Le Grand Montréal est en perte de biodiversité

Jacinthe Leblanc Collaboration spéciale
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	Depuis plusieurs années, il y a des initiatives de reboisement et de reverdissement. Elles se font principalement en milieu urbain: cours d’école, ruelles vertes, sentiers urbains, etc. L’avantage du plan métropolitain, c’est que ces initiatives feront désormais partie d’une plus grande action cherchant à favoriser la biodiversité.</div>
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir
Depuis plusieurs années, il y a des initiatives de reboisement et de reverdissement. Elles se font principalement en milieu urbain: cours d’école, ruelles vertes, sentiers urbains, etc. L’avantage du plan métropolitain, c’est que ces initiatives feront désormais partie d’une plus grande action cherchant à favoriser la biodiversité.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Devoir a rencontré Michel Allaire, coordonnateur environnement, Geneviève Bédard, conseillère en recherche pour le service environnement, et François Desrochers, conseiller en recherche pour la direction générale aux bureaux de la CMM, pour faire le point sur la question du reboisement, dans le Plan métropolitain d'aménagement et de développement (PMAD).

Lorsque le couvert forestier se trouve en deçà de 30 % de la superficie totale du territoire, il s'ensuit une perte significative au niveau de la diversité biologique. Les orthophotos, car ainsi se nomment les photos aériennes, prises en 2009 par le service de géomatique de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) montrent qu'il ne reste que 19,2 % de superficies boisées sur le territoire du Grand Montréal. Ce dernier se trouve conséquemment dans un état inquiétant.

Entré en vigueur le 12 mars 2012, le PMAD présente trois orientations: aménagement, transport et environnement. De cette dernière orientation découlent cinq objectifs, dont un visant la protection de 17 % du territoire du Grand Montréal. Ce pourcentage fait référence au seuil fixé par le Protocole de Nagoya adopté en 2010, lors de la dixième Conférence des parties. Pour y parvenir, une des actions incontournables est le reboisement visant l'atteinte de 30 % du couvert forestier. Et, pour atteindre ces objectifs et critères, la CMM souhaite mettre en place un corridor vert qu'elle appelle la Trame verte et bleue.

Pour faire augmenter le couvert forestier et tendre vers ces 30 %, le PMAD propose cinq grands axes d'action: la création d'un cadre législatif, la protection du couvert forestier actuel, la restauration et la connexion des sites existants, les stratégies financières et la mobilisation de la collectivité.

Protéger avant de reboiser

Toujours selon le PMAD, le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal subit une perte d'espaces boisés de 1100 hectares par année. Pour Geneviève Bédard et ses collègues, il importe de protéger ce qui existe maintenant, afin de mettre un frein à ce déclin. La CMM a ciblé des couverts forestiers dans certains secteurs et il est demandé aux municipalités régionales de comté (MRC) d'instaurer des mesures régissant l'abattage des arbres. Il est donc attendu que celles-ci appliquent une réglementation pour protéger les espaces boisés.

Une fois protégés les couverts forestiers actuels, il sera plus facile de travailler sur le reboisement. Bien que ce soient les acteurs sur le terrain qui détermineront quels secteurs seront reboisés, des corridors et des endroits précis sont déjà identifiés par la CMM. Ces zones, selon Mme Bédard, pourraient servir à faire des connexions entre les différentes municipalités pour, entre autres, la Trame verte et bleue.

Depuis plusieurs années, il existe des initiatives de reboisement et de reverdissement. Elles se font principalement en milieu urbain: cours d'école, ruelles vertes, sentiers urbains, etc. L'avantage du plan métropolitain, c'est que ces initiatives feront maintenant partie d'une plus grande action cherchant à favoriser la biodiversité par l'instauration d'une Trame verte et bleue.

Travailler ensemble pour que ça marche

La concertation et la coopération entre les différents acteurs, tels que les MRC, les municipalités, les groupes écologistes et la CMM, exigent un certain effort. Geneviève Bédard précise que, au moment où le corridor vert sera identifié, un des rôles de la CMM consistera à mobiliser les gens et à coordonner l'effort de tous pour qu'ils travaillent en partenariat les uns avec les autres. Le reboisement en aura un plus grand impact et l'action sera plus efficace.

Cet effort de collaboration est plus que nécessaire, car ce sont les groupes locaux et les municipalités qui connaissent le mieux les spécificités de leur territoire. La CMM, explique M. Desrochers, offre les grands paramètres via le PMAD: orientations, objectifs et critères. Mais c'est aux organismes partenaires de la Communauté métropolitaine de Montréal de faire les choix qui s'imposent en fonction des connaissances relatives à leur territoire, notamment en ce qui concerne le choix des espèces.

Mme Bédard note par ailleurs que, en regardant les différents?travaux?des groupes, tout s'emboîte bien. Les espaces ciblés par la CMM sont sensiblement les mêmes aires cernées par les grands groupes de conservation. Le PMAD, et en particulier la création d'une Trame verte et bleue, enthousiasme un bon nombre de personnes grâce à la vision commune qui en ressort.

Un plan qui a des dents

Le PMAD étant désormais en vigueur, François Desrochers explique que, dorénavant, les MRC et les agglomérations doivent conformer leur schéma d'aménagement au plan métropolitain. Par la suite, ce sera au tour des municipalités d'ajuster leurs règlements d'urbanisme aux schémas des MRC qui seront conformes au PMAD. Il souligne que les ministères devront aussi avoir un plan d'intervention adapté au plan métropolitain. Ainsi, outillé des mêmes références, tout le monde ira dans la même direction.

Cette démarche, les MRC et les municipalités ont deux ans et demi pour l'achever. Pour l'instant, les différents services de la CMM et les divers acteurs concernés sont à l'étape de l'élaboration de plans d'action. D'ailleurs, une commission de l'environnement a été créée. Les membres de la commission se sont réunis pour la première fois le 10 avril dernier afin d'amorcer l'élaboration d'une stratégie de mise en place de la Trame verte et bleue. Un rapport présentant les recommandations de la commission de l'environnement auprès du comité exécutif et du conseil de la CMM est attendu d'ici la fin de l'année 2012.

Le PMAD agit à titre de règlement, même s'il porte le nom de «plan». Les MRC ont l'obligation de s'y conformer. Ce n'est pas un plan stratégique comme il s'en fait ailleurs. Le Plan métropolitain d'aménagement et de développement est unique en son genre par son caractère contraignant. Les MRC et les agglomérations de la CMM sont tenues d'y prendre part. Un autre ajout au PMAD qui le rend contraignant, c'est qu'il est doté d'un observatoire muni d'indicateurs pour suivre l'évolution des mesures prises.

À l'hiver 2013, la CMM entend tenir une agora sur les trois orientations afin de rendre des comptes à la société civile. À ce moment, Michel Allaire soutient que les priorités pourront changer, s'infirmer ou se confirmer selon ce qui ressort de l'exercice public. Cet esprit de constante validation auprès de la population et son inclusion dans le projet rejoignent l'esprit dans lequel le PMAD s'est formé.

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Collaboratrice du Devoir
1 commentaire
  • Jacques Prescott - Inscrit 21 avril 2012 10 h 36

    Favoriser la biodiversité en ville

    La biodiversité ne s’installe pas par hasard en milieu urbain. Pour s’établir en ville et se développer, plantes et animaux doivent y trouver des conditions propices. Un coup de pouce est souvent nécessaire pour favoriser l’éclosion de la vie. Le ministère des Affaires municipales du Québec a récemment publié un excellent guide qui recèle une foule de suggestions et d’exemples pratiques de ce que l’on peut faire pour favoriser la biodiversité urbaine. Une invitation aux planificateurs, urbanistes et développeurs à intégrer dans leurs projets d’aménagement une touche de nature. Disponible à l’adresse suivante : http://www.mamrot.gouv.qc.ca/pub/grands_dossiers/d