Les minières rejettent 180 millions de tonnes de déchets toxiques dans les eaux chaque année

Le géant suisse du secteur minier Xstrata, qui exploite des mines au Québec et en Ontario, a été la cible, l’automne dernier en Suisse, de manifestants lui reprochant les impacts environnementaux de ses activités.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Fabrice Coffrini Le géant suisse du secteur minier Xstrata, qui exploite des mines au Québec et en Ontario, a été la cible, l’automne dernier en Suisse, de manifestants lui reprochant les impacts environnementaux de ses activités.

Des neuf minières internationales qui polluent le plus les eaux de la planète, quatre ont leur siège social au Canada, selon une étude publiée hier par Earthworks de Washington et le groupe MiningWatch Canada d'Ottawa.

Les quatre grandes minières visées, qui ont leur siège social au Canada sont Barrick Gold, Goldcorp, Teck et Vale. Quant à la société suisse Xstrata, Québec l'a autorisée en septembre à augmenter sensiblement sa production à sa mine Raglan dans la région couverte par le Plan Nord.

Selon l'étude, dont le lecteur pourra prendre connaissance sur notre site Internet, chaque année, les minières de la planète rejettent ensemble 180 millions de tonnes de déchets toxiques dans les eaux de la planète, soit en mer, dans les cours d'eau ou dans les lacs. Cela correspond à une fois et demie la quantité de déchets domestiques enfouis chaque année aux États-Unis.

Les rejets des sociétés minières sont généralement constitués de métaux lourds toxiques ou d'autres contaminants chimiques, nocifs pour les humains, la faune et la chaîne alimentaire. Ces toxiques sont principalement l'arsenic, le plomb, le mercure et les cyanures.

Ces minières, précise le rapport, laissent derrière elles des traces souvent indélébiles de leur passage grâce au «double standard» dont elles profitent en se donnant bonne bouche dans nos pays développés, mais en profitant du même coup du manque de contrôles environnementaux dans les pays en développement.

C'est pourquoi les deux groupes proposent notamment aux pays développés d'obliger leurs sociétés minières à devoir appliquer dans les pays en développement leurs normes environnementales en plus de devoir cesser tout rejet dans les eaux et milieux humides si elles n'arrivent pas à réduire la quantité de leurs rejets grâce à de nouvelles technologies.

Le rapport signale qu'une seule minière internationale, soit BHP Billiton de Melbourne en Australie, s'est interdit de rejeter des effluents toxiques ou déchets dans la mer ou les cours d'eau. Mais aucune ne s'interdit de le faire dans des lacs.

Cours d'eau contaminés

Le problème est encore plus grave, note le rapport, dans le cas des minières qui rejettent leurs effluents ou leurs «stériles» (tailings) miniers dans les océans, soit la partie des roches jugée inutile mais qui peut néanmoins libérer d'autres métaux et minéraux. En mer, il n'y a pas moyen de réparer les dégâts comme on peut parfois le faire à grands frais dans les cours d'eau contaminés.

Le rapport signale que Barrick Gold a rejeté notamment des déchets miniers dans deux lacs du nord de la Colombie-Britannique. Il signale que Goldcorp, dans laquelle la Caisse de dépôt et placement du Québec a investi, a utilisé un lac du nord de l'Ontario pour empiler ses stériles et que son associée, Mt. Milligan Mine, projette de le faire dans un ruisseau et un milieu humide de la Colombie-Britannique.

Quant à Rio Tinto, on lui reproche des rejets importants en Papouasie de l'Ouest et au lac Carol au Labrador. Sa partenaire Diavik Mine a utilisé elle aussi un petit lac pour entreposer ses déchets miniers. Quant à la minière Teck, on lui reproche des rejets de déchets contenant du zinc et du cuivre dans le Trout Pond à Terre-Neuve et à son ancienne mine de Little Cornwallis Mine au Nunavut. Enfin, Xstrata, selon les deux groupes, rejette des déchets contenant du nickel et du cuivre dans une partie du lac Moose en Ontario et des déchets contenant du zinc et du cuivre à son usine de Matagami «dans ce qui était le lac Watson au Québec».
8 commentaires
  • Sanzalure - Inscrit 1 mars 2012 09 h 12

    Ce qui mérite d'être fait, mérite d'être bien fait...

    Je suis certain qu'il est possible de miner de façon appropriée, sans massacrer l'environnement comme on le fait maintenant. Ça peut coûter plus cher à court terme, mais ça coûterait beaucoup moins cher à long terme.

    Serge Grenier

  • Carol Létourneau - Abonné 1 mars 2012 09 h 48

    Y a-t-il un Plan Nord?

    Comment ne pas craindre que ce Plan Nord, s'il existe vraiment - qui l'a vu?- ne soit que l'occasion d'élus et de leurs proches de se remplir les poches au détriment de l'intérêt collectif à long terme. Bien sûr, il y aura ceux qui en profiteront dans l'immédiat parce qu'on leur offrira des emplois bien rémunérés, on peut les comprendre mais que penser de cela quand il s'agit de nos représentants au gouvernement dont on doit s'attendre qu'ils assurent la santé et la sécurtié de la nation. Y a-t-il quelque chose de nouveau dans l'approche Charest (libérale?). Je ne vois que de vieilles mentalités qui n'ont réussi qu'à maintenir le sous-développement des sociétés aux prises avec des dirigeants corrompus.
    S'il y avait eu un vrai plan je ne doute pas qu'on l'aurait déballé en grande pompe et avec fierté. Il aurait compris des mesures rassurantes pour la sauvegarde de notre patrimoine. Au lieu de cela, on a opté pour des affaires en catimini qui nous laissent songeurs comme beaucoup d'autres approches de la part de ce gouvernement.
    Avons-nous élu un gouvernement ou seulement des pions au service d'immenses intérêts privés?

  • André Michaud - Inscrit 1 mars 2012 12 h 26

    @ Serge Grenier

    D'accord mais est-ce les citoyens sont prêts à en payer le prix ? Ou se cache t'on derrière des slogans communistes creux comme "faisons payer les riches" car on ne veut pas assumer de vouloir un meilleur environnement ?

    Dans les sondages tout le monde se prétend vert, dans le quotidien nous sommes des hyper consommateurs, donc des hyper pollueurs..qui ne veulent pas s'assumer.

    Quand M.Harper a dit que le Plan Vert de M.Dion allait faire monter le prix de l'essence, les consommateurs ont rejeté le Plan Vert. Pour les citoyens le prix de L,essence est plus important que la qualité de l'air...On est pour l'écologie si ce sont les autres qui font des efforts ?

  • meme40 - Inscrite 1 mars 2012 13 h 04

    Ben voyons.

    On fait comme si on le savait pas,ou quoi? Faire une prière pour un moratoire. .Le saccage aura atteint sa limite quand les minières de Charest-desmarais-bouchard--et.et.etc auront tout gobé, seront partis se percher dans les iles ou nichent leurs abris fiscaux, ayant laissé derrière eux des claims sur nos enfants,

  • Roland Berger - Inscrit 1 mars 2012 15 h 40

    Donc, laissons faire !

    Les consommateurs étant naturellement inconséquents, il suffit de ne plus en parler et de laisser les compagnies minières et gazières « déviarger » l'environnement dans lequel vivront leurs descendants. OUF !
    Roland Berger