Climat - Les négociations de la dernière chance

Le Canada a reçu hier pour la cinquième fois en cinq ans le «douteux» prix Fossile «colossal» de l’année, décerné au pays qui accumule le plus de prix Fossile du jour durant la conférence annuelle sur le climat. Le prix est décerné par le Réseau Action Climat international, qui regroupe plus de 700 ONG à vocation sociale et environnementale. <br />
Photo: Agence Reuters Le Canada a reçu hier pour la cinquième fois en cinq ans le «douteux» prix Fossile «colossal» de l’année, décerné au pays qui accumule le plus de prix Fossile du jour durant la conférence annuelle sur le climat. Le prix est décerné par le Réseau Action Climat international, qui regroupe plus de 700 ONG à vocation sociale et environnementale.

Après s'être enlisées profondément hier, les négociations sur la protection du climat en cours à Durban, en Afrique du Sud, ont été relancées hier soir par le dépôt d'une proposition européenne de la dernière chance et du texte de la deuxième phase du protocole de Kyoto, dont le Canada est absent.

Au moment de mettre sous presse, le Secrétariat de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques avait ajourné ses travaux jusqu'à ce matin. C'est alors que les représentants des 192 pays présents pourront se pencher en plénière sur le résultat des pourparlers intenses qui se sont poursuivis toute la nuit autour du texte européen.

Selon ce nouveau texte de négociation, qui circulait assez ouvertement hier soir parmi les délégations, l'Union européenne (UE) se dit prête à s'engager dans des réductions mandataires de -25 à -40 % d'ici 2020, qui seront annoncées en 2012 dans le cadre d'une deuxième phase du protocole de Kyoto. Elles prendraient effet le 1er janvier 2013.

En échange, l'UE demande aux principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre (GES) de s'engager immédiatement dans la négociation d'un protocole ou d'un «autre instrument légal» qui les mobiliserait tous. Sa proposition vise principalement les États-Unis et les pays émergents que sont la Chine, l'Inde, le Brésil et l'Afrique du Sud.

Le texte dévoilé par le Secrétariat de la conférence hier soir est muet sur les efforts de réduction que pourraient faire le Canada, le Japon et la Russie, ce qui indique qu'ils ont refusé de faire le moindre effort additionnel dans le cadre de Kyoto à compter du 1er janvier 2013. La Norvège, un pays producteur de pétrole comme le Canada, est le pays le plus ambitieux de tous avec un engagement de -30 à -40 % de ses émissions d'ici 2020, et cela, même avec un climat semblable au nôtre. En comparaison, les émissions canadiennes devraient se situer à leur niveau de 1990 si les conservateurs n'abaissent pas une fois de plus leurs cibles officielles mais volontaires.

Les États-Unis ont toujours dit qu'ils ne s'engageraient pas si leurs principaux concurrents économiques n'avaient pas à assumer eux aussi une part des réductions d'émissions de GES. Mais devant les ouvertures de la Chine et de l'Inde au cours de la conférence, les négociateurs étasuniens disent maintenant qu'ils ne peuvent aucunement s'engager dans un processus légalement exécutoire.

Une négociation accélérée

La proposition européenne remise aux différents ministres de la planète prévoit que les négociations devraient se conclure au plus tard en 2015 après un démarrage dans les prochains mois. Elles devraient porter à la fois sur la façon de contrôler les émissions planétaires — ce qu'on appelle la politique de «mitigation» de l'augmentation des températures —, sur l'adaptation au problème, sur les échanges et le développement de technologies propres et sur la capacité de réaction aux situations potentiellement critiques.

Mais surtout, indique le dernier paragraphe de la proposition européenne, toutes les parties devront prendre l'engagement à tout le moins de «relever le niveau de leur ambition» en matière de réductions, ce qui serait un engagement formel de dépasser les engagements présentement sur la table.

Dans une étude dévoilée avant la conférence de Durban, l'ONU a établi que les engagements pris jusqu'ici par les différents pays, que ce soit dans le cadre de Kyoto ou de la convention sur le climat, ne représentent que 60 % de l'effort de réductions requis pour stabiliser la hausse du climat à 2 °C, soit le seuil limite qui fait consensus.

Mais à Durban, expliquait hier Steven Guilbeault, du groupe Équiterre, cet écart de 40 % n'a pas été comblé d'un seul point de pourcentage supplémentaire. Par contre, dit-il, si la proposition européenne est acceptée, cet écart pourrait être réduit d'ici 2020 par de nouveaux engagements. Ceux de l'UE dans le cadre de Kyoto seront soumis à la prochaine conférence sur le climat, en décembre prochain, pour s'appliquer dès le début de 2013. Ainsi, il n'y aurait pas de «trou juridique» entre la fin des deux phases de Kyoto, ce qui protégera en outre l'important marché d'échanges de crédits d'émissions mis en place en Europe.

Un échec surprenant


Les propositions élaborées au cours de la semaine par la présidence sud-africaine de la conférence de Durban ont frappé un mur dès leur publication. Elles ont été immédiatement rejetées par l'Europe, l'Inde et la Chine parce que Kyoto et sa seconde phase de réductions à caractère exécutoire disparaissaient au profit d'une approche strictement volontaire.

«La surprise, c'est que ce texte semblait avoir été conçu pour les États-Unis, le Canada et le Japon, avec un système strictement volontaire et une échéance jugée trop tardive pour un nouveau traité, soit 2020», expliquait de Durban Patrick Bonin, de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA). Il n'était pas surprenant que la Chine et l'Inde s'y opposent, car le prolongement de Kyoto est pour eux une condition de base à leur participation.

La disparition du caractère légalement contraignant de Kyoto a aussi constitué le motif principal du rejet de la proposition sud-africaine par les pays émergents et en développement, d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. Le texte proposé par la présidence sud-africaine a d'autant plus surpris tout le monde que ce pays avait promis que la conférence serait celle de l'Afrique et des pays en développement.

Steven Guilbeault, du groupe Équiterre, n'était néanmoins pas trop pessimiste quant à l'issue du débat car, disait-il, si la proposition finale devait se révéler encore ouverte à des engagements contraignants mais aussi volontaires pour plaire aux grands émetteurs comme les États-Unis et la Chine, beaucoup demeure possible.

«Ça ne veut pas dire qu'avec des engagements, on ne peut pas arriver à des résultats ambitieux, disait-il. À preuve, le Brésil qui se donne des objectifs de réduction de -38 %. L'Afrique du Sud va implanter une taxe carbone universelle, et on doit admettre que la Chine en fait beaucoup, même à titre volontaire pour l'instant. Si cette ouverture ramenait à la table des pays comme le Japon, les États-Unis et le Canada, cela amorcerait un virage vers un meilleur contrôle du climat, car il reste encore 40 % des émissions annuelles à rayer du portrait, ce qui est énorme.»
4 commentaires
  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 10 décembre 2011 09 h 01

    Drôle de constatation

    Entendu lors d'une conférence de presse webdiffusée en provenance de Durban, ce samedi 10 décembre par un organisation civile, une jeune Bengali accuser les États-Unis, le Canada, la Nouvelle-Zélande et l'Australie de bloquer tout accord sur le climat (voir http://tiny.cc/ay3ha).

    Ce n'est pas surprenant que ces quatre pays soient les chefs de file empêchant tout accord, car, pour eux, les droit collectifs n'existent pas, seuls les droits individuels comptent. Nous en avons fait les frais au Québec quand nous avons entrepris de défendre nos droits linguistiques collectifs. En 2002, tout progrès, lors du Sommet mondial sur le développement durable, avait également été bloqué par ces mêmes pays à Johannesburg au nom de la même opposition à la préséance ou à l'existence-même des droits collectifs.

    Et ils osent dire "We are the World"

  • Maurice Monette - Inscrit 10 décembre 2011 14 h 50

    Mais, quand est-ce que nous réaliserons que nous avons abusé et ne voulons pas avoir la maturité de prendre conscience que ce n'est pas la solution ?

    Toute cette armada déployée depuis les premiers balbuciements ayant pour but de créer une forme de regroupement de divers pays faisant partie des émetteurs de Gaz-à-Effets-de-Serre ou G. E. S., ce ne fut qu'une autre arnaque dans laquelle tous ces pays sont tombés, satisfaisant ainsi les sphères industrielle et commerciale.

    Mais, cette dégénérescence carabinée du climat et de la disparition de la couche d'ozone, toutes deux sont causées par les abus très conscients que ces deux dernières engendre impunément. Ne le réalise-t'on pas ? Sans parler des abus qui ont été faits dans l'exploitation des ressources marines et des ressources forestières bref, tous ces abus consciemment perpétrés par l'espèce humaine, ou plutôt, ses dirigeants(es) pour faire le plus d'argent possible. Ces dirigeants(es) n'ont plus de notions de "satiété" alors, ne voit-on pas où le bât blesse ? N'ayant plus de limites saines ( $aine$) à respecter, leurs populations ne veulent plus que faire de l'argent, de l'argent et encore de l'argent, parce qu'il en manque de plus en Plus, à cause de cette avidité inutile,.Même que, celle-ci a les effets pervers dans lesquels nous sommes englués(es). Mais, qu'est-ce que ça prendrait pour que la Maturité redevienne une Notion recherchée et qu'ainsi, on apprenne à se satisfaire du stricte minimum que ça prend pour "Bien Vivre" et qu'on ne pense plus à "minoter", pour la futile raison d'être le/la plus riche...?

    Alors, tous ces prix sont bien mérités car, nos dirigeants(es) se sont américanisés(es), depuis 1989, et tout n'est plus que commerce et vandalisme. Alors, les "baudruches" de ces négociations sur le climat ne servent à rien d'autres que de se donner "bonne conscience" car, de toute façons, on ne cherche aucunement à réduire les activités industrielles et/ou commerciales des pays. C'est juste pour occulter les conséquences délétères auxquelles on s'adonne car, il faut faire "rouler" les économies

  • Daniel Bérubé - Abonné 31 décembre 2011 09 h 37

    @ Maurice Monette

    On peut résumer en un phrase la situation actuelle des pays industrialisés face au réchauffement...

    " Pour le capitaliste qui s'honore, les marchés sont de beaucoup plus important a protéger que la nature et la population de la plantette... "