Corinne Gendron et l'économie verte - L'hypothèse Porter, vous connaissez?

Catherine Lalonde Collaboration spéciale
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Photo: UQAM Corinne Gendron, titulaire de la Chaire de res-ponsabilité sociale et de développement durable à l’UQAM

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L'économie verte? «C'est une façon d'arrêter de poser l'économie contre l'environnement. Il peut exister une économie qui soit écologique», explique Corinne Gendron, titulaire de la Chaire de responsabilité sociale et de développement durable à l'UQÀM. La professeure revient de Lyon, où elle parlait de la gouvernance du développement durable au début de février, lors du Forum francophone préparatoire de RIO+20. Car c'est d'économie verte, justement, que discuteront les politiques en juin prochain, à cette conférence RIO+20 des Nations unies. Zoom sur une économie où le vert n'est pas seulement la couleur de l'argent.

L'économie verte, rappelle Corinne Gendron, est une théorie apportée en 1995 par l'Américain Michael Porter. «L'hypothèse Porter suppose qu'une réglementation sévère en environnement entraînerait plus d'innovations, donc plus de compétitivité. Porter va à l'encontre des discours qui disent que les contraintes étouffent l'innovation et la compétitivité. Pour moi, c'est un beau clin d'oeil. Il dit: "Voici les subventions données aux combustibles fossiles. En les octroyant, on encourage actuellement la détérioration de l'environnement." Les politiques publiques favorisent une économie brune. Selon le rapport Green Economy, du Programme des Nations unies pour l'environnement, les politiques publiques doivent favoriser une économie verte.»

La participation des gouvernements est donc essentielle pour la mise en oeuvre de cette économie verte.

15 ans déjà

L'hypothèse Porter a plus de quinze ans. «La nouveauté, c'est de mettre ça à l'ordre du jour international et de venir préciser ce qu'on entend par "pôle économique pour le développement durable", poursuit Mme Gendron. On opposait souvent économie et environnement, économie et social, parce qu'on prenait l'économie au sens traditionnel. Alors qu'on parle d'une nouvelle économie, différente. On oppose désormais l'économie brune (brown economy) à l'économie verte.»

Si le discours a recours aux mêmes mots, ceux-ci ont toutefois une autre portée. «La nouveauté, c'est de se demander si le développement économique qu'on poursuit est d'une faible intensité écologique et s'il maximise les retombées sociales. Il faut redistribuer la richesse, oui. Si on le fait par des emplois, on est dans une économie productiviste. L'économie verte vient nous dire comment concilier ces concepts. Les entreprises sont incluses et l'hypothèse Porter leur dit: "Dès demain, votre innovation doit avoir pour premier objectif non pas seulement de vendre plus, mais de consommer moins de ressources, dans tout ce que vous produisez." L'analyse du cycle de vie et l'écoconception sont donc des concepts extrêmement importants. Comme chercheure, je crois que ça va être une grosse avancée.»

Absurde croissance

Corinne Gendron aime la précision des idées apportée par l'économie verte. Elle émet toutefois un bémol. «On n'y remet pas en question la croissance. Personne ne peut me convaincre que, avec un modèle où on consomme au rythme où on consomme maintenant, on va pouvoir dématérialiser assez l'économie pour conserver le même niveau de vie. Est-ce qu'on peut vraiment croire que toutes les personnes du monde peuvent atteindre le même niveau de vie que les Américains et que la planète pourrait en même temps vivre éternellement?»

Une telle approche est lourde de conséquences. Elle serait même suicidaire: «Il faudrait prendre toutes les ressources de la planète depuis le début des temps et se demander combien nous devons consommer chaque année pour que l'humanité continue à exister. On fonctionne présentement avec des horizons de cent ou deux cents ans. C'est archi-inéquitable! C'est absurde! C'est incroyable de dilapider ainsi les ressources. On prend du retard, alors qu'on n'a déjà plus de temps. Je trouve indécent qu'un pays aussi riche que le Canada ne fasse pas son effort. On a déjà été des leaders écologiques, on était cité en exemple, et maintenant on est vraiment en fin de queue. Le Québec continue à faire relativement bonne figure à l'échelle internationale.»

De l'espoir, quand même? «Je pense qu'il y a une élite économique éclairée qui, je l'espère, pourra participer, notamment au niveau canadien, au réveil des politiques.» Ceux-ci seront-ils toutes oreilles à la conférence RIO+20 en juin?
5 commentaires
  • Richard Evoy - Abonné 3 mars 2012 07 h 20

    Le capitalisme brun ou vert?

    Le système économique actuel basé sur la propriété privée et la surconsommation est finie car le système financier basé sur la dette et la recherche du profit est dans un cul de sac parce qu'il présuppose la possibilité d'une croissance économique infinie. Une impossibilité physique.

    C''est ce gaspillage de nos précieuses ressources qui est en train de créer la rareté qui est à la base des inégalités et des conflits actuels et futurs. On parle de "Peak Oil", de "Peak copper", même de "Peak Water" et bien d'autre "Peak" qui sont tous autant de causes certaines d'effondrement de notre civilisation malade.

    Il faut nous libérer du joug mental qu'est devenu notre croyance dans le pouvoir de l'argent et réfléchir à un autre modèle de civilisation qui tiendra compte des véritables limites de la nature. La qualité de notre survie dépend de celle de la Terre qui nous fait vivre.

    Je vous invite à regarder les documentaires Zeitgeist Addendum et Zeitgeist Moving Forward du réalisateur américain Peter Joseph qui explore le sujet et qui propose une réflexion sur ce que pourrait être un monde prospère sans recours à l'argent tel qu'on le conçoit de nos jours, une Économie Basée sur les Ressources (EBR).
    www.zeitgeistmovie.com

  • Nimporte quoi - Inscrit 3 mars 2012 07 h 46

    Merci

    Bonjour,

    Ça fait du bien un peu de bon sens. Et émanant d'une université c'est rafraîchissant! L'UQÀM à coup sûr! Mais c'est d'une évidence!

    Ce n'est pas seulement un niveau de vie au-delà de nos moyens et sur le dos des plus démunies et de la planète. C'est une croissance sans borne, sans foi ni loi!

    Moi ou un autre citoyen devons travailler honorablement pour nous payer un salaire. Le salaire des investisseurs et investissements à la base de ce racket n'est pas le profit, mais l'AUGMENTATION des ceux-ci!

    Le jeu fiscal de la bourse pour protéger nos cultivateurs a été détourné par les investisseurs! On peut même investir et spéculer sur la crise économique d'un pays maintenant.

    1995? Ben voyons on sait ça depuis 1970 facile, si ce n'est pas 1930! Ma question est qu'est-ce qu'on peu bien leur apprendre au HEC? Personne ne voit cette absurdité? On leur dit profiter en pendant que les niaiseux de consommateurs achètent? Pendant que le citoyen dort au gaz?

    1. Premièrement, il faut doubler le prix du gaz! Tout un défi que le prix du gaz nous empêche de développer. Au contraire, on construit des routes, toujours plus de route toujours plus loin!

    Ça permettrait d'être compétitif. Personne ne se demande par quel miracle il est possible de se procurer pot de cornichon venant de l'autre bout du monde, en verre, avec une étiquette (pas un sans non) pour à peine 1 $

    Votre croissance sans prix tue l'agriculture, le commerce local, les courts circuits en fait tout ce qui nous permettrait de sortir de ce marasme fiscal!

    Non seulement on s'en va droit dans le mur, mais on augmente la vitesse. Et personne pour sonner l'alarme. Qu'un état complaisant alors imaginez le citoyen repu!

    (Aie, Marois veux faire son propre plan Nord maintenant).

    Enfin, merci, c'est mieux que rien..

  • Marc-Aurèle Lachance - Inscrit 4 mars 2012 02 h 02

    Mme Gendron

    On évaluera la pertinence de votre propos à la lumière de votre jugement sur le gaz de schiste.

    Si l'économie verte favorise le gaz de schiste, elle ne vaut guère mieux que la brune!

    M'enfin, il est vrai qu'on ne peut ni ne doit conséquemment opposer radicalement économie et écologie, et cela est déjà un plus à votre propos.

  • Raynald Blais - Abonné 4 mars 2012 07 h 13

    Le capitalisme de Porter

    En quoi l’hypothèse Porter se différencie du capitalisme pur?
    "Dès demain, votre innovation doit avoir pour premier objectif non pas seulement de vendre plus, mais de consommer moins de ressources, dans tout ce que vous produisez."
    Il me semblait que la concurrence et le libre marché dans notre système économique poussait déjà les entreprises à innover pour vendre plus, à coût moindre. Qui a-t-il de différent dans cette hypothèse?
    Et depuis que la main-d’œuvre est assimilée à une ressource, le système s’efforce d’en consommer de moins en moins, au mépris des millions de chômeurs sans frontière.

  • Richard Fradette - Abonné 5 mars 2012 20 h 24

    Éducation à la consommation

    Rudiments de l'éducation à la consommation : réduction, récupération et recyclage auquel j'ajoute réparation. Il y a bien d'autres rudiments à connaître dont l'économie d'énergie. Le problème avec les économies réalisées est l'effet rebond : l'argent économisée par la main droite est gaspillée par la main gauche ! Mme Gendron, ici, suggère de 'dématérialiser' la consommation : que la consommation favorise l'achats de biens immatériels tels que des services de relation d'aide ou d'autres services en tout genre afin de réduire l'utilisation de ressources naturelles ou la pollution de l'environnement. Tant qu'à moi, il n'y a aucun problème avec la croissance illimitée du secteur des services personnels en général et avec la croissance illimitée des services de relation d'aide en particulier considérant toute la détresse morale actuelle ! Évidemment, il n'y a pas de grandes multinationales du service personnalisé et donc pas de grands lobbies pour influencer les politiciens en ce sens. Il n'en va pas de même pour les grandes industries du service comme pour le divertissement, la restauration, le tourisme, ... qui ne favorisent pas souvent la consommation immatérielle. Par ailleurs, c'est l'intangible 'immatériel' qui est primordial, qui donne le plus de sens à nos vies.