Évaluation environnementale - Le ministère ferme les yeux sur les ressources pétrolières

Le puits Haldimand no.1 de la compagnie Pétrolia est situé à 1,5 kilomètre du port de Gaspé.<br />
Photo: Source: Pétrolia Le puits Haldimand no.1 de la compagnie Pétrolia est situé à 1,5 kilomètre du port de Gaspé.

Le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs tient pour acquis le fait que le comité qui mène l'évaluation environnementale stratégique sur l'industrie du gaz de schiste étudiera aussi l'exploration et l'exploitation pétrolière au Québec. Son président a pourtant clairement indiqué au Devoir qu'il ne prévoit pas l'inclure dans ses travaux. Mais pas question de lui forcer la main, selon ce qui se dégage des réponses fournies par le cabinet du ministre Pierre Arcand.

«Les enjeux relatifs aux opérations de fracturation, que celles-ci visent à extraire du pétrole ou du gaz, font partie du mandat donné à l'évaluation environnementale stratégique et le ministre s'attend à ce qu'ils soient traités. Le mandat du comité prévoit prendre en considération tous les autres impacts et toutes les autres questions pertinentes relatives à l'exploration et à l'exploitation des ressources pétrolières et gazières. Cela inclut l'aspect du pétrole de schiste», a répondu par courriel Sarah Shirley, l'attachée de presse du ministre.

Le comité qui dirige l'évaluation environnementale stratégique (EES) entend effectivement étudier la question de la fracturation hydraulique dans le cas du gaz de schiste, mais aussi l'impact de cette industrie sur le milieu. Il ne prévoit toutefois aucune analyse propre au pétrole, bien que des entreprises mènent déjà plusieurs projets de recherche d'or noir, dont certains qui sont très avancés. Ceux-ci se situent essentiellement dans la région de Gaspé et sur l'île d'Anticosti. «Pour le moment, on n'a rien mis dans le plan qui touche directement les ressources pétrolières», a admis au Devoir le président du comité, Robert Joly. «On s'est concentré sur le gaz [de schiste] dans le shale de l'Utica.»

Malgré les propos de M. Joly, le ministre ne compte pas forcer le comité à étudier les projets d'exploration et d'exploitation pétrolière qui sont actuellement développés au Québec. M. Arcand n'entend pas non plus mandater quelque comité que ce soit pour analyser les impacts de cette industrie lourde qui s'implante dans la province. «Les projets de fracturation, que ce soit dans le gaz ou le pétrole, sont évalués par l'évaluation environnementale stratégique et doivent être autorisés par le ministère, a insisté Mme Shirley. Les projets gaziers et pétroliers conventionnels sont déjà assujettis à la fois à la réglementation du ministère des Ressources naturelles et du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, chacun dans son champ d'expertise.»

Pas question, par exemple, d'analyser les impacts des projets d'exploration pétrolière sur l'île d'Anticosti. Ceux-ci nécessiteront très probablement des travaux de fracturation, a maintes fois reconnu le président de l'entreprise Pétrolia. Mais le comité qui dirige l'EES ne compte pas s'y intéresser, puisque les pétrolières actives sur la plus grande île du Québec n'ont toujours pas annoncé leurs intentions quant à d'éventuelles opérations de fracturation. Chose certaine, les pétrolières y mèneront des travaux puisque le potentiel du sous-sol est estimé à 40 milliards de barils d'or noir.

Le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) n'a pas non plus jugé bon d'inclure les «tests d'injectivité» menés par Pétrolia dans la région de Gaspé dans les travaux de l'EES. L'entreprise a mené l'automne dernier deux de ces tests, dont un sur un puits nommé Haldimand no 1. Pour ce faire, elle a injecté un mélange de pétrole sous haute pression dans le sous-sol gaspésien.

La vice-présidente de Pétrolia, Isabelle Proulx, a dit que ces «tests d'injectivité» ont surtout servi à faire «casser» la roche en profondeur. Mais elle a refusé de parler de «fracturation». «Dans les faits, ces essais d'injectivité visaient à identifier le niveau de pression auquel la roche se fracture», a-t-elle précisé dans une lettre publiée dans un journal de la région de Gaspé.

Selon ce qu'a expliqué Pierre Paquin, le directeur du pôle d'expertise industrielle au MDDEP, les tests menés par Pétrolia ne sont pas considérés comme de la fracturation. Ceux-ci «n'étaient pas assujettis à notre réglementation, notamment à l'obtention d'un certificat d'autorisation pour des essais de fracturation», a-t-il indiqué.
12 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 13 avril 2012 05 h 09

    Petrolia et l'Ile d'Anticosti

    Les journalistes entretiennent l'illusion que le sous-sol de l'Ile d'Anticosti contiendrait 40 milliards de barils de pétrole utilisables. Or ce qui a toujours manqué à ce chapitre, c'est l'information pourtant accessible à l'effet qu'il faudra attendre de très nombreuses années et un prix du pétrole à des niveaux astronomiques pour qu'une telle exploitation soit envisageable. Alors, pour les analyses environnementales, on y verra dans une prochaine génération.

    • Rémi Lesmerises - Abonné 13 avril 2012 12 h 28

      Vous êtes à côté de la réalité mon cher... Le forage a déjà commencé sur l'île. Votre obstination à ne part vouloir voir les failles béantes dans le raisonnement de ce gouvernement est inquiétant et est sans doute le symptôme d'un attachement à une idéologie au point de mépriser la réalité...

  • Gert - Inscrit 13 avril 2012 08 h 24

    Fracturation

    Que ce soit du gaz , du pétrole ou autre liquide que ce soit , c'est justement la fracturation qui est dangereuse , en plus des produits chimiques qu'ils envoient pour forer et fracturer , Tout un gachis , il faut arrêter de jouer a l'autruche et tout arrêter ces forages et trouver quelque chose de plus propre pour l'énergie .
    Gerty

  • Sanzalure - Inscrit 13 avril 2012 08 h 29

    De la bouillie pour les chats

    «ces essais d'injectivité visaient à identifier le niveau de pression auquel la roche se fracture»

    Mais ça n'a rien à voir avec de la fracturation.

    Y a-t-il un adulte dans la salle pour faire taire ces gamins écervelés ? C'est notre avenir qui est en jeu ici !

    Serge Grenier

    • Pierre Vincent - Inscrit 13 avril 2012 12 h 06

      Heureux de constater que vous n'êtes pas mort, M. Grenier...

  • Pierre Vincent - Inscrit 13 avril 2012 08 h 34

    C'est le free for all complet au MDDEP

    Décidément, on a le tour de se mettre les pieds dans les plats au MDDEP. Nous savons maintenant que le but premier de l'EES était de gagner du temps en remettant après les élections la revue des impacts de l'exploration pétrolière et gazière au Québec. On a donc un faux véritable moratoire sur le gaz de schiste et un véritable free for all pour l'exploration pétrolière.

    C'est formidable de constater que casser de la roche n'est pas de la fracturation et que cette même fracturation hydraulique n'en est plus si on utilise autre chose que de l'eau. Mais ce n'est pas de la fracturation aquatique dont on parle ici, mais bien de fracturation hydraulique, ce qui veut dire utilisant un liquide. Si les gens du MDDEP ne le savaient pas, leurs autos sont munies de divers systèmes hydrauliques qui fonctionnent avec de l'huile, pas avec de l'eau. Mais ils sont tous tellement verts au MDDEP qu'ils ne savent probablement pas ce qu'est une auto...

    Quant au président de l'EES, M. Robert Joly, qui joue également sur les mots, il faudrait qu'il nous explique comment il entend dépenser les 7 millions de $ de fonds publics qu'on lui a confié pour remplir son mandat s'il ne se penche même pas sur le volet pétrolier de l'équation. Quelle complaisance de sa part, il remplit bien son mandat de gagner du temps, mais en faisant quoi au juste? Quelle belle planque pour pseudo-experts qui vont se la couler douce aux frais des contribuables tant que le gouvernement actuel voudra bien rester au pouvoir...

  • Gaggill - Abonné 13 avril 2012 08 h 57

    Ministre de l'environnement?

    Ajustable au goût du jour ce ministre. Ainsi casser ne serait pas fracturer, c'est n'importe quoi encore une fois. Décidément ce gouvernement est absolument comparable au gouvernement Harper.