Forcer la transformation du minerai ici serait néfaste pour le Québec

Serge Simard<br />
Photo: Agence Reuters Todd Korol Serge Simard

Les libéraux de Jean Charest refusent d'inclure, dans la réforme de la Loi sur les mines, toute disposition qui aurait pour effet de favoriser la transformation au Québec du minerai tiré de son sol. Selon le ministre délégué aux Ressources naturelles et à la Faune, Serge Simard, les investisseurs ne pardonneraient jamais au gouvernement d'avoir mis en place une telle mesure «protectionniste».

Le Parti québécois est en effet revenu à la charge hier à la reprise des travaux de la Commission parlementaire qui étudie le projet de loi 14 «sur la mise en valeur des ressources minérales dans le respect des principes du développement durable». Selon ce qu'a répété plusieurs fois la porte-parole péquiste en matière de mines, Martine Ouellet, il faudrait y inclure une disposition stipulant la nécessité de «maximiser» la transformation des ressources minières au Québec. «Il ne faut pas en rester aux voeux pieux», a-t-elle plaidé, «alors que les prix des métaux ont explosé, tout comme la demande».

Actuellement, l'énorme boom minier que connaît le Québec s'articule essentiellement autour d'entreprises étrangères qui développent leurs projets miniers dans l'optique d'exporter le minerai extrait du sol. C'est notamment le cas des immenses gisements de fer de la fosse du Labrador. Les dizaines de millions de tonnes de fer qui seront exploitées annuellement devraient être transportées par train jusqu'au port de Sept-Îles avant d'être exportées par bateau. D'autres projets de ports dans l'extrême nord du Québec sont en discussion. L'or et les diamants quitteront aussi le territoire à l'état brut.

Mais le ministre Simard a vertement dénoncé l'idée d'«imposer des contraintes» aux entreprises, allant même jusqu'à affirmer que les investisseurs ne pardonneraient pas au Québec d'avoir inclus ce genre de disposition dans sa législation. Cela provoquerait «de graves problèmes». Pire, ce genre de «protectionnisme», a-t-il affirmé, ne peut que «créer de la pauvreté chez nous».

Il a ainsi fait valoir que les entreprises qui viennent tirer profit des ressources naturelles d'ici doivent aussi évoluer dans un environnement où la nécessité d'être concurrentiel est omniprésente.

Dans ce contexte, «la meilleure façon de faire n'est pas de contraindre, mais de s'entendre en partenaires». M. Simard a aussi dit, sans plus de précision, que le Québec disposait déjà des outils pour favoriser la deuxième et la troisième transformation des ressources qui appartiennent en théorie aux Québécois. «On va créer de la richesse, on va s'assurer que les gens mettent du pain sur la table de leur famille», a-t-il insisté.

L'opposition officielle s'est défendue de vouloir dicter une marche à suivre trop contraignante. Selon Mme Ouellet, il s'agit plutôt de «se donner les moyens» pour accroître la transformation au Québec. «Si on laisse les entreprises décider, on s'en remet plutôt aux règles du capitalisme sauvage.» Elle a du même coup dénoncé l'attique du gouvernement Charest, qui oppose selon elle un «refus systématique à nos propositions qui visent à maximiser le développement de l'économie du Québec». En plus de la question de la transformation, les libéraux ont refusé de discuter des redevances minières et de l'encadrement de l'industrie pétrolière et gazière. Ils ont aussi rejeté l'idée qu'une contribution financière soit exigée aux entreprises minières pour la restauration des sites miniers abandonnés. La facture pour Québec s'élève à 900 millions.

Par ailleurs, le Parti québécois n'est pas le seul à réclamer que le gouvernement Charest se dote de mécanismes afin de s'assurer que davantage de ressources minières soient transformées ici. Outre certains économistes, qui ont fait valoir que la création d'emplois serait ainsi beaucoup plus significative, le syndicat des Métallos a lui aussi réclamé plus de transformation en sol québécois. «On laisse les entreprises soutirer la richesse de notre sous-sol et la faire traiter ailleurs. C'est catastrophique, a déjà dit au Devoir le directeur québécois du Syndicat des Métallos, Daniel Roy. On ne veut pas d'un modèle colonialiste pour développer le nord du Québec. Si le seul incitatif valable est l'argent, dans ce cas, adaptons la fiscalité de sorte qu'il en coûte plus cher aux entreprises qui ne font pas de deuxième et de troisième transformation ici.»

Selon lui, le Québec pourrait très bien transformer une plus grande part de ses immenses réserves de fer en produits à valeur ajoutée, essentiellement dans le secteur de l'acier. Mais la volonté des entreprises n'est pas là. «Le constat est particulièrement désolant, quand on sait que les dernières aciéries du Québec à Contrecoeur ne sont plus que l'ombre de ce qu'elles ont été. Pourtant, la compagnie qui les possède, ArcelorMittal, n'a jamais extrait autant de fer de notre sous-sol. Et les promesses d'investissement dans un laminoir à poutrelles pour fournir le marché nord-américain ne se concrétisent pas.»

L'an dernier, le premier ministre Jean Charest s'était dit ouvert à l'idée que les minières transforment ici une partie des minerais extraits. Jusqu'à présent, aucun plan concret pour inciter les minières à transformer la ressource au Québec n'a été développé. Hier, il a répété qu'il s'intéressait à l'idée dans le contexte du développement du Plan Nord.
19 commentaires
  • armand guindon - Inscrit 7 février 2012 07 h 17

    La Transformation

    Quel belle occasion cet abrutis à manquer de se taire
    Nous disposons au Québec des ressources,de l'énergie,de l'eau,une main d'oeuvre
    qualifiée,mais pour ne pas offenser les multinationales on ne devrais rien transformer ici pour qu'eux le fassent à moindre coût,dans un endroit où ils pourront bien sûr exploiter une main d'oeuvres plus docile et encline à écouter ses maîtres.

    Ministre délégué aux ressources naturelles,imaginez vous.
    On est entre bonne mains.

  • JEAN-PIERRE THOMASSIN - Inscrit 7 février 2012 07 h 58

    Qui veut d'une fonderie ou d'une affinerie dans sa cour?

    Il reste une seule fonderie au Québec. Elle est dans le nord du Québec (Horne à Rouyn-Noranda) et tous les écologistes péquistes et solidaristes se plaignent de la polution qu'elle produit. Même chose pour les affineries de cuivre et de zinc dans le sud. Personne ne veut de ces industries dans son voisinage.

    Alors, pourquoi ne pas installer la prochaine dans un comté péquiste ou solidariste? Eux semblent en vouloir.

    Quant à la seconde transformation, je ne sais pas si les péquistes et solidaristes l'ont noté, mais à peu près toutes les usines d'automobiles, de réfrégirateurs, de cuisinières, de casseroles et autres transformateurs de métaux ont quitté le Québec. Même le chantiers maritimes sont dans le troubles et ont vient de fermer l'usine de locomotives en Ontario. Il ne reste que l'aviation.

    Alors, vous voulez fabriquer quoi avec le nickel, le cuivre, le zinc et le fer? Des vis et des clous? Des dents en or? Du fil barbelé? De la tôle galvanisée?

  • François Dugal - Inscrit 7 février 2012 08 h 06

    Boss

    «Pis Boss, on es-tu correct?»

  • Jacques Morissette - Abonné 7 février 2012 08 h 20

    Le Brésil, un petit bout d'histoire pour comprendre.


    Sur le papier, le Brésil est un très important exportateur de ressources naturelles. Mais, dans les faits, ce qu'il exporte est propriété de Trusts transnationales. Donc, je ne dirais pas de "forcer", mais d'encourager le Québec dans la transformation de ses richesses naturelles. Un peu d'histoire du Brésil peut permettre d'empêcher certaines erreurs de se produire.

    Le Brésil a coulé. Pour en arriver là, le Brésil était entre les mains de la dictature des colonels. Pris dans l'étau du FMI, Lula fait à présent des pieds et des mains pour reprendre en main la dette du pays et son avenir. Au Québec, ce n'est pas une dictature, mais plein de facteurs font qu'il y a entre le pouvoir politique et les citoyens un mur épais d'intentions et de valeurs différentes.

    Petite suggestion, un parti qui gagne ses élections devrait se dire non pas nous avons le pouvoir. À la place, il devrait se dire nous dirigeons le gouvernement et nous allons faire de nos mieux. La différence est que de penser avoir le pouvoir, c'est comme de s'inciter à tout faire pour le conserver. Rien de pire, pour s'enliser, que de ne pas être détacher des objectifs qu'on se fixe.

  • Jonathan Lafontaine - Inscrit 7 février 2012 11 h 07

    Désaccord respectueux avec M. Thomassin.

    M. Thomassin.
    Autant je suis normalement du même avis que vous, autant sur ce sujet je crois que M. Charest aurait intérêt à porter attention aux actions concrètes de M. Williams au TN-L. Il a forcé la main à Vale (anciennement INCO) afin d'assurer qu'une partie de la transformation soit faite dans leur province au lieu d'être renvoyée à Sudbury. Contrairement à Xstrata - anciennement Falconbridge - qui eux transigent le nickel de Raglan directement à Sudbury - sans retombées locales. Je concède donc qu'en forçant une transformation locale:
    1) Il y aura énormément d'impacts énergétiques (consommation très différente, lignes HQ en demande, coûts kWh en hausse)
    2) Il y aura énormément d'impacts sur l'environnement (dont l'impact sera à discuter - certes; p.ex: comment mitiger la production CO2, comment réduire les émissions, etc...)
    3) Il y aura énormément de protestations - vous avez raison que ce n'est pas tout le monde qui veut Horne dans sa cour).
    Mais en contrepartie, nous allons:
    A) Développer une connaissance et un expertise locale, exportable, valorisée, et valorisante.
    B) Développer une économie secondaire plus importante,
    C) Développer emplois directs, indirects, et ainsi assurer, à mon humble avis, une certaine assurance collective (plus on se diversifie, mieux on absorbe les soubresauts économiques).
    Merci respectueux,