Monde - 2012 est l'Année internationale de l'énergie durable pour tous

Caroline Rodgers Collaboration spéciale
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Photo: Agence Reuters Vincent Kessier
L’énergie solaire a le potentiel de croissance le plus élevé à l’échelle planétaire dans l’avenir.

Ce texte fait partie du cahier spécial Jour de la Terre

Alors que les Nations Unies ont fait de 2012 l'Année internationale de l'énergie durable pour tous, il y a encore 1,4 milliard de personnes qui n'ont pas accès aux sources d'énergie moderne, tandis que trois autres milliards dépendent de la biomasse traditionnelle et du charbon comme source de combustible.

«Les mots "pour tous" sont importants dans ce titre, car la question de l'accessibilité de l'énergie est souvent négligée dans les débats. Il faut penser aux pays en voie de développement qui y ont encore très peu accès», souligne Diane Bastien, doctorante en génie du bâtiment à l'Université Concordia et membre du Cercle scientifique de la Fondation David-Suzuki.

Dans la résolution proclamant cette année internationale, l'Assemblée générale des Nations Unies a d'ailleurs mis un fort accent sur la reconnaissance des besoins en énergie des pays pauvres. Pour ces derniers, l'accès à l'énergie est crucial s'ils veulent hausser leur niveau de vie, développer leurs systèmes de santé et d'éducation, les communications et l'économie.

L'ONU réitère également les liens importants entre enjeux énergétiques et enjeux climatiques. «L'énergie est étroitement liée aux changements climatiques, ajoute Diane Bastien. Par exemple, la consommation d'énergie pour le chauffage des bâtiments ou le transport est une importante source d'émissions de GES.»

Propositions

L'initiative «Énergie durable pour tous», lancée dans le cadre de cette année thématique, a établi trois objectifs principaux à atteindre pour l'horizon 2030. D'abord, l'accès universel à des services énergétiques modernes. Ensuite, une réduction de 40 % de l'intensité énergétique mondiale (c'est-à-dire une meilleure efficacité énergétique). Enfin, une augmentation de 30 % de l'utilisation des sources d'énergie renouvelables dans le monde.

«Si on veut empêcher les pays en voie de développement de reproduire certaines erreurs des pays riches et qu'ils choisissent dès le départ des sources d'énergie propres comme le solaire et l'éolien, nous n'avons pas d'autre choix que de leur accorder une aide financière, soutient Diane Bastien. L'un des plus gros défis des sources d'énergie renouvelables est celui des coûts d'investissement des projets, qui sont élevés au départ. Il faut donc aller chercher des capitaux importants pour les lancer. À moyen terme, il y a un rendement de l'investissement, mais il faut être patient. Alors que, à l'inverse, une centrale au gaz ne coûte pas très cher à construire.»

Pour cette chercheure du laboratoire d'énergie solaire de Concordia, qui a été doté récemment d'un simulateur solaire et d'une chambre climatique, c'est certainement l'énergie solaire qui a le potentiel de croissance le plus élevé à l'échelle planétaire dans l'avenir. «Historiquement, l'hydroélectricité a dominé parmi les sources d'énergie durables, mais la plupart des pays qui ont un potentiel hydroélectrique l'ont déjà exploité ou sont en train de le faire. L'éolien commence à s'implanter de plus en plus et entre dans une espèce d'âge d'or, car les prix ont diminué, mais on prévoit que, après avoir atteint un creux, ils remonteront en suivant l'inflation ou le coût des matériaux. Par contre, le solaire n'a pas encore été beaucoup exploité jusqu'à maintenant. Il est appelé à prendre beaucoup plus de place.»

Au Québec

Grâce à l'hydroélectricité, le Québec a la chance d'avoir une source d'énergie durable à prix avantageux. L'envers de la médaille, c'est que ce faible coût entraîne un certain laisser-aller sur le plan de l'efficacité énergétique, selon Diane Bastien. Or des économies très importantes pourraient être réalisées à cet égard, notamment par l'adoption de normes plus strictes pour les bâtiments.

«Ici, l'énergie est encore assez abordable pour qu'on se permette de la gaspiller, dit-elle. En Europe, où elle coûte le double, on en consomme beaucoup moins que nous pour une qualité de vie similaire. Si l'énergie est très bon marché, on n'a pas beaucoup d'incitatifs pour l'économiser. On ne dépensera pas, par exemple, 200 $ de plus pour des appareils électroménagers qui en consomment moins.»

«Nos bâtiments sont mal isolés. Le nouveau Code du bâtiment, qui fait présentement l'objet de consultations et qui va remplacer l'ancien, vieux de vingt ans, prévoit de hausser les niveaux d'isolation d'environ 20 %. Ce n'est pas assez ambitieux. S'il faut attendre encore vingt ans avant de changer de nouveau le Code du bâtiment, cela veut dire qu'il faut faire plus, et ce, dès maintenant. Il faut investir plus dans nos bâtiments à l'achat, car ils coûteront moins cher à chauffer.»

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Collaborateur du Devoir