Climat: un accord minimum conclu à Durban

Durban — Les délégués de 194 nations participant à la conférence de l'ONU sur le climat se sont entendus dans la nuit de samedi à dimanche pour commencer l'an prochain des négociations sur un nouveau traité contraignant légalement les pays à mettre en oeuvre de nouveaux engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ce nouveau protocole destiné à succéder à celui de Kyoto entrerait en vigueur au plus tard en 2020.

L'accord de Durban n'oblige pas explicitement les pays à respecter leurs objectifs, même si la plupart des pays émergents se sont engagés volontairement à limiter la croissance de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES).
 
Actuellement, seuls les pays industriels qui ont ratifié Kyoto sont légalement engagés à limiter leurs émissions dans le cadre du protocole signé en 1997. Ces engagements expirent l'an prochain, mais dans l'attente d'un nouveau traité, ils seront prolongés pendant au moins de cinq ans à compter du 1er janvier 2013, dans le cadre de l'accord signé dimanche sur la lutte contre le réchauffement de la planète.
 
Mitigé

Après deux semaines de travaux, la 17e Conférence de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CNUCC) ne s'est achevée que tôt dimanche matin à Durban, en Afrique du Sud, après des prolongations de 36 heures pour aboutir à un accord. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a salué «une avancée importante dans notre travail sur le changement climatique».
 
Mais certains regrettaient que les termes de l'accord comportent des lacunes suffisantes pour que des pays évitent de se plier à des contraintes légales et notaient qu'aucune sanction financière n'était mentionnée. «Ils ne sont pas parvenus à un véritable accord», a déploré Samantha Smith, de l'ONG environnementale WWF International. «Ils ont délayé les choses pour que tout le monde puisse monter à bord.»
 
La ministre française de l'Ecologie Nathalie Kosciusko-Morizet, qui a participé aux négociations, a reconnu que l'accord conclu dimanche n'était «pas idéal», mais estimé que l'objectif d'avoir «une suite au protocole de Kyoto» avait été atteint.
 
«Notre objectif, c'était d'avoir une suite au protocole de Kyoto et l'échanger en quelque sorte contre une perspective d'un accord global qui impliquerait toutes les nations du monde, notamment les nations les plus émettrices de gaz à effet de serre, les États-Unis, la Chine, l'Inde. C'est objectif-là, il est rempli», a-t-elle déclaré sur France-Info.
 
Elle a toutefois reconnu qu'on n'avait «pas aujourd'hui sauvé la planète». «L'accord global qui nous permet d'envisager sereinement l'avenir et de dire, "non, l'augmentation moyenne de température ne dépassera pas deux degrés", cet objectif-là n'est pas atteint. On n'a jamais pensé qu'on l'atteindrait à Durban», a-t-elle poursuivi.
 
Kent satisfait

Le ministre canadien de l'Environnement, Peter Kent, se dit «raisonnablement optimiste» que l'entente conclue à la Conférence de Durban sur les changements climatiques concernant l'élaboration d'un plan d'action pour combattre ce phénomène mènera à un nouvel accord global d'ici 2015.
 
Le ministre Kent affirme que le Canada est venu à Durban en toute bonne foi tout en étant résolu à s'engager de façon constructive à élaborer un nouvel accord international, qui comporte des cibles de réductions contraignantes pour tous les grands émetteurs. Il admet toutefois que les négociations seront ardues.
 
Le ministre répète que le Canada voulait à tout prix éviter une autre alliance à l'instar du Protocole de Kyoto. Ce protocole, selon lui, n'était pas efficace et ne convenait pas au Canada.
 
Peter Kent dit que le Canada a clairement déclaré qu'il ne prendra aucun engagement pour la seconde phase du Protocole de Kyoto. De plus, il n'affectera aucune ressource limitée pour capitaliser le nouveau fonds vert pour le climat, que prévoit l'accord de Durban, tant que les grands émetteurs n'auront pas tous accepté les cibles de réduction juridiquement contraignantes et la déclaration transparente de leur inventaire des gaz à effet de serre.
 
Québec
 
Du'autre part, l'opposition péquiste à l'Assemblée nationale se questionne sur l'absence du Québec à ce sommet, qui s'est tenu à Durban, en Afrique du Sud.
 
Le porte-parole péquiste en matière d'environnement, Scott McKay, déplore l'attitude du Canada à cette conférence, affirmant que le gouvernement Harper a détruit ce que le Québec a mis des années à bâtir grâce à des efforts considérables pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Selon le député de l'Assomption, les décisions fédérales engagent malheureusement le Québec sur la mauvaise voie.
 
Scott McKay dénonce l'absence d'élus québécois à Durban. M. McKay admet que le Québec doive se contenter de faire de la «politique de corridor» dans les forums internationaux, mais, selon lui, il aurait quand-même pu, comme au Sommet de Copenhague, défendre sa position.
 
Il déplore que le gouvernement Charest ait laissé le champ libre au Canada qui, à son avis, a maintenu une vision aux antipodes de celle du Québec.

Mi-figue, mi-raisin

Par ailleurs, le mouvement écologiste québécois est ambivalent face aux résultats du Sommet de Durban.
 
L'organisme Équiterre, dont le porte-parole se trouvait sur place, a durement critiqué la feuille de route sur laquelle s'est entendue la communauté internationale.
 
Selon Steven Guilbault, les efforts concertés des États-Unis, du Canada et du Japon ont fait dérailler les efforts des délégations qui souhaitaient des actions immédiates et claires.
 
L'entente de Durban n'en fait pas assez pour lutter contre une augmentation des températures de 4 degrés Celsius, a affirmé M. Guilbault.
 
Du côté de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), le porte-parole André Bélisle se dit ambivalent.
 
D'une part, dit-t-il, la planète a évité le pire car les négociateurs ont accepté l'idée de s'imposer des cibles contraignantes et d'en arriver à une entente ferme dans les prochaines années. Mais M. Bélisle aurait aimé voir la communauté internationale prendre des actions concrètes et immédiates pour lutter contre le réchauffement de la planète.
 
«C'est mi-figue, mi-raisin. Je pense qu'on a évité le pire, mais on n'a pas avancé tellement non plus», a-t-il affirmé en entrevue téléphonique. «Que le Canada veuille négocier et aller un peu plus loin, c'est un début de bonne nouvelle.»
 
André Bélisle a cependant des mots très durs pour les représentants d'Ottawa, qu'il accuse de mauvaise foi dans tout le dossier environnemental.
4 commentaires
  • Jacques Dautreme - Inscrit 11 décembre 2011 11 h 03

    L'écologie eat aussi une affaire de gros sous

    Beaucoup de mouvements écologistes vivent grâce a des subventions de l’état. C’est un commerce comme un autre, en vivent très bien. Cette année il a été alloué 700 mille $ a un de ces organismes, d’ont on n’entend jamais ce qu’ils fond de cet argent. Je considère que l’écologie est une nouvelle forme du capitalisme

  • Richard Fradette - Abonné 11 décembre 2011 11 h 11

    Bonnes nouvelles

    Confiance, confiance, ... Tout n'est que confiance.

    Ou est-ce tout n'est que diplomatie, démocratie, réalisme (humain, environnemental, économique et politique tout inclue), contrat social (équitable entre bourgeois et populations), ..., développement durable, économie verte, ..., ou émergence d'un ordre nouveau ?

    Très bien qualitativement.

    Reste à savoir quels sont les objectifs quantitatifs par pays, par période. À la fin, un objectif quantitatif : limiter le réchauffement globale sous 2°C. Les sciences de la nature et les technologies font des prodiges pour le bien-être environnemental et humain. Les sciences humaines et les politiciens devront faire autant de prodiges en réalisme politique et économique qui se traduiront quantitativement. Et pour atteindre l'objectif du 2°C, il faut rapidement mettre en place toutes les mesures de réduction d'émissions de «gaz à effet de serre» (GES) déterminées par les sciences de l'atmosphère et reprises par le «Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat » (GIEC). Il n'est pas trop tard; reste à vérifier si le «point de non retour» est bien en 2017 comme l'affirme l'«Agence internationale de l'énergie» (AIE). Il ne faut plus attendre; les risques sont trop grands.

  • Geoffroy Ménard - Abonné 11 décembre 2011 12 h 33

    réalisme

    J'ai bien peur que l'humanité ne reconnaisse l'importance d'agir qu'une fois les impacts négatifs bien avancés: désertification accélérée, guerres pour l'eau, chute de la productivité agricole...
    Mais je crains encore plus que les démagogues négationnistes maintiennent leur emprise sur les pouvoirs publics et les convainquent qu'il ne vaut pas la peine d'agir, ou que les gaz à effets de serre n'y sont pour rien de toutes façons. Jusqu'où le réchauffement ira-t-il? Dans 100 ans? 200 ans?

  • Mariette Payeur - Inscrite 11 décembre 2011 23 h 55

    À la prochaine farce...

    Copenhague, farce I
    Bonn, farce II
    Mexique, farce III
    Durban, farce IV
    Doha, farce V ??
    Avant les rassemblements précités , j'avais la naïveté de croire que de telles rencontres avaient un brin de sérieux. Ce n'est plus le cas.
    Dépenser autant de temps et d'argent pour une telle farce, c'est bien dommage.
    Des rencontres régulières, entre les autorités environnementales de quelques pays pleins de bonne volonté, sont plus pertinentes et plus efficaces que ces rencontres entre des hauts dirigeants bornés.
    Des rencontres dont découlent de beaux principes rarement appliqués.

    Quand la mauvaise foi et l'attitude immuable de certains pays ( de la moitié du monde) ne seront plus des certitudes comme c'est le cas présentement, alors il sera termps de penser à organiser une VRAIE rencontre, une VRAIE discussion.
    Que la prochaine farce du même genre soit prévue à Doha (Qatar) laisse supposer qu'on y discutera beaucoup plus d'économie que d'environnement.... comme d'habitude.