Une année exceptionnelle au Québec - La mobilisation sur les enjeux environnementaux se maintient

Les inondations du Richelieu ont démontré l’incohérence d’un gouvernement qui se dit sensible à la protection de l’environnement et qui a autorisé la reconstruction de résidences permanentes dans une plaine inondable.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les inondations du Richelieu ont démontré l’incohérence d’un gouvernement qui se dit sensible à la protection de l’environnement et qui a autorisé la reconstruction de résidences permanentes dans une plaine inondable.

Si les grands dossiers comme celui du climat stagnent à l'échelle nationale et internationale, le Québec a connu une année exceptionnellement intense sur le plan environnemental, caractérisée pour une deuxième année par la mobilisation citoyenne et l'émergence d'un nouveau paradigme environnemental: la conservation.

Avec un mois de décembre qui ressemble, à Montréal, à ce que vivait Toronto il y a 20 ans, il est inévitable de placer les changements climatiques en tête de liste des dossiers environnementaux marquants de 2011.

Et au sommet de cette liste, on doit placer le retrait récent du Canada du protocole de Kyoto, qui nous a attiré une réprobation internationale devant laquelle les conservateurs n'ont pas davantage bronché que les intégristes iraniens à propos de leurs velléités atomiques.

Le Canada est déjà un des pays les plus touchés par le réchauffement climatique, qui atteint les 7 °C dans son Grand Nord. Le gouvernement Harper semble ainsi se désintéresser des impacts du climat arctique sur les populations inuites et la faune, sans parler des dépenses pour contrôler éventuellement le passage du Nord-Ouest. Il rêve sans doute, comme les pétrolières dont il se fait le porte-parole international, de nouveaux forages en haute mer malgré les risques. Pour l'instant, le reste de la planète retient que notre pays ne tient pas parole, qu'il se soucie peu de sa responsabilité historique et qu'il abandonne à leur sort les populations les plus à risque du globe malgré l'argent versé pour leur adaptation.

La récente conférence de Durban aura été un quasi-échec. Alors que des progrès importants avaient été réalisés à Cancún, Durban devait être l'occasion de coucher sur papier des engagements suffisants pour enrayer d'ici 2020 l'emballement à la hausse de la température terrestre. Au lieu de cela, on a convenu d'un nouveau round de pourparlers qui engagerait tout le monde. En soi, c'est un progrès, mais un progrès théorique, car, c'est couru d'avance, les États-Unis et le Canada notamment vont finir par dire qu'on leur en demande trop et vont bloquer le nouveau processus après avoir gagné du temps, une fois de plus, au profit des pétrolières.

La véritable lueur d'espoir réside sans doute dans la mise en place de la taxe carbone imposée par l'Europe le 1er janvier prochain aux transporteurs aériens internationaux. Il s'agit visiblement d'un test économique et diplomatique pour la mise en place de taxes carbones sur les produits exportés par les pays «voyous» du climat. Force est de constater qu'à moins d'être frappés économiquement, ils continueront de miser sur leur avance technologique et leur richesse pour s'en sortir, peu importe le sort des autres à qui on enverra des chèques...

Le changement dépendra sans doute de l'action de la dizaine d'États du Regional Greenhouse Gaz Initiative de l'est des États-Unis et du Western Climate Initiative (WCI). Le Québec, qui fait partie de ce dernier groupe avec six autres États et deux autres provinces, vient de prendre la tête du peloton en devenant, après la Californie, le deuxième État nord-américain à imposer dans une semaine un plafond «réglementaire», qui englobera dès 2015 l'ensemble de ses émissions, et à créer un marché de droits d'émission. Le Québec s'aligne ainsi sur l'Europe avec une réduction de 20 % de ses émissions pour 2020.

D'autres changements


Le nouveau titulaire du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP), Pierre Arcand, a produit deux autres moutures réglementaires de premier plan en 2011. Il a ainsi fait approuver un nouveau règlement sur l'assainissement de l'air qui a resserré plusieurs normes sur les rejets de toxiques et qui a amorcé une timide réforme en matière de contrôle de la pollution dite «ambiante». Le ministre Arcand a aussi innové avec un projet de loi qui imposera l'inspection des véhicules automobiles de plus de huit ans, une réforme qui dormait sur les tablettes depuis 10 ans.

Par contre, le ministre a été moins heureux dans sa gestion du dossier des gaz de schiste. Si Québec espérait voir se résorber la mobilisation citoyenne de 2010, il a fait erreur. Tout comme l'entrée en scène des Lucien Bouchard et André Boisclair a stimulé les opposants, le mi-figue, mi-raisin du BAPE au début de 2011 a eu un effet similaire en provoquant un arrêt mitigé des activités d'exploration alors que certaines fuites de gaz semblaient hors de tout contrôle. Le lancement d'une évaluation environnementale stratégique (EES) a été ponctué d'erreurs qui ont plutôt contribué à maintenir la mobilisation citoyenne. D'ailleurs, cette mobilisation s'est étendue à la Côte-Nord, à la Gaspésie et aux Îles avec le débat qui entoure le forage des fonds marins du golfe du Saint-Laurent au site Old Harry, du côté terre-neuvien. Le nouveau mandat donné au BAPE dans ce dossier permettra aux groupes et aux citoyens de toutes les provinces riveraines d'en débattre, ce qui remplacera l'audience fédérale que les conservateurs ont tout fait pour éviter.

Mobilisations locales

La région de Montréal a fait elle aussi l'objet d'une importante mobilisation citoyenne mais, cette fois, non pas en réaction à un promoteur particulier, mais sur la vision d'avenir inhérente au Plan métropolitain d'aménagement et de développement (PMAD). Les 400 mémoires présentés ont révélé l'ampleur de la volonté populaire de voir se développer une métropole plus saine, moins polluée, et de miser sur de solides politiques de conservation des derniers milieux naturels.

Les inondations catastrophiques du Richelieu ont fini par démontrer l'incohérence d'un gouvernement qui se dit sensible à la protection de l'environnement et qui, contrairement à sa propre politique, a autorisé la reconstruction de résidences permanentes dans une plaine inondable toujours à risque.

Cela a certainement attisé le débat sur le PMAD, où la protection des plaines inondables, des milieux humides, des boisés urbains et périurbains, la densification du tissu régional et le développement des transports collectifs sont devenus des thèmes majeurs. Le PMAD a finalement été approuvé par la plupart des 82 municipalités, même après avoir été enrichi par une vision écosystémique grâce à l'ajout d'une «trame bleue» à la trame ou ceinture verte.

La reconstruction de l'échangeur Turcot, la construction d'un nouveau pont à côté du pont Champlain ainsi que les projets de biométhanisation des déchets dans la métropole ont continué d'alimenter le débat public sur les enjeux environnementaux métropolitains.

L'agrandissement du parc national des Îles-de-Boucherville, une autre bataille gagnée par les citoyens et les groupes environnementaux en 2011, a soulevé des enjeux stricts de conservation. De son côté, l'acquisition de l'île d'Argent par Montréal a soulevé une belle controverse. Mais plusieurs politiques de conservation avaient déjà débouché sur des résultats concrets à la suite des pressions des citoyens, comme à Sainte-Julie qui a protégé une partie de sa montagne. Longueuil a fini par protéger l'essentiel du boisé du Tremblay et Brossard a ajouté 230 ha de forêts humides aux 250 déjà protégés chez lui.

Mais la palme en matière de conservation revient aux citoyens de Lorraine, sur la Rive-Nord, qui, en référendum, ont voté massivement pour un règlement d'emprunt en vue d'acquérir le reste de la forêt du Grand-Côteau même si cela leur coûtera chacun 68 $ par année pendant 25 ans. Un exemple qui montre que les citoyens sont capables de passer de la parole aux actes, ce sur quoi on devrait méditer à Québec.

Signaux d'alarme

De grandes études publiées cette année sont de véritables signaux d'alarme. En juin, le Groupe intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) affirmait que l'humanité peut, dans l'état actuel de la technologie, produire 80 % de la demande mondiale avec des énergies vertes. Cette étude montre à quel point le problème du climat réside dans l'omnipuissance des pétrolières et des grands lobbies énergétiques sur les gouvernements, au point de miner leur volonté de changement, pourtant évidente dans les populations.

Les projets Keystone, Enbridge et Transmountain, qui permettraient au pétrole des sables bitumineux de se rendre au golfe du Mexique, à Portland dans le Maine ou sur la côte du Pacifique, ont démontré qu'aucun gouvernement n'a osé se mettre en travers. Mieux, le ministre fédéral de l'Environnement, Peter Kent, défend maintenant sans sourciller ce «pétrole éthique». Tout au plus, comme aux États-Unis, on diffère le débat sur ces projets par de nouvelles études sans pour autant remettre en question leur justification.

Toujours en juin, une autre méta-étude démontrait que les océans de la planète sont dans un état critique. Une autre, à l'automne, indiquait que les pays de la planète devaient augmenter de 12 milliards de tonnes de GES la réduction d'émissions qu'il serait nécessaire de réaliser pour reprendre le contrôle du climat. Enfin, encore plus élémentaire, un autre rapport de la Commission de coopération environnementale de l'ALENA indiquait en avril que les rejets municipaux sont, en Amérique du Nord, encore la principale source de détérioration des cours d'eau.

De quoi douter de l'efficacité de nos plus anciennes politiques environnementales à l'échelle du continent.
5 commentaires
  • SylvainArchambault - Abonné 24 décembre 2011 07 h 56

    Mise au point - BAPE dans le golfe.

    Le texte comporte une erreur importante :
    "...forage des fonds marins du golfe du Saint-Laurent au site Old Harry, du côté terre-neuvien. Le nouveau mandat donné au BAPE dans ce dossier permettra aux groupes et aux citoyens de toutes les provinces riveraines d'en débattre, ce qui remplacera l'audience fédérale que les conservateurs ont tout fait pour éviter."

    Le récent mandat donné au BAPE ne concerne QUE le gaz naturel en milieu terrestre aux Îles-de-la-Madeleine.

    Les forages en milieu marin, du côté de Terre-Neuve seront examiné par M. Bernard Richard (N.B.) qui pilotera une consultation publique dans toutes les provinces au nom de l'Office terre-neuvien et de l'Agence canadienne d'évaluation environnementale. Cette consultation débutera dans les prochaines semaines. Le BAPE n'a rien à voir là-dedans !!

  • Gilbert Talbot - Abonné 27 décembre 2011 14 h 49

    Excellent résumé de la situation environnementale

    Vous faîtes bien vos «Devoir», M. Francoeur. Vous nous présentez ici un condensé succinct de la problématique environnementale au Québec et dans le monde. Je suis bien d'accord avec vous pour dire que «le Québec a connu une année exceptionnellement intense sur le plan environnemental, caractérisée pour une deuxième année par la mobilisation citoyenne». Cependant lorsque vous parlez de « l'émergence d'un nouveau paradigme environnemental: la conservation», mon oeil a tiqué un peu. La conservation est le premier mouvement écologique d'importance à apparaître dans le monde, particulièrement en Angleterre. La conservation d'aire naturelle a été le premier geste politique humain pour sauvegarder l'état naturel d'un site, contre l'expansion des villes et des industries. Ce n'est que bien plus tard que s'est développer l'écologie scientifique, qu'est apparu le concept d'«écosystème», puis l'écologie politique et finalement l'idée de «développement durable» dans le rapport Bruntland. Même au Québec c'est la «conservation des milieux naturels» qui a motivé la création des premiers parcs nationaux et provinciaux. Il y a dans le mot «conservation» le mot «conservateur», ce qu'a oublié notre gouvernement fédéral «conservateur».

  • Gilles Larouche - Inscrit 3 janvier 2012 09 h 56

    Et 10 ans plus tard au Québec...

    Il y a des journalistes qui croient encore que le climat de la terre se réchauffe alors que depuis le début du 21e siècle, il n'y a pas eu un gramme d'indice de réchauffement.

    Renseignez-vous... Bon Dieu. Avant d'écrire n'importe quoi.

    Nous sommes en 2012. Avez-vous vu les dernières statistiques officielles?

  • Gilles Larouche - Inscrit 3 janvier 2012 10 h 11

    Vos sources S.V.P.

    "Le Canada est déjà un des pays les plus touchés par le réchauffement climatique, qui atteint les 7 °C dans son Grand Nord."

    Merci à l'avance.

  • Geoffroy Ménard - Inscrit 18 janvier 2012 21 h 45

    @M.Larouche

    À se renseigner sans esprit critique, on devient désinformé.