Changements climatiques - Les grands barrages alourdissent le bilan de GES

La centrale hydroélectrique René-Lévesque, située sur la rivière Manicouagan sur la Côte-Nord, est alimentée par le réservoir Manic 3.<br />
Photo: Source: Hydro-Québec La centrale hydroélectrique René-Lévesque, située sur la rivière Manicouagan sur la Côte-Nord, est alimentée par le réservoir Manic 3.

Le recours massif aux grands barrages par le Québec alourdit de 8 millions de tonnes le bilan des gaz à effet de serre (GES) du Québec, selon une étude de Global Forest Watch Canada (GFWC), un groupe de recherche et d'intervention en environnement qui suit tout particulièrement l'évolution de l'écosystème boréal canadien.

Or ces 8 mégatonnes (Mt) de GES n'apparaissent pas dans le bilan du Québec sur les changements climatiques, constate l'organisme environnemental. Si le Québec les inscrivait à son bilan d'émissions, qu'il présente comme exceptionnel en raison précisément de son recours massif à l'hydroélectricité, ce dernier serait modifié sensiblement.

Le Devoir a récemment calculé que le surplus d'émissions de GES du Québec entre 2008 et 2012 par rapport aux règles du protocole de Kyoto atteindrait 11 Mt. Les 8 Mt non déclarées pour cause de recours à l'hydroélectricité sont aussi nettement supérieures aux 5,1 Mt que le Québec doit retrancher de son bilan de 1990 pour atteindre la cible de Kyoto de - 6 %, soit 78,8 Mt.

Le Canada tire 60 % de son électricité des grands barrages; or 45 % de cette production se concentre au Québec, qui monopolise par ailleurs 50 % du potentiel encore inexploité au pays.

Global Forest Watch Canada établit à 8,1 Mt les émissions des barrages hydroquébécois à partir de la toute récente étude de Teodoru et coll., publiée en 2011 dans le journal Ecosystems. Celle-ci a basé ses conclusions à partir de l'étude des émissions du réservoir Eastmain 1 à la baie James.

Non seulement cette étude est la plus récente, explique Peter Lee de GFWC, mais c'est la première où on ne s'est pas contenté de capter en surface les émissions de méthane provenant du fond d'un réservoir hydroélectrique, là où se dissout la matière organique provenant de la décomposition du stock de carbone noyé sous l'eau. L'étude du professeur Teodoru s'est en effet penchée sur l'importance du stock de carbone contenu dans les sols, les forêts, les marais et les tourbières des forêts boréales ennoyées.

Le Canada, note l'étude de GFWC, se borne à calculer les émissions des grands réservoirs hydroélectriques pendant 10 ans. Il devrait plutôt parler d'émissions sur des périodes de 20 à 50 ans. L'étude Teodoru donne à penser que les émissions, quoique décroissantes, pourraient s'échelonner avec constance pendant plus de 200 ans, comme cela a été calculé pour le réservoir Eastmain 1.

Mais il y a plus. L'étude de GFWC n'a pas tenu compte, comme toutes les études jusqu'à présent sur cette question, de la perte des puissants «puits» ou capteurs de GES que constituent les forêts, les marais et les tourbières des régions nordiques. Comme la création des grands réservoirs fait disparaître certains des principaux mécanismes de fixation du carbone, convient Peter Lee, il faudra tenir compte à l'avenir de cette perte permanente dans les études d'impacts réalisées sur les projets hydroélectriques.

Selon le porte-parole de GFWC, les réservoirs québécois couvrent 41,6 % des 50 000 km carrés ennoyés au Canada pour produire de l'hydroélectricité au moyen de 271 grands barrages. Leurs émissions globales atteignent 16,9 Mt de GES. Selon l'étude, les émissions de GES attribuables à l'hydroélectricité demeurent néanmoins des dizaines de fois inférieures à celles des combustibles fossiles utilisés pour produire une énergie équivalente.

Au Canada, les centrales hydroélectriques émettent en moyenne de 20 à 36 kg de CO2 par MWh, souligne l'étude. En comparaison, la centrale thermique au charbon de Nanticoke, en Ontario, en émet environ 1000 kg par MWh. Le problème du Québec provient du fait que presque toute son électricité, soit 98 %, est d'origine hydraulique et que cette électricité représente 40 % de son bilan énergétique global. En somme, peu de GES par MWh, mais beaucoup au total, en raison du recours massif à la filière.

De son côté, le Worldwatch Institute révélait la semaine dernière que le recours croissant à l'hydroélectricité avait fait un bond de 5 % entre 2009 et 2010 ailleurs dans le monde en raison de la priorité accordée aux changements climatiques.
31 commentaires
  • François Gagnon - Inscrit 23 janvier 2012 06 h 17

    Toujours des analyses partielles et intéressées de part et d'autre des partisans !

    Je suis un ardent défenseur de la saine gestion du carbone mais avec honnêteté. En effet, les gens de l'environnement devraient faire la nuance entre l'ajout de GES de sources fossilisées dans l'écosystème (donc enmagasinés depuis des millions d'années - selon les endroits de 2 à 600 millions d'années) et du carbone contenant dans le système végétal qui lui est sur un cycle de 10 à 100 ans et qui donc fait partie de l'équilibre à court-moyen termes de l'écosystème.

    Ainsi, à l'échelle court-moyen termes les GES des barrages ne seraient que de légères perturbations comparativement à celles qu'engendre les GES des sources fossilisées depuis de 2 à600 millions d'années.

    Il ne faut aussi pas oublier que les arbres qui se décomposent lentement sous la surface des réservoirs devraient normalement être remplacés par un système d'algues qui est bien connu pour sont absorbtion de GES et qui remplacera facilement voir excédera l'absobtion de GES des arbes perdus.

    Ce que ces élogistes disent c'est en sorte que tout le bruit qu'ils font autour des Bio-Carburants quand à leur réduction de l'augmentation nette et à long termes des GES n'est que du pipo ?

    Un peut de consistance mesdammes et messieurs les écolos !

    Les gens du GFWC n'ont clairement une vision d'ensemble et dans le temps de la chose des GES en lancant intentionnellement de tels énoncés partiel et partiaux.

  • Sanzalure - Inscrit 23 janvier 2012 07 h 19

    Gaspillage et incohérence

    D'une part, la majeure partie de l'électricité produite est gaspillée par une population frivole qui vit dans le déni et n'assume pas ses responsabilités environnementales.

    D'autre part, l'ordre établi qui défend la «loi du marché» triche en bloquant de façon machiavélique toutes les alternatives, surtout les plus prometteuses.

    Serge Grenier

  • Nimporte quoi - Inscrit 23 janvier 2012 08 h 55

    Participation citoyenne!

    Bonjour,

    Oui, gaspillage, absurdité fiscale, grenouillage international... Tout ça sans jamais offrir autre chose qu'un politique d'austérité aux coupures injustifié!

    C'est comme ça, l'économie et la fiscalité sans foi ni loi travail de cette façon. Entre les lois et entre les colonnes de chiffre.

    Un déficit des hôpitaux, qu'on transfère la responsabilité et les colonnes directement dans les hôpitaux! Même chose avec les municipalités, on pellette et on pellette!

    Ici, on nous sortait des chiffres et des profits mirobolants avec les éoliennes alors qu'on n'avait pas inclus les frais de transport et la construction de ligne de transport!

    Quand est-ce que vous allez comprendre que peu importe, il contrôle tout. Alors qu'il leur suffit souvent que d'un simple fait divers pour atteindre notre vertu!

    On a besoin de petites manifestations, de référendums et des commentaires, mais c'est n'est pas assez! Malgré tout, on est rendu au nord du nord, bientôt on aura fait le tour de cette pauvre terre!

    Présentez-vous, faites de la politique, offrez votre corps à l'humanité. On a besoin de chair à canon soldat, le front est à Québec et à Ottawa! Mais les sièges sont vides, absolument vides de sens et de représentant. Ils n'attendent que vous, écologiste, athées, altruismes et autres poètes!

    Merci!

  • Kris13104 - Inscrit 23 janvier 2012 08 h 57

    tout et n'importe quoi...

    La production hydro-électrique est considérée, à juste titre semble-t-il, comme la source la moins polluante pour la quantité d'énergie produite -imaginez la même production par centrale thermique au charbon ou au fuel et nucléaire avec ses déchets radioactfs-.
    Effectivement, les surfaces couvertes par les barrages sur la forêt génère du méthane, mais on ne dit jamais que cette même forêt produit des GES en quantité. En revanche, le méthane des lacs peut faire l'objet de captage qui diminue les quantités émises tout en fournisant une source d'énergie interessante.
    Il est dommage qu'une telle étude ne soit pas exhaustive et apparaisse comme idéologiquement orientée. Copie à revoir....

  • jacques bisson - Inscrit 23 janvier 2012 09 h 18

    l'hydro 40 fois mieux ?........alors GO-Hydro-GO

    "Au Canada, les centrales hydroélectriques émettent en moyenne de 20 à 36 kg de CO2 par MWh, souligne l'étude. En comparaison, la centrale thermique au charbon de Nanticoke, en Ontario, en émet environ 1000 kg par MWh"

    Autrement dit, plus on développe, plus on réduit les GES par le biais de l'exportation alors GO Hydro!!!

    Je ne sais pas si on en a tenu compte mais la pratique actuelle est à l'effet qu'avant la mise en eau, on récupère les bois marchands (SM3, La Romaine, etc.). Je ne sais pas non plus si l'étude tient compte du fait que la bio-masse au nord de l'Eastmain est sensiblement moins importante (les réservoirs de La Grande et Caniapiscau). C'est encore plus vrai pour la Rivière-à-la-Baleine, si jamais...

    Bien faire et laisser braire.

    GO-Hydro-GO