jours, apparaît néanmoins à plusieurs comme étant encore plus dommageable sur le plan environnemental que le premier parce qu’il va assécher près d’un kilomètre du lit de la rivière en amont de la chute qui a rendu le parc et son village minier « fantôme » si célèbre. Et en même temps, il va ajouter ce joyau patrimonial à la liste des « chutes à pitons », qu’on fait couler seulement quand il y a des visiteurs.



Un barrage


Un des motifs de refus du projet de 1994 portait sur la présence d’un barrage au sommet de la chute, visible du parc alors géré par Québec. Cette fois, la société Énergie communautaire du Lac-Saint-Jean, formée des trois entités, l’a repoussé un kilomètre plus en amont de sorte qu’on ne le voit pas d’en bas. Par contre, l’édifice qui abritera la centrale électrique se retrouverait à côté de la vieille centrale classée monument historique, ce qui, selon plusieurs, « défigure » ce paysage qui attire 501 000 visiteurs par an.


Sur le plan faunique, plusieurs questions ont été soulevées, dont le débit réservé proposé par le promoteur, qui laisserait couler 0,3 m3 à la seconde du 1er janvier à la mi-avril, et durant toutes les nuits - 79 % du temps sur une base annuelle - parce que les visiteurs ne verraient pas cet assèchement des deux chutes et du cours d’eau en amont. Le BAPE avait jugé dommageable pour la faune en 1994 un débit réservé de deux mètres seconde, soit six fois plus que celui proposé maintenant par les trois corps publics. Pour plusieurs, il s’agit d’une proposition inacceptable mais probablement essentielle pour rentabiliser cette minicentrale de 16 MW.


Par contre, plusieurs institutions publiques, parfois apparentées directement au promoteur officiel, ont appuyé le projet.


Pour la Fondation Rivières, qui a déposé un mémoire de 82 pages, ce projet est d’abord injustifié sur le plan énergétique puisque le Québec est en période de surplus, ce qui implique que l’ensemble des Québécois paieront aux trois promoteurs publics une rente à même les profits d’Hydro-Québec. La société d’État perdrait ainsi, selon la Fondation, 40 millions en 20 ans.


La Fondation a aussi dénoncé plusieurs irrégularités, dont l’octroi de quatre contrats sans appel d’offres, qui font présentement l’objet de plaintes auprès des Affaires municipales. Un de ces contrats, accordé au consortium BPR/Harvey-Tremblay, prévoit des honoraires supplémentaires sur une base horaire, notamment pour la surveillance des travaux. Le promoteur a aussi attribué un contrat de plusieurs centaines de milliers de dollars à la société en commandite Pekuakami Ilnuashat (DPI), qui fournit, souligne le mémoire de la Fondation, bureaux et personnel, y compris un conseiller technique dont la place d’affaires est située au Costa Rica.


Les promoteurs, qui n’ont encore produit aucun titre de propriété pour le site, auraient par ailleurs sous-évalué le coût de ce projet de 53 millions d’au moins 20 %, ce qui réduira sensiblement les bénéfices pour la population, conclut le mémoire sur la foi de deux analyses distinctes.


12 commentaires
  • Sanzalure - Inscrit 5 mai 2012 07 h 50

    On n'en veut pas de barrages

    Premièrement, on n'a pas besoin de plus de barrages.

    Deuxiemement, les bénéfices que tireront certaines personnes de ces travaux sont bien moindres que les coûts que l'ensemble de la population aura à assumer par la suite.

    Troisièmement, tous les promoteurs de telles idées devraient être accusés au criminel, condamnés et mis en prison indéfiniment pour rester hors d'état de nuire.

    Serge Grenier

    • maxime belley - Inscrit 5 mai 2012 10 h 08

      Franchement mettre nos maître en prison! vous déparlez

    • camelot - Inscrit 5 mai 2012 13 h 24

      Je seconde.

    • Louise Lefebvre - Inscrite 5 mai 2012 20 h 08

      Un autre projet inacceptable et inutile...c'est quoi cette manie de vouloir détruire toutes les rivières du Québec , il faut que ça arrête!

  • Didier Epars - Inscrit 5 mai 2012 11 h 07

    Protégeons

    Si même les sites historiques doivent y passer ou va-t-on_$_?
    La nouvelle loi 82 inclus une zone de protection autour d'un site, voilà un exemple concret de l'aplication de la nouvelle loi qui sera effective dans environ 9 mois.

    Surveillon de prêt cet exemple pour vérifier la réel portée d'une loi que l'on devine difficile d'aplication.
    Didier Épars

  • hugues2 - Inscrit 5 mai 2012 12 h 23

    À qui ça va profiter?

    J'ai bien connu ce lieu, enfant et plus tard dans ma vie comme touriste, c'est magnifique.

    Ce serait bien que les gens du Lac se lèvent afin de le protéger, je ne lis pas grand monde ici protester contre ce projet dommageable pour l'environnement et le tourisme dans cette région, bien plus profitable à long terme que ce barrage qui profitera qu'à quelques intérêts privés.

    Et comme dans tout projet au Québec depuis plusieurs années, il y a des irrégularités.

    • Gilbert Talbot - Inscrit 7 mai 2012 10 h 25

      Oui, mettons en place un comité pour la protection de la Ouiatchouan, comme on l'avait fait pour l'Ashuamushuan. Les gens du lac veulent protéger leur rivier et leur site historique. Il s'agit de bien les informer sur le sujet car même ici, dans la région, on en entend pas beaucoup parlé.

  • sly3162 - Inscrit 5 mai 2012 16 h 09

    Erreur

    Aille le Devoir, vérifiez votre histoire, Val Jalbert n'est pas un village minier abandonné mais bien une usine de pâtes et papier qui a été abandonnée.

    • Robert Dufresne - Inscrit 6 mai 2012 10 h 45

      Aaaah! C'était une usine de pâtes et papier, c'est pas pareil on peut détruit la rivière en toute impunité.

    • sly3162 - Inscrit 7 mai 2012 09 h 38

      On se calme, c'est juste une rectification des faits.

  • Jean-François Robert - Abonné 7 mai 2012 08 h 34

    Indéfendable

    Tant sur le plan énergétique que sur celui de l'environnement, ce projet est innacceptable.
    D'abord, le programme de Hydro-Québec visant l'achat de 150MW produits par des minicentrales est une aberration en regard de la marge de manoeuvre(Énergie non-engagée) dont disposera la Société d'état dès 2013 : 4600MW (24 TWh). ( Tiré du plan directeur d'HQ, VP Exploitation des équipements de production)
    Les 17MW de Val Jalbert sont vraiment des pinotes par rapport aux 2400MW que la région SLSJ produit déjà. Et on nous présente ça comme la manne.
    Ce programme n'a rien a voir avec les besoins en énergie. C'est une commande de l'appareil politique provincial à HQ pour satisfaire les pressions de l'appareil politique régional aux prises avec la crise forestière ET aussi avec le financement du site de Val Jalbert ( Plan directeur de l'eau du Comité de Bassin Versant de la rivière Ouiatchouan )
    D'ailleurs ce projet soulève la question du rôle que jouent les Organismes de Bassin Versant de la région. À tout le moins, nos représentants régionaux, qui sont aussi les promoteurs du projet de Val Jalbert à travers la Société d'énergie communautaire, ont une vision assez restreinte de ce qui devrait être un outil de gestion de la ressource eau dans une perspective d'occupation du territoire.
    Ici, la logique se résume à ceci : ça va mal en forêt : faisons un barrage. Val Jabert (le site touristique) ne fait pas ses frais : faisons un barrage !!!