Pétrole, gaz et mines: l'opposition s'organise en Estrie

Les sociétés minières et gazières ont déjà mis la main sur des permis d'exploration couvrant de vastes zones de l'Estrie, une situation qu'ignorent la majorité des citoyens de la région. Certaines entreprises ont d'ailleurs déjà des projets d'exploration en vue. Des élus et des groupes sociaux, très déçus des changements apportés à la Loi sur les mines, en appellent donc, pour le moment, au rejet de ces industries.

«L'idée, c'est de lancer une mobilisation conjointe qui regroupe le dossier des gaz de schiste et celui des mines. Après tout, la Loi sur les mines, toujours aussi désuète malgré les modifications comprises dans le projet de loi 14, régit autant le secteur des mines que celui du pétrole et du gaz, explique Joël Nadeau, du comité Mine de rien. Cette initiative vise clairement à démontrer l'absence d'acceptabilité sociale de l'exploitation du gaz de schiste, tout comme les préoccupations de nombreuses communautés quant à une éventuelle exploitation minière sur leur territoire, et ce, dans l'état actuel de la loi.»

Moratoire citoyen

Par l'entremise d'un «moratoire citoyen» lancé sur le Web, 23 000 propriétaires fonciers ont déjà signifié par écrit aux entreprises qui possèdent des permis qui empiètent sur leur terrain qu'ils leur en refusaient l'accès durant la phase d'exploration. Passée cette phase, Québec a en effet théoriquement le pouvoir d'exproprier un propriétaire pour permettre le développement d'un projet, selon la Loi sur les mines.

Des groupes sociaux et des élus de la région comptent maintenant organiser une série de soirées d'information sur ces questions. Celles-ci se tiendront dans plusieurs municipalités et les Estriens préoccupés par la présence des industries minières et gazières seront invités à signifier eux aussi leur refus d'accès. En Estrie, plusieurs craignent par exemple que l'exploitation de mines ou d'énergie fossile détruise des terres agricoles. Les terres agricoles ne bénéficient d'aucune protection particulière en vertu du projet de loi 14.

Selon le député péquiste de Johnson, Étienne-Alexis Boucher, il importe pourtant de «s'assurer que l'éventuelle exploitation de nos ressources naturelles telle que le gaz de schiste se fasse dans le respect des communautés locales, de l'environnement et qu'elle génère des revenus suffisants pour l'État québécois et les municipalités qui les accueillent».

Des entreprises sont déjà bien présentes en Estrie. Dans le secteur de Saint-Camille et Wotton — au nord-est de Sherbrooke —, la minière Bowmore a signifié en décembre qu'elle avait découvert des indices «encourageants» indiquant la présence d'or. Elle compte d'ailleurs poursuivre ses travaux. La minière possède des permis pour 700 km2 dans la région. Au moins une autre entreprise est attirée par le potentiel aurifère de la région.

Quant au gaz de schiste, les cartes officielles indiquent que Junex possède plusieurs permis d'exploration pétrolière et gazière en Estrie. Ceux-ci auraient été délivrés en 2009, alors que la très vaste majorité des Québécois ignoraient que des entreprises s'intéressaient au potentiel gazier du sous-sol de la province.




Ces deux cartes présentent les zones où des entreprises minières et gazières ont déjà acquis des permis d’exploration.

La carte du haut présente, en jaune, les zones où l’entreprise pétolière et gazière Junex détient les droits d’exploration, à raison de 10 ¢ l’hectare. Ceux-ci auraient été émis en 2009, alors que la très vaste majorité des Québécois ignoraient que des entreprises s’intéressaient au potentiel gazier du sous-sol de la province.

La carte du bas présente, en bleu, les zones où des entreprises minières détiennent des permis d’exploration. Une de ces entreprises est Bowmore, une société qui a indiqué en décembre dernier qu’elle avait découvert des indices «encourageants» indiquant la présence d’or dans un secteur regroupant notamment le village de Saint-Camille. Elle compte d’ailleurs poursuivre ses travaux. La minière possède 700 km2 de permis dans la région. Au moins une autre entreprise est attirée par le potentiel aurifère de la région.

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