Portrait de la qualité des eaux de surface au Québec 1999-2008 - Les cours d'eau québécois sont en piteux état

La qualité de l’eau du fleuve Saint-Laurent est demeurée stable dans la décennie 1999-2008.<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir La qualité de l’eau du fleuve Saint-Laurent est demeurée stable dans la décennie 1999-2008.

La majorité des cours d'eau de la vallée du Saint-Laurent, entre la frontière ontarienne et Québec, sont toujours en piteux état, aux prises avec les pesticides et l'érosion intense dans les cours d'eau agricoles où on respecte rarement les critères de protection riveraine, ce qui explique que la vie aquatique y périclite.

C'est ce qu'indique le Portrait de la qualité des eaux de surface au Québec 1999-2008, publié sans le moindre communiqué sur le site Internet du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), il y a un peu plus de trois semaines.

Ce bilan illustre le lourd tribut qu'impose l'agriculture au réseau aquatique du Québec en raison de l'usage chronique des pesticides et des engrais, ainsi que des impacts de l'érosion. On y apprend que les premiers maillons de la chaîne alimentaire, soit les communautés de macro-invertébrés benthiques, perdent radicalement du terrain dans les petits cours d'eau du milieu agricole, dont la plupart ont été creusés aux frais des contribuables pour les transformer en canaux d'évacuation. C'est dans les bassins versants, où l'agriculture occupe plus de 40 % du territoire, que la vie aquatique se résume aux espèces les plus résistantes.

Le document révèle que, même si les concentrations de phosphore ont diminué dans deux stations d'échantillonnage sur trois du réseau provincial — dans des proportions allant jusqu'à 50 % —, le tiers des stations d'échantillonnage affichaient entre 2006 et 2008 dans la majeure partie du temps des concentrations supérieures au critère de qualité pour préserver les cours d'eau contre l'eutrophisation.

Mais si cette situation représente une nette amélioration par rapport à la décennie précédente, si on s'en tient aux seuls bassins versants agricoles et non à l'ensemble des rivières, «la fréquence de dépassement du critère de qualité de l'eau pour éviter l'eutrophisation est passée de 90 à 65 %», ce qui touche donc deux cours d'eau sur trois.

Globalement, «sept des huit rivières qui présentent à leur embouchure une eau de mauvaise ou très mauvaise qualité sont des cours d'eau en milieu agricole», soit les rivières Yamaska, Yamachiche, Mascouche, Bayonne, Châteauguay, Boyer, Tocouapé et la Chaloupe. Elles sont aux prises avec des «concentrations excessives de phosphore, de nitrites et nitrates, de chlorophylle A ou de matières en suspension». Le rapport n'offre plus comme dans les rapports antérieurs une synthèse des concentrations et dépassements par cours d'eau, ce qui prive le lecteur d'une vision synthétique de leur état.

Quant aux métaux lourds, on les trouve surtout en concentrations «préoccupantes» dans les régions minières, principalement en Abitibi. Dans le fleuve, les concentrations diminuent de l'Ontario vers Québec, mais elles sont partout en deçà des critères.

Les pesticides intoxiquent cependant le milieu agricole au-delà des seuils de sécurité pour la vie aquatique. L'usage de certains, comme l'atrazine et le dicamba, diminue, mais le glyphosate, conçu pour être épandu sur les cultures OGM, est en croissance, tout comme de nouveaux venus dans la famille des produits chimiques conçus pour tuer les insectes et les plantes nuisibles aux cultures. Les cultures maraîchères des «terres noires» de la Montérégie affichent les usages les plus intensifs, mais ce sont les champs de maïs et de soja, qui occupent les plus vastes superficies, où on en épand les plus importantes quantités.

Quant au fleuve, la qualité de son eau est demeurée stable dans la décennie 1999-2008. Durant la même période, les deux Plans d'action Saint-Laurent ont cessé d'accorder la priorité à la dépollution industrielle. C'est dans cette période, par contre, que 222 usines d'épuration municipales desservant 660 000 personnes sont entrées en activité. Les régressions notées en ce qui concerne le phosphore et l'érosion en de nombreux endroits leur sont attribuées, ainsi qu'aux plans de fertilisation mis en place dans le milieu agricole.
10 commentaires
  • Jean-François Robert - Abonné 15 février 2012 06 h 10

    Rivière Tocouapé?

    Vous voulez sans doute parler de la rivière Ticouapé...tributaire du Lac St-Jean ?

  • Amie du Richelieu - Inscrit 15 février 2012 06 h 30

    Imaginez si le gaz de schiste va de l'avant!

    À croire notre gouvernement provincial et certains de ses représentants, il faut se lancer dans l'exploitation du gaz de schiste, extrait grâce à la dangereuse méthode appelée fracturation hydraulique qui nécessite des quantités excessives d'eau et qui génère ensuite des quantités d'eaux usées contaminées et peut-être radioactives.

    Que deviendront nos rivières agricoles, alors? Elles sont déjà tellement malades!

  • Alain Saladzius - Abonné 15 février 2012 07 h 50

    Des solutions à mettre en place

    A la veille du budget Bachand, pourquoi ne pas imposer une taxe verte sur tous ces polluants chimiques ? Il faut aussi mieux encadrer le rôle des organismes de bassins versants pour que leurs activités soient davantage ciblées sur des interventions sur le terrain. Il faut aussi limiter l'implantation de tous les systèmes de drainage pluviaux et agricoles évacués aux cours d'eau.

  • France Marcotte - Abonnée 15 février 2012 08 h 57

    Grave

    Cette nouvelle et le document dont elle parle devraient mobiliser l'attention de façon urgente, pourtant, "le Portrait de la qualité des eaux de surface au Québec 1999-2008,a été publié sans le moindre communiqué sur le site Internet du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), il y a un peu plus de trois semaines."

    C'est une autre démonstration que les priorités sont celles que l'on désigne, pas nécessairement celles que la situation exigerait.

  • Kris13104 - Inscrit 15 février 2012 10 h 33

    Grave 2

    Allez-donc dire à un agriculteur que les pesticides qu'ils emploient, les purins mal aboutis qu'il répand en longuer de saison hors hiver polluent les cours d'eau et nuisent à l'environnement, sa réponse est celle de la plupart des membres de sa profession: «moi, je travaille, et il faut que je gagne ma vie. Heureusement que la réglememtation concernant la protection de l'environnement est mal controlée». D'ailleurs, souvent les municipalitée, rurales pour la plupart, ne sont pas scandalisée par une telle attitude.
    N'évoquons pas les entreprises«victime» de mauvaises manipilations ou «d'accidents» qui déversent dans les égouts ou les cours d'eau les produits chimiques dangereux , les sanctions sont tellement légères que le jeu en vaut la chandelle.
    Ne parlons pas des dangers futurs de l'exploitation des gaz de schistes dans laquelle s'engagera de gouvernement Charrest, la santé des eaux «interieures» n'est pas prête à s'améliorer.
    Pourtant les textes de protection existent, leur non-respect présente deux inconvénients majeurs, d'abord, l'incapacité à remplir les objectifs fixés par le législateur et l'administration, ensuite, c'est de tolérer le mépris de ces lois, ce qui pousse naturellement à l'incivisme.