Un plaidoyer pour donner une voix à la Terre

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Photo: Agence France-Presse (photo) Pedro Armestre

Ce texte fait partie du cahier spécial Jour de la Terre

Au service de la cause écologique sur plusieurs plans à la fois, l'auteur d'Une voix pour la Terre effectue un rapprochement entre l'humanisme véhiculé par les Camus et Malraux et les valeurs écologiques prônées aujourd'hui. Karel Mayrand raconte sa rencontre avec sept visionnaires qui lui ont fait découvrir ce que notre monde est et devient.

Karel Mayrand, auteur du livre Une voix pour la Terre, qui vient de paraître chez Boréal, est directeur général pour le Québec de la Fondation David-Suzuki et président de Réalités climatiques Canada, une organisation d'Al Gore; de plus, il est un des principaux organisateurs du Grand rassemblement pour la Terre, le 22 avril.

Avant d'arriver à la présentation de son propre ouvrage, il se remémore la lecture des oeuvres de ces auteurs majeurs que sont les Camus et Malraux: «En relisant Camus, ce qui m'a fasciné, c'est de voir à quel point ce qu'il avait développé par rapport à la Deuxième Guerre mondiale et au totalitarisme sont des choses qu'on peut également appliquer aujourd'hui à toute la question de la destruction de la biosphère.»

Il englobe à l'intérieur de sa réflexion toute la thématique des inégalités sociales: «On n'a jamais arrêté d'en discuter et le sujet demeure très pertinent. Pour moi, il ressort de toute cette démarche de pensée qu'il s'agit d'une seule et même cause, parce que la plus grande injustice, c'est de voler les richesses qui appartiennent aux générations futures. Enfin, c'est le même système qui fait qu'une minorité s'approprie les richesses de la majorité et que la génération présente s'approprie celles des générations futures.»

Une même ligne de force partagée

Au fil de ses échanges avec des personnalités reconnues pour leur engagement social et planétaire, il a été en mesure de constater qu'elles défendaient une valeur commune: «Ces gens en appellent à notre sens éthique, à notre sens moral; ils nous replacent comme être humain devant nos responsabilités envers les autres qui vivent avec nous et les générations qui vont suivre. Ils ont choisi de prendre la parole et de consacrer leur vie à inspirer d'autres personnes pour qu'elles la prennent également.» Il témoigne de son parcours: «J'ai choisi, après avoir vécu toutes sortes d'expériences et après avoir rencontré toutes sortes de gens, d'utiliser à mon tour ma voix pour inspirer les autres. Ces sept visionnaires ont tous en commun d'avoir pris la parole pour convaincre d'autres gens de faire de même afin de créer un monde différent.»

«Vivre, c'est transformer en conscience une expérience aussi large que possible», écrivait ainsi Malraux.

Pour un engagement citoyen

«À 20 ans, je voulais changer le monde, mais je ne pensais pas que c'était possible. Aujourd'hui, à 40 ans, je crois que, par l'engagement citoyen, on est en mesure, à tout le moins, de changer les gens qui nous entourent et, à partir de cela, on peut faire beaucoup de choses», assure-t-il.

Et les trois conclusions importantes contenues dans son livre fondent son discours: «On est en train de détruire la biosphère, on accumule la richesse dans les mains d'une minorité et on a érodé nos démocraties. Quand les Indignés sont sortis sur la place publique, c'était le message qu'ils portaient. Je pense que Dominic Champagne et le Groupe du 22 avril, auquel j'appartiens, réclament d'exploiter les ressources naturelles autrement et de donner une place aux citoyens dans les décisions qui sont prises.»

Karel Mayrand étoffe ses propos: «Il y a assez longtemps qu'on nous dit qu'il n'y a pas d'autres façons de faire les choses, que c'est la fatalité, que la mondialisation et l'économie fonctionnent de cette manière, point à la ligne et taisez-vous; on nous demande de pédaler toujours plus vite pour rester sur place. Dans le mouvement du 22, il y a des gens qui disent: "Non, on est capable de penser notre avenir différemment, on peut se donner le droit, comme citoyen, de prendre la parole".»

Et il apporte ce témoignage de confiance: «Très souvent, le changement social va couver très longtemps. On a l'impression qu'il est impossible que les choses changent et, tout d'un coup, il apparaît une fissure dans le barrage et tout prend une autre tournure en même temps.»

Une voix pour la Terre

Au terme de ce brassage d'idées, l'auteur consent à décrire son livre: «Il est construit autour de sept chapitres qui portent chacun sur une rencontre avec une personne; c'est un prétexte pour parler de la façon dont celle-ci m'a touché, pour dire comment elle m'a servi pour approfondir ma réflexion.» Il apporte une précision intéressante: «Chaque chapitre me permet aussi d'aborder un sujet; par exemple, avec Oscar Arias, l'ancien président du Costa Rica, on traite de la militarisation et de la paix. Il y a des thématiques qui sont propres à chaque personne rencontrée, et l'ensemble du livre, si on veut, se présente comme une chronique des événements marquants qui ont traversé nos sociétés depuis le premier Sommet de Rio jusqu'au prochain en juin: la mondialisation, l'arrivée d'Internet et des médias sociaux, le 11 septembre 2001, la crise financière de 2008, l'entrée de plain-pied dans les changements climatiques; on a connu des transformations ou des bouleversements complets de nos sociétés.» Et la réflexion se poursuit avec Laure Waridel, David Suzuki, Pierre Marc Johnson, Wangari Maathaï, Sheila Watt-Cloutier et Al Gore.

Le fait d'aborder autant de sujets majeurs a nourri la réflexion de l'auteur et étoffé sa pensée sur sa vision du monde: «Pour moi, maintenant, l'économie, ce n'est pas une fin mais un moyen; les lois de la nature ont préséance sur les lois humaines, tout simplement parce qu'on peut changer celles qui sont humaines mais pas les autres. Dans ce sens-là, j'ai beaucoup appris de mes fréquentations avec David Suzuki, depuis 2008.»

À la veille du 22 avril, il adopte cette vision: «Je suis très heureux que mon livre sorte maintenant; dans le fond, le message que je lançais dans ce dernier était de dire que les gens vont sortir un jour pour prendre la parole et qu'il ne faut pas se décourager parce que le changement couve toujours: même quand on est en pleine nuit, on sait que le soleil va finir par se lever; mais je ne pensais pas que cela viendrait aussi vite que cela.»


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Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Darwin666 - Abonné 21 avril 2012 15 h 27

    Pierre Marc Johnson?

    «Et la réflexion se poursuit avec (...) Pierre Marc Johnson».

    En ouvrant les marchés publics à la mondialisation? Ouf...