Laval - Les derniers milieux humides menacés

Le remblayage de milieux humides se poursuit à Laval pour faire place à des projets immobiliers comme celui du domaine Islemère.<br />
Photo: - Le Devoir Le remblayage de milieux humides se poursuit à Laval pour faire place à des projets immobiliers comme celui du domaine Islemère.

En moins d'un an et demi, le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) a octroyé 17 certificats d'autorisation à des promoteurs immobiliers, ce qui leur a permis en toute légalité de remblayer en tout ou en partie 25 des derniers milieux humides de Laval. Une seule de ces 17 autorisations a permis de détruire huit milieux humides.

Selon le Conseil régional de l'environnement (CRE) de Laval, six autres demandes d'autorisation pour de nouveaux remblayages sont aussi à l'étude au ministère. Ces demandes menaceraient de 10 à 12 autres milieux humides, selon Guy Garand, le coordonnateur du CRE, en plus de deux ruisseaux.

Les certificats accordés, selon le décompte du groupe de concertation lavallois, ont été délivrés entre septembre 2010 et la fin de décembre 2011. Ils représentent une nouvelle ponction de 12 % sur les 210 milieux humides qu'abritait l'île de Laval en septembre 2010. Le territoire lavallois abritait alors 215 milieux humides de moins de 0,5 hectare, 125 de 0,5 ha à 5 ha et 11 de plus de 5 ha.

De 2004 à 2010, précise Guy Garand, Laval a perdu 50,2 ha en milieux humides et 54,5 ha ont été sérieusement altérés, pour une perte globale de 104,8 ha sur les 353 milieux humides que comptait cette île en 2004.

Le responsable du CRE de Laval se surprend d'autant plus de cette nouvelle ponction dans le capital biologique de Laval que, dans l'année 2011, le ministère préparait son nouveau «guide d'analyse» des demandes de remblayage et avait déjà arrêté les critères qu'il allait énoncer. Ce guide précise notamment que le ministère «pourrait» refuser toute altération des milieux humides dans un territoire qui compte moins de 5 % de son capital humide d'origine.

Valeur économique


À Laval, précise Guy Garand, il reste de 1 à 1,5 % des milieux humides d'origine. «Ce qui fait, dit-il, que je ne comprends pas que le ministère ait continué d'autoriser des remblayages dans la dernière année, d'autant plus que son ministère fait des présentations partout pour expliquer aux gens l'énorme valeur économique de ces milieux.»

Guy Garand avance pour preuve des présentations publiques du ministère qui rappellent l'importance économique des milieux humides. Ces derniers filtrent pour 185 000 $ de nutriments ou autres éléments par hectare par année, en plus de participer à la régulation des eaux pour une valeur de 240 000 $ par hectare. De plus, ils ont la capacité de fixer le carbone à une hauteur de 3487 $ l'hectare. Et cela ne tient pas compte, ajoute-t-il, de la valeur de la biodiversité ainsi protégée et de la valeur foncière des terrains.

«Ce sont donc des millions en services publics que le ministère a sacrifiés irrémédiablement et en toute connaissance de cause», conclut le porte-parole du CRE.

Guy Garand estime par ailleurs que le ministère se contente d'évaluations fragmentaires avant d'autoriser ces destructions. La plupart des études qui lui sont soumises caractérisent, dit-il, les richesses biologiques de ces milieux à des moments précis de l'année alors que leur faune varie d'une saison à l'autre, ce qui exigerait des caractérisations beaucoup plus étendues.

Guy Garand déplore aussi que les certificats d'autorisation, qui sont censément des documents publics, n'indiquent ni le nom ni l'emplacement des milieux humides dont il autorise la destruction, un «manque de transparence contraire à la loi».